‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 25 sur 234 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

semble sur un bâriment des mers australes.

Comment ces deux hommes si disparates se lièrent-ils d'une amitié inaltérable? Explique cela qui voudra. Le fait existait. Les plaisirs, les peines, les dangers, tout leur devint commun et ils ne s'embarquèrent jamais l'un sans l'autre. Valdy les avait fréquentés sur un paquebot desservant l'Amérique du Sud, et, dans l'irritation d^esprit où il se trouvait, par suite du mariage de Berthe Ferandier avec M. .de Béconnais, il fut séduit, charmé de rencontrer de l'amitié, de la droiture chez des natures d'apparence grossière. La sympathie est contagieuse ; Pickerreek et Cardounet devinèrent l'immense douleur qui' accablait l'inconnu, et ils s'employèrent de leur mieux pour la calmer. Reconnaissant, Valdy devint l'ami des deux marins. On a vu qu'il était toujours heureux de les recevoir chez lui et de les traiter en enfants gâtés. Depuis longtemps il les avait désignés pour être ses premiers compagnons de voyage.

Valdy avait consciencieusement étudié le problème complexe de la navigation aérienne ; plus d'une fois, nous devons Tavouer, le doute s'était emparé de son esprit. Le doute, nous le disons à notre honte, est partie ' intégrale du tempérament français. Pour toute œuvre scientifique, artistique, industrielle ou commerciale, nous n'aimons guère les innovations et nous discutons * longuement avant d'aborder laprati ce temps, les étrangers profitent de

découvertes et remplacent les disputes par des essais souvent couronnés d'un entier succès.

L'action vaut presque toujours mieux que la théorie. Les Anglais trouvaient l'application de la vapeur et les Américains celle de Télectricilé pendant que nos académies écoutaient ou prononçaient des discours. Valdy, ballotté entre les partisans de la direction des ballons et les partisans du plus lourd que Vair, comprit heureusement que des querelles, si savantes qu'elles soient, enveniment les caractères sans réaliser le moindre progrès, et il s'imagina que la plus petite expérience prouverait beaucoup plus que les comptes rendus émanés des diverses sociétés qui ont la prétention de diriger la science. C'est alors qu'il résolut d'expérimenter ses étonnantes conceptions.

La conquête de l'air! quel rêve et quelle gloire! Depuis les temps les plus reculés, l'homme cherche à dominer l'atmosphère et à la rendre l'agent docile de sa toute-puissance; aussi, aucune découverte ne fut saluée de tant d'acclamations enthousiastes que celle des aérostats. Diderot avait osé dire, tant était grande sa confiance dans le progrès, qu'on irait un jour dans la lune, mais son expression hyperbolique fut dépassée par les paroles convaincues de la vieille maréchale de Villeroi, qui assistait à l'ascension du premier ballon à gaz hydrogène :

« Ils trouveront le moyen de ne plus mourir, dit-elle, et c'est quand je serai morte ! »

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