‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 49 sur 234 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

Depuis le déjeuner du matin, mangé à une altitude de 1,000 à 1,200 mètres , l'équipage n'avait rien pris. Cardounet avoua que son estomac était t dans les talons » . Des provisions confortables descendirent du garde-manger sur la roche, et M™® Valdy, retroussant les manches de sa robe, se prépara à remplacer la cuisinière absente; mais Pickerreek, Cardounet, Will Tooke, KisselofF et les insulaires s'opposèrent à ce qu'elle remplît l'office d'une vulgaire servante. Ces derniers coururent à leurs habitations, basses et piètres cabanes, et revinrent en apportant, les uns du poisson frais et salé, les autres de maigres volailles et plusieurs pièces de gibier emplumé. Au moyen de deux grosses pierres, un fourneau fut lestement organisé ; des soles appétissantes grésillèrent dans la poêle tandis que des bécasseaux et deux canards souchets se rôtissaient à la broche, broche primitive et méthodiquement tournée par le patient Pickerreek. Lorsque tout fut cuit à point, Valdy fit asseoir le gardien auprès de lui et le pria d'engager les assistants à partager ce modeste repas. Ceux-ci acceptèrent l'invitation, et bientôt on n'entendit que le bruit des mâchoires opérant la mastication des aliments.

t Quelle fringale! » dit Cardounet.

Et, mafoi, chacun faisait honneur au repas. Le ciel était pur, l'atmosphère tranquille, et la mer, à peine agitée , miroitait les étoiles. Les pauvres habitants de Tîle Saint-Martin ne connaissaient, pour ainsi dire, le vin que de réputation, ca

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vigne ne pousse point aux Sorlingues. Aussi, lorsqu'ils eurent bu plusieurs gorgées de la liqueur vermeille, leurs langues se délièrent. Ces braves gens demandèrent une foule d'explications; ils ne pouvaient comprendre qu'un appareil grand comme le Céleste s'élevât dans les airs et volât comme Toiseau. Will Tooke fit tous les frais de la conversation et répondit amicalement à toutes les questions qu'on lui adressa.

« Enfin, demanda Cardounet, quelle est la distance que nous avons parcourue ?

— Une misère! répliqua Valdy, 800 kilomètres environ.

— Et vous appelez cela une misère ?

— Oui. En naviguant quinze à seize heures par jour, nous pouvons faire aisément 2,000 kilomètres. Mais il nous faut tenir compte des détours et des accidents, et je pense que nous dépasserons rarement 1,500 kilomètres.

— Cette vitesse est déjà raisonnable, interrompit Iwan de Kisseloff.

— Oai, pour un essai de navigation aérienne; mais, lorsqu'on construira des appareils plus grands, plus légers, plus maniables que le Céleste^ et qu'il sera loisible de renouveler l'équipage, on parcourra des distances immenses. Ne soyez pas surpris^de mes chiffres; des aérostats ont souvent dépassé notre vitesse moyenne d'aujourd'hui, et pour ne parler que de ceux qu'on a lancés pendant le siège de Paris par les Prussiens, je vous citerai le Louis-Blanc qui a parcouru

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