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Chapitre I, ii

vanité ? Je l'ignore, mais elle devint madame la marquise de Béconnais. Ce fîit un coup terrible pour Marcel Valdy; il ne pouvait comprendre qu^une femme jeune, belle, douée de toutes les grâces, consentît à épouser un vieillard décrépit. Je ne vous dépeindrai pas les accès de rage qu'il eut et pendant lesquels il ressemblait à un forcené. A cet état continuel d'irritation succéda une maladie de langueur; un instant, nous crûmes qu'il allait mourir. Lorsque la fièvre Pétreignait, lorsque le délire le torturait, il ne cessait de réclamer Berthe, sa Berthe chérie, sa Berthe bien-aimée ! Enfin, monsieur, la jeunesse triompha de la douleur, et Valdy se rétablit assez promptement. Depuis, il conserva une sorte de tristesse misanthropique, un ton bourru qui m'ont quelquefois affecté ; mais Marcel n'était pas une de ces natures efféminées, romanesques, qui vivent dans une perpétuelle mièvrerie. Son éducation était soignée et forte; aussi, pour lutter contre des souvenirs pénibles, il s'entoura de livres, d'instruments de physique et de chimie, monta un laboratoire et travailla avec une ardeur fébrile. Pour se distraire, peut-être pour s'instruire, il voyagea et resta trois longues années sans reparaître à X... Quand il nous revint, il était accompagné de deux marins s'appelant, l'un Cardounet, et l'autre Pickerreek. Il les hébergea assez longtemps et les traita toujours avec la plus parfaite aménité. Cardounet et Pickerreek étaient deux natures rudes et quelque peu grossières, mais bons vivants et joyeux lurons.

Quand les deux matelots partaient, Valdy les engageait à revenir promptement, et ceux-ci, après chaque voyage, reparaissaient et se reposaient des fatigues de leurs longues et périlleuses traversées. Près des marins, Valdy subissait un changement qui nous surprenait; une franche gaieté remplaçait sa noire tristesse et il devenait l'être le plus avenant que Ton pût connaître. Il y a deux mois environ, Pickerreek et Cardounet ont quitté mon ami ; celui-ci s'est montré plus bizarre, plus fantasque, plus triste que jamais. Je Tai décidé à venir se distraire à Arcachon, et, vous Tavouerai-je? je suis ici un peu pour lui; je cherche à Tamuser, j'espère que le temps lui fera oublier M"® Férandier et... Mais le pari qu'il veut tenir contre sir Walter Donderry vient renverser tous mes projets. Voilà, monsieur, tout ce que je puis vous apprendre sur Valdy.

— Monsieur Dambielle, je vous remercie, dit M. de KisselofF. •

Les deux jeunes gens se promenèrent pendant quelques minutes sans prononcer un mot. Tout à coup le Russe s'arrêta et sortit de ses réflexions.

« Monsieur Dambielle, s'écria- t-il, ceux que le Seigneur éprouve sont toujours ses élus. Voyez tous les grands hommes dont s'honorent les nations ; ils n'ont produit leurs chefs-d'œuvre, ils n'ont fait leurs étonnantes découvertes qu'après avoir traversé des épreuves où des natures faibles auraient succombé. M. Valdy n'est pas un être vulgaire. La souflrance s'est appesantie sur lui,

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