Chapitre III
phiquement et adroitement des travaux divers dont on le chargeait.
Si le moral avait du bon, le physique n'était guère gracieux. Sur une peau basanée par le haie, se détachait un nez tuberculeux, parsemé de deux ou trois verrues et tle quelques poils hérissés, enluminé comme si on Teût barbouillé d'une couche de minium.
Ah, quel nez !
Tout r monde eu est étonné î
chantait Cardounet. C'était le rubis aux couleurs
de feu, reflétant ses chatoiements sur sa monture
d'or ! Nous pensons cependant que le gçnièvre
de Dunkerque était pour quelque chose dans
cette nuance accentuée. Quoique dépourvue des
grâces qui caractérisent la tête de TApollon du
Belvédère, la figure de Pickerreek était martiale ;
une barbe épaisse, légèrement ébouriffée, taillée
en collier, Tencadrait agréablement, et cachait
un peu une fluxion permanente de la joue droite.
Parfois, Pickerreek entr'ouvrait la bouche, et de.
ses lèvres il s'échappait une éjaculation roussâtre.
La fluxion s'expliquait. Pickerreek, ^ro/z^w^or /...
Pickerreek chiquait ! . . . Que voulez-vous ? Thomme
n'est pas parfait, surtout un de ces matelots, puant
le tabac et le goudron, un de ces matelots mal
léchés dont nos gommeux ne daigneraient to
la main calleuse, mais qui chaque jour afFr
fièrement la mort!
La Conquête de VAir,
Cardounet formait le contraste, ou plutôt, pour parler maritimement, l'antipode vivant de Pickerreek; plus petit de quelques pouces, il était, en même temps, plus grêle et plus nerveux. Sa vivacité et sa nature impressionnable disaient assez qu'il avait vu le jour sur les bords de la Garonne. Hâbleur, parleur, conteur comme la plupart des marins méridionaux, il avait toujours sur les lèvres le mot pour rire, ou bien une joyeuse chanson. Plusieurs incidents de sa ue n'auraient point déparé les plus gais chapitres du Roman comique. Il débuta par être mousse, puis, se lassant de naviguer, il se mêla à une troupe de cabotins qui explorait le sud-ouest de la France. Mais ses triomphes dramatiques ne purent lui enlever le goût des voyages, extrêmement développé chez lui, puisqu'il prétendait voyager pour son plaisir et pour son instruction. Pourtant, les mauvaises langues assuraient que dans sa tournée artistique il avait recueilli des trognons légumîneux et des sifflets en plus grande quantité que des lauriers et de l'argent. Quoi qu'il en soit, Cardounet s'engagea de nouveau sur un vaisseau en partance pour le Sénégal, et depuis, sauf d'assez rares exceptions, il resta fidèle à Thétis, pour nous servir de ses expressions, car il faut dire que Cardounet, en sa qualité de beau parleur, émaillait sa conversation pittoresque de citations puisées dans le répertoire dramatique qu'il avait étudié.
Pickerreek et Cardounet s'étaient trouvés en-