‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 225 sur 234 · Chapitre XXII · texte numérisé non relu

Chapitre XXII

Alors deux grosses larmes roulèrent sur ses

joues !

Certes, ce mouvement de regret et d'affliction était bien excusable chez lui ! Le fruit de ses patientes recherches, de ses pénibles travaux, de ses longues études, ses rêves d'espérance, tout cela, rOcéan allait Tengloutir !

Il avait cependant conscience de son talent et de sa valeur, et il projetait déjà de construire un nouvel aéronef, mais il eût désiré arriver en France avec son appareil, planer au-dessus de Bordeaux avec ses compagnons.

Quel triomphe! quelle gloire! pour le courageux inventeur, si ce rêve se fût réalisé !

Les détracteurs, les jaloux, les envieux étaient à jamais confondus, et la France, si malheureuse, si éprouvée depuis quelques années, la France tant ridiculisée par ses ennemis, reprenait tout à coup son ancien prestige, redevenait ce sanctuaire, ce foyer de progrès qui lui assignait autrefois la première place parmi les nations !

Le capitaine du Fonfrède avait entendu parler de l'expédition aérienne, et il ne s'étonna pas des faits que lui racontèrent les personnes qu'il venait de sauver.

f Quoique vous ayez effectué le tour du monde en quarante jours, dit-il, votre pari sera perdu si vous n'arrivez à Bordeaux ce soir?

— Oui. »

— Eh bien, vous y arriverez, je vous en donne ma parole d'honneur. D'après mon estimation,

444 ^^ Conquête de VAir,

nous sommes sous le 45* degré lat. N. et le 4* degré long. O., c'est-à-dire à moins de 100 kilomètres de la pointe de Grave. La mer s'est un peu calmée, et le vent devient favorable. Avant trois heures, nous entrerons en Gironde.

Le capitaine prit lui-même le quart et ordonna d'augmenter les feux. Le steamer fendit les flots avec une vitesse extraordinaire, et bientôt, dans les ténèbres, on eut connaissance du phare de Cordouan. Pickerreek et Cardounet aidaient à la manœuvre ; il leur semblait, tant leur impatience était grande, qu'ils n'arriveraient jamais. Ils voulaient un succès éclatant pour leur ami Marcel Valdy. Enfin on distingua les phares de la pointe de la Coubre et de Royan. On n'était plus qu'à quelques kilomètres de la côte. Par l'obscurité qu'il faisait, par le vent qui soufflait, il devenait difficile et dangereux de pénétrer dans la Gironde, mais Cardounet, qui connaissait « son fleuve, sa Garonne » comme pas un marin de Gascogne, remplit les fonctions de pilote lamaneur et franchit hardiment les ressacs de l'embouchure. Le Fonfrède jeta ses ancres à une courte distance du Verdon.

« Je ne puis aller plus loin, dit le capitaine, mais je vais vous faire conduire à terre. Avec le chemin de fer, vous serez à Bordeaux avant minuit. Et maintenant, bonne chance! »

. Les voyageurs remercièrent chaleureusement le capitaine et s'embarquèrent dans les canots. Huit heures du soir sonnaient comme ils péné-

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