‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 45 sur 234 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

2,000 mètres, de o™,6o; à 3,000 mètres, de o™^53; à 4,000 mètres, de 0^,47; à 5,000 mètres, de o™,4i ; à 6,000 mètres, de o'",36, etc. Pour que le Céleste se maintînt à la hauteur désignée, il fallait que la colonne de mercure vascillât de o'",67 à 0^,65.

Bientôt, on aperçut une ligne blanche se détachant sur les brumes lointaines ; c'était le phare de Cordouan réduit à des proportions infîmes. Il se produisait un effet d'optique qui étonnait les voyageurs. Toute la surface terrestre et aquatique qu'ils apercevaient semblait se déprimer et prendre une forme concave ; les points saillants s'effaçaient et on ne distinguait plus de relief; ce phénomène, souvent observé par les aéronautes, est attribué aux causes de la réfraction.

Les débuts de cette première expérience de navigation aérienne promettaient un succès inespéré.

Le Céleste se comportait bien. Lorsque le vent le prenait à l'arrière, il n'était donné un coup d'aile que chaque deux secondes, soit trente par minute, et l'impulsion qu'il recevait le maintenait parfaitement et lui permettait d'avancer avec une vitesse de près de 100 kilomètres à l'heure.

« La manœuvre va bien, s'écria Cardounet ; si nous déjeunions!... Qu'en penses-tu, Pick?

— Hum! hum! répliqua Pickerreek en signe d'approbation.

— La diablesse de fraîcheur qu'il fait ici m'a creusé l'estomac, et je mangerais tous les fayots et

toutes les gourganes de la cambuse d'un troisponts.

— Et je boirais bien un coup tout de même, ajouta Pickerreek.

— Pardine ! c'est sous-entendu.

— Capitaine, dit Cardounet en s'adressant à Valdy, avec votre permission, peut-on ingurgiter un brin de nourriture?

— Oui, répondit Valdy, mais surtout n'abandonnons point la manœuvre.

— Ne craignez rien. »

Une volaille froide fut dépecée par M"** Valdy, et chacun mangea, ainsi qu'on le dit vulgairement, « sur le pouce i . Si simple et si peu dispendieux que fut ce déjeuner, on l'avala gaiement et de bon appétit. Dernghuiz but de Teau ; Pickerreek et Cardounet parurent scandalisés.

« Tous les buveurs d'eau sont des méchants, dit le dernier, et pourtant le moricaud a l'air d'un brave garçon ; son éducation est incomplète; nous rhabituerons au jus de la treille; c'est nous qui nous en chargeons, pas vrai, Pick?

— N'allez pas me gâter Dernghuiz, interrompit M. de KisselofF en riant, et le rendre ivrogne.

— Oh ! monsieur le comte, pouvez-vous avoir aussi mauvaise opinion de nous! Quand Dernghuiz nous quittera, il saura trinquer. Un homme n'est pas un homme, s'il ne vide une bouteille avec ses amis quand l'occasion s'en présente. •

M. de Kisseloff allait interpréter cette singulière appréciation lorsque le Céleste éprouva une

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