Chapitre III
eu à se heurter contre le ridicule, arme si puissante en France. Cependant, c'est la France qui a créé Taérostation, c'est elle la première qui a partagé avec les nues et les fils ailés de Tair le royaume de Tempyrée, c'est elle qui doit s'employer, sans trêve ni relâche, à poursuivre la réalisation d'une découverte féconde !
Écoutez un Anglais, écoutez M. Glaisher :
« C'est à la France, je ne crains pas de le dire hautement, qu'il appartient de donner l'exemple, car les ballons resteront suspects tant que la France ne s'en occupera pas. Pourquoi voudraiton exiger que les autres nations aient confiance dans les aérostats, si le pays à qui Ton doit leur invention se hâte de les déserter? Qui donc osera défendre l'art des aéronautes, si les Français ont été les premiers à en reconnaître la vanité, eux qui sont appelés dans les airs par une longue tradition ? I
Après le hardi aéronaute, après le savant, écoutez le poëte, écoutez Toussenel : « Si l'homme, depuis Icare jusqu'à Montgolfier, Desrosiers et Nadar, a constamment tendu à s'emparer des domaines de l'oiseau, qui font partie intégrante de son globe, c'est que Dieu a logé quelque part, dans un secret recoin de son cerveau, l'idée de cette conquête future, pour qu'elle servît de boussole et d'aiguillon à ses efforts scientifiques. La locomotion aérienne est, en effet, condition de la réalisation de -, la fraternité des peuples, • but su
science. C'est la locomotion normale et omnimode qui résume toutes les autres. L'aérostat léger, aux proportions immenses, est le char de feu qui passe sur les eaux, le navire qui court sur la superficie des continents, qui se rit de la fureur des éléments et monte sur la tempête, qui méconnaît les obstacles, mais respecte partout l'œuvre de Dieu, se dispensant de combler les vallées et de percer les montagnes à l'instar de la locomotive homicide, que le Juif a déshonorée.
« Or, le génie de l'homme, docile aux indications de l'instinct, a déjà planté son drapeau dans la région des nues ; il a gravi plus haut que l'aigle et le condor, et l'heure n'est pas loin où il régnera en souverain maître aux champs de l'empyrée. •
Acceptons cet augure, espérons que l'indifférence et l'apathie générales seront remplacées par le travail et les laborieuses recherches. Un élu de Dieu devinera l'énigme du sphinx. Aussi, nous saluons, s'il est permis de s'exprimer ainsi, l'aurore de la navigation atmosphérique, en suivant les curieuses et patientes études de cette société française qui a mis a l'ordre du jour le dévouement, le talent, l'abnégation, et dont les membres : MM. Janssen, Crocé-Spinelli , Motard, Hureau de Villeneuve, Frion, Saco, Hauvel, Penaud, Caron, Sivel, Paul Bert, Berthelot, Cornu, Farcot, Wilfrid de Fonvielle, de Lalandelle, Marey, Ponton d'Amécourt, de Quatrefages, Renoir, Tessié du Motay, Wurtz, etc., etc., se recommandent suffisamment eux-mêmes.