‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 3 sur 234 · chapitre I · texte numérisé non relu

chapitre I

ment, je lis avec le plus vif plaisir les ouvrages de M. Jules Verne, un auteur français dont tout le monde apprécie le mérite, et je remarque que ses héros sont presque toujours des Anglais. Je ne parle pas des Voyages extraordinaires^ où la fantaisie et l'originalité érudites jouent le plus grand rôle, mais des œuvres purement scientifiques et littéraires où sont racontées les aventures les plus difficiles. C'est le capitaine Hatteras , un Anglais , qui parvient le premier au centre des froides régions arctiques ; c'est le docteur Fergusson, Kennedy et Joë, trois Anglais, qui dans Cinq semaines en ballon^ s'élancent dans l'espace et traversent l'Afrique entière ; c'est Jasper Hobson, encore un Anglais, qui est le héros des péripéties dramatiques du Po^^ des fourrures ; c'est Philéas Fogg, toujours un Anglais, qui fait le Tour du monde en quatre-vingts jours.

— Ici, je Vous arrête, sir Walter, dit Dambielle ; je vous prierai de remarquer que Philéas Fogg, esquire, n'est pas seul, que son domestique Passepartout, un Français, l'accompagne et joue un rôle important dans le cours de l'ouvrage.

— Et moi, ajouta M. Will Tooke, j'affirme que les Américains se sont plus approchés du pôle nord que les Anglais.

— Eh ! messieurs, je sais cela aussi bien que vous, reprit sir Walter Donderry ; pour les explorations arctiques, l'Amérique peut victorieusement nous opposer Kane, Hayes, le capitaine Hall, qui ont tous dépassé le 80* degré de latitude. Je sais

La Conquête de VAir,

aussi que Passepartout, dans le Tour du monde en quatre-vingts jours^ égaie la monotonie d'une course à toute vapeur, si je puis l'exprimer ainsi, mais cela n'empêche nullement l'auteur français dont nous parlons, de rendre justice à notre nation en choisissant de préférence les acteurs de ses récits parmi les Anglais.

— Les Anglais, dit Danibielle, sont fortement encouragés par les sociétés savantes de leur pays et ont plus d'argent à dépenser que nous. Si l'argent est le nerf de la guerre, il est aussi celui des œuvres de paix et de progrès. En France, c'est la minutie de nos ressources qui nous arrête souvent ; sans cela nous ferions aussi bien que les Anglais.

— Mieux ! interrompit un homme âgé d'environ trente ans, appuyé nonchalamment contre la cheminée, et qui, jusqu'alors, avait paru écouter la conversation d'une façon distraite. »

Tout le monde se retourna. Chacun, par son attitude, sembla demander une explication.

« Faut-il tant exalter Philéas Fogg, continua l'interrupteur, parce qu'il a fait le tour de la terre en quatre-vingts jours! Messieurs, je parie, moi, de le faire en quarante jours !

^- Es-tu fou, Valdy? demanda Dambielle en s'approchant de celui qui pariait si témérairement. »

Sir Walter Donderry fut pris d'un accès de rire qui souleva son abdomen en soubresauts violemment saccadés.

« Ah! monsieur Valdy, dit-il en riant toujours.

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