‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 43 sur 234 · Chapitre IV. 8i · texte numérisé non relu

Chapitre IV. 8i

ments irréguliers, car personne n'était familier avec la manœuvre aérienne, mais peu à peu, sous la direction intelligente de Valdy, qui ne cessait d'exercer la surveillance la plus active, il marcha, ou plutôt vola avec aisance. Outils divers en main, suivant le cas, Pickerreek inspectait minutieusement tous les accessoires du mécanisme, réparait ce qui lui paraissait défectueux et apportait des améliorations utiles.

Certainement Téquipage du Céleste était émerveillé du résultat obtenu, mais la surprise de Dernghuiz se traduisit par une sorte d'effarement que son maître calma difficilement. Il attribuait cette ascension à quelque chose de surnaturel, et peu s'en fallut qu'il ne se prosternât devant Valdy pour l'invoquer et l'adorer comme un dieu.

« Quelle est notre altitude? » demanda Marcel Valdy.

Iwan de Kisseloff regarda le baromètre et répondit :

f La colonne de mercure est de 0^,67; nous sommes à 1,000 mètres de hauteur. »

En ce moment, les rayons du soleil levant vinrent frapper le Céleste, qui parut être entouré tout à coup d'une auréole vermeille, tandis que la terre, plongée dans la demi-obscurité du crépuscule matinal, émergeait petit à petit des ombres grisâtres qui la couvraient. Le ciel, bigarré de cirrus aux contours dorés, bleuissait de plus en plus et réfléchissait son azur sur les couches infé-

rieures de l'atmosphère. Au loin, on apercevait la vaste mer, soulevant mollement ses vagues, s^irisant des premiers feux du jour, balançant les voiles des petites embarcations de pêche et répondant aux cris des mouettes cendrées par un chantonnement triste et languissant. Ce réveil de la nature, que tout le monde, sauf les poètes et les amoureux, contemple avec indifférence, prenait à i,ooo mètres de hauteur des proportions inconnues et grandioses. Les voyageurs étaient ravis. Pickerreek et Cardounet avouaient qu'ils n'avaient jamais vu un spectacle aussi admirable; Will Tooke, malgré son impassibilité ^habituelle , trouvait des expressions émues pour traduire les impressions qu'il ressentait; M™® Valdy regardait l'horizon infini , et , tout attendrie , répétait à chaque instant :

« Voyez , voyez comme les œuvres de Dieu sont belles! »

L'étang de Parentis et l'étroite bande de terre qui le sépare de l'Océan furent franchis en quelques minutes. Alors Valdy mit le cap au nord et résolut de suivre les côtes françaises pour ne pas s'exposer, en cas d'accident, à tomber dans la mer.

Bientôt on aperçut Arcachon et les bouquets de pins au milieu desquels la station balnéaire est coquettement assise. Le bassin était réduit aux proportions d'une mare, le Grand-Hôtel semblait un huit de pique tiré d'un jeu de cartes et oublié à terre.

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