Chapitre XXII
lindre quatre à cinq fois par seconde, et les ailes s'abaissaient, se levaient avec un mouvement fébrile et saccadé. Comme le cerf des hautes-erres (qui va vite et loin) épuisé par le lancer et qui se résout à tenir tête à la meute furieuse, l'aéronef présentait sa proue à la tempête, et toutes les fois qu'une accalmie se produisait, il avançait un peu ; mais bientôt la violence du vent le rejetait en arrière. Cette lutte formidable dura pendant quatre longues heures.
« Sommes-nous donc condamnés a périr au moment d'atteindre le port? dit Iwan de Kisseloff.
— r- Ah ! madame, ajouta sir Waltér en s'adressant à M'"^ Valdy, vous nous avez prévenus. Dieu nous réservait la plus cruelle épreuve.
— Que sa volonté soit faite ! répondit M"*® Valdy.
— Madame, s'écria Will Tooke, ceci est une parole de découragement. Souvenez-vous de votre admirable conduite lors de la tempête qui, au début de notre voyage, nous poussa jusqu'en Norwége.
— Je ne désespère pas, je me résigne!
— Allons! allons! interrompit Cardounet, il y a un proverbe qui dit : <r Aide-toi, le ciel t'aidera. » Mettons-le en pratique.
~ Voilà qui est parlé, fit Pickerreek.
— Regardez! regardez! » cria Valdy en désignant devant lui.
Tout le monde jeta les yeux vers l'endroit indiqué par Valdy, et l'on distingua une ligne noire presque imperceptible, ligne qui apparaissait et
disparaissait tour à tour, selon les mouvements ondulatoires que subissait le Céleste.
« C'est la côte » , dit Pickerreek.
C'était la côte, en efFet, mais presque invisible et bien éloignée, puisqu'on la distinguait à peine d'une altitude évaluée à 2,000 mètres. Cependant Fespoir revint au cœur des voyageurs, et tous rivalisèrent de sang-froid.
f Chargez les récepteurs! commanda Valdy, chargez ! chargez ! »
Et le Céleste^ comme une hirondelle poursuivie par l'oiseau de proie, lit plusieurs détours, vola en décrivant des zigzags, sembla bondir, en soubresauts répétés et avança... Tout à coup une formidable détonation retentit... Deux récepteurs venaient de faire explosion, et leurs éclats projetés au loin avaient causé des ravages irréparables. Les cordes et les tiges métalliques qui supportaient les ailes étaient rompues, les tuyaux conducteurs de Tacide carbonique crevassés et coupés, le cylindre du piston enfoncé, tous les agrès plus ou moins endommagés. La coque restait intacte. Heureusement, personne ne fut atteint par les débris des récepteurs.
Le Céleste descendit en tournoyant. Poussé par le vent, obéissant encore à la dernière impulsion des ailes, il s'abattit obliquement dans la mer sans s'y enfoncer. Les voyageurs terrifiés se cramponnèrent à ce qu'ils rencontrèrent sous la main. Pas un mot, pas un cri ne fut proféré tant que dura cette chute effrayante! Soutenu parla coque en-