Chapitre XX IL
— Bien. Maintenant, je désirerais savoir sur quel point de la côte espagnole nous nous trouvons.
— Je vais vous l'apprendre, répliqua Cardounet, car j'aperçois là-bas un citoyen à cheval sur un mulety que je vais interroger. »
Cardounet, comme bon nombre d'enfants des Landes, parlait passablement l'espagnol. Il s'avança vers l'individu -qu'il venait de désigner, un paysan presque aussi maigre que son illustre compatriote don Quichotte, et qui trottinait sur sa monture en chantonnant un refrain montagnard. Après quelques minutes d'entretien, il revint et dit à Valdy :
« Capitaine, nous sommes dans la province de Santander, entre Santillana et San Vicente de la Burquèra. »
La position fut immédiatement relevée sur la carte.
ff Eh ! eh ! fît sir Walter Donderry, nous avons obliqué vers l'ouest. Du quatrième méridien, nous sommes arrivés près du septième.
— Le vent nous a poussés, dit Iwan de KisselofF.
— Ou, plutôt, interrompit Will Tooke, c'est notre habile pilote qui, pour franchir l'es montagnes et éviter les sinuosités, a abandonné la ligne droite et a un peu incliné à gauche.
— C'est possible, répliqua Valdy; allons, messieurs, repartons. En moins de trois heures, nous déjeunerons à Bordeaux. »
Le Céleste s'éleva au-dessus de rOcéan et Valdy mit le cap au nord-est. Malgré la résistance opposée par le vent du sud, il avançait assez vite en boulinant. Mais au milieu de son trajet, alors qu'on avait perdu de vue les côtes d'Espagne et qu'on n'apercevait point encore celles de France, il subît un arrêt. Soudain les rafales augmentèrent leur violence, des courants atmosphériques verticaux, lancés comme des jets d'une puissance insurmontable par les tourbillons du golfe de Gascogne, s'entre-choquèrent avec les courants horizontaux, puis le vent tourna au sudest et redoubla de fureur. L'aéronef fut emporté comme une plume dans l'immensité. Véritablement, c'était une avalanche, une coulée d'air qui le poussait au large.
« Sacré nom d'une gargousse! s'écria Pickerreek, nous dérivons et nous allons nous perdre dans l'Atlantique ! »
Valdy essaya d'échapper au danger qui le menaçait. Il s'éleva à une altitude dépassant 4,000 métrés, afin de chercher un courant favorable, mais toujours et partout il rencontra ce maudit vent du sud-est qui l'éloignait de la terre ferme.
Alors il lutta contre les rafales. Les générateurs furent chargés de bicarbonate de soude et d'acide chlorhydrique, les récepteurs se remplirent d'acide carbonique liquéfié, les manomètres marquèrent une pression extraordinaire. Le piston obéissant à cette pression circulait dans son cy*