‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 46 sur 234 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

secousse qui le fit onduler et tournoyer sur luimême. La direction changea aussitôt et Taéronef s^ avança vers la mer.

Le vent sautait à Test et commençait à soufHer avec violence. Sans doute, le Céleste pouvait lutter contre un vent modéré, mais il ne fallait point songer à remonter directement un courant atmosphérique d'une certaine force. L'oiseau lui-même n'essaye jamais d'avancer contre le vent lorsque celui-ci est trop impétueux. Afin de ne point s'épuiser en efforts stériles, il parcourt Tespace à l'abri des sinuosités du terrain. Le martinet et l'hirdiidelle, les deux meilleurs voiliers de l'air, procèdent toujours ainsi.

On était en face des côtes sablonneuses de la Vendée ; du Céleste^ on apercevait l'île d'Yeu, vers laquelle on approchait de plus en plus et que Valdy désigna comme atterrage si le vent restait contraire. Cependant il ne s'expliquait point le bouleversement subit des couches aériennes, et il recommanda à Will Tooke de lancer plusieurs feuilles de papier et de suivre leurs évolutions avec la lunette marine. L'Américain obéit immédiatement et reconnut, après un moment d'observation, que les feuilles de papier décrivaient une large circonférence et qu'elles prenaient ensuite la direction du nord.

f Tout va bien, dit Valdy ; notre route ne sera pas interrompue. Nons avons rencontré billon qui nous entraîne. Préparons l'éviter. »

Le Céleste descendit, exécuta plusieurs circonvolutions et finit par rencontrer le courant favorable à sa course en s'approchant à 800 mètres environ de terre. Valdy remit aussitôt le cap au nord et continua à suivre la côte ; mais en arrivant au-dessus de Tembouchure de la Vilaine, il dut, selon l'expression des marins, courir une bordée afin de s'engager au nord-ouest pour atteindre Textrémité occidentale de la France et, de là, s'élancer vers les îles Sorlingues.

Il était à peu près cinq heures du soir lorsque les voyageurs aperçurent les falaises du cap Saint- Mathieu. Au-dessous de Ploudalinezeau, ' petit port de rOcéan, sur la pointe de Corsen, en face des roches de Porsal, Valdy avisa une lande dénudée et déserte; il la désigna à ses compagnons comme premier lieu de descente.

Avant de s'élancer vers la mer, il était prudent de prendre toutes précautions et de s'assurer qu'il n'existait aucune avarie. Le Céleste^ faisant parachute, descendit en décrivant une spirale. Grâce à cette manœuvre imitée de loiseau, il n'y eut pas de choc sensible.

En voyant cette masse s'abaisser vers la terre, plusieurs bergers bretons qui gardaient leurs troupeaux dans la lande ressentirent une frayeur extraordinaire et se sauvèrent en criant et en se signant. Ils apportèrent l'alarme dans les quelques misérables bourgades qu'on distinguait dans le lointain, et bientôt on entendit les cloches des églises sonner à toute volée. C'était un appel aux armes, appel

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