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Chapitre I

— Il a affirmé qu*il ferait le tour du monde en quarante jours, il est capable de le faire en trente-neuf. Par quels moyens ? Je l'ignore ; mais soyez persuadé qu'il tentera l'impossible, dût-il quitter, dans cette téméraire aventurer, la peau et les os.

— Vous me rassurez, monsieur Dambielle ; un instant, j'ai cru que M. Valdy n'était qu'un vulgaire mystificateur.

— Non, non, Valdy est un homme parfois bizarre, mais sérieux et instruit. Du reste, ses excentricités n'étonnent plus quand on connaît les tortures morales qu'il a endurées. Remarquezle; la souffrance Ta marqué au front d'une trace indélébile. La fixité de son regard, la pâleur de son visage, le triste sourire qui entr'ouvre quelquefois ses lèvres inspirent une pitié profonde.

— Cependant M. Valdy est jeune, et la déception n'est point encore entrée en son âme.

— Puissiez-vous ne pas vous tromper, monsieur, mais je crains qu'un suicide ne s'abrite derrière la folle entreprise qu'il médite. C'est un soldat fatigué de la vie qui, ne voulant pas attenter lui-même à ses jours, se jette au plus épais de la mêlée pendant la bataille.

— Y aurait-il de Tindiscrétion à vous demander quelle est la cause de l'affliction de votre ami? Peut-être pourrais-je m'employer avec vous pour la calmer.

— Merci pour vos bonnes et généreuses paroles, monsieur de Kisseloff ; je vais vous conter sans

lo La Conquête de l'Air,

détours tout ce qui concerne mon ami. Marcel Valdy et moi nous sommes nés à X..., petite ville située à quelques lieues de Bordeaux, et nous avons été élevés ensemble. C'est expliquer, en peu de mots, Tamitié qui nous unit. Il y a quelques années, Valdy voulut se marier avec M*'" Berthe Férandier, fille d'un président de tribunal de première instance, et en retraite depuis peu. On ne vit pas trente à quarante ans dans la chicane sans mettre dans son caractère une acariâtreté de mégère; un jour, le père Férandier ferma sa porte au nez de Valdy et lui intima Tordre de ne plus paraître auprès de sa fille. Marcel aimait M"* Berthe, et celle-ci semblait être enchantée de son futur mari. Rien, en effet, ne permettait de présager une rupture; fortune, honorabilité, proportion d'âge étaient à peu près les mêmes chez les deux fiancés. Bientôt nous eûmes l'explication des. révoltants procédés de l'ancien président ; Fin comme un renard, madré comme un Bas-Normand, il avait attrapé dans SQS filets l'un de ses ex-collègues, M. le marquis de Béconnais, magistrat des plus insignifiants, brave homme cependant, et considérablement enrichi depuis quelque temps par des héritages inattendus. C'était le gendre rêvé par M. Férandier ; et puis, sa fille serait marquise ! M"* Berthe se laissa-t-elle enivrer par la grande fortune de son prétendu, ou bien, céda-t-elle à ce plaisir qu'éprouvent certaines femmes lorsqu'elles se parent de hochets et satisfont leur

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