‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 51 sur 234 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

de grand matin, le bicarbonate de soude, Tacide chlorhydrique et Tesprit-de-vin furent transportés à bord de Taéronef. Les voyageurs et les braves insulaires de Saint-Martin échangèrent de chaleureuses poignées de main et se séparèrent les meilleurs amis du monde.

Valdy hésita d'abord sur la route à prendre.

Suivrait-il les côtes de l'Angleterre? C'était plus prudent, mais leurs profondes échancrures allongeaient considérablement le parcours. Pourtant, la veille, on avait heureusement traversé la Manche dans sa plus grande largeur et il était utile de s'habituer au danger. Ces dernières considérations levèrent toutes les incertitudes. Le Céleste s'éleva à une altitude de 1,000 à 1,200 mètres et se dirigea en ligne droite' vers le cap Saint-Davids, dans le comté de Pembroke. Deux heures après, on découvrit le port de Milford, la baie Saint-Bride, le bourg Saint-Davids, et Ton s'engagea sur le canal Saint-Georges qui fait communiquer l'Atlantique avec la mer d'Irlande.

Les vastes baies, ou plutôt les golfes de Cardigan et de Caernarvon furent rapidement franchis ; on distingua l'île d'Anglesey, séparée de la principauté de Galles par le détroit de Menay sur lequel est jeté le fameux pont tubulaire Britannia, l'une des merveilles de l'industrie moderne. Aucun incident ne marqua cette traversée de 350 kilomètres environ. Le temps était beau et le vent soufflait toujours du sud. Les équipages des nombreuses embarcations qui sillonnent i-'- -tses

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regardaient attentivement, longuement l'aéronef qui continuait sa course.

En traversant le bras de mer qui sépare Tîle d'Anglesey de l'île de Man, il survint un accident qui donna toute confiance aux voyageurs sur les habiles dispositions prises dans la construction du Céleste et les rassura contre les dangers d'une chute. Soit que la pression fût trop forte, soit qu'il eût été fortement ébranlé, un des tuyaux conduisant l'acide carbonique du récepteur au piston s'entr'ouvrit. Immédiatement, les ailes se dressèrent presque verticalement et la chute commença. Si braves et si énergiques que fussent les explorateurs aériens, ils éprouvèrent une panique effrayante. Heureusement que Pickerreek, Will Tooke et Valdy retrouvèrent aussitôt leur sangfroid habituel.

ff Cardounet, Iwan, cria ce dernier, tirez à vous les courroies qui produisent le mouvement descendant des ailes; Will, remplacez le tuyau crevé par un tube de caoutchouc; Pickerreek, mettez un récepteur plein à la place de celui qui est vide. Faites vite, mais sans précipitation! »

La chute continuait lentement, car le Céleste^ obéissant à l'impulsion reçue, descendait obliquement. Quand les ailes, grâce aux efforts de Cardounet et d'Iwan de Kisseloff aidés, par Dernghuiz et M™® Valdy , eurent pris une position horizontale, la chute se ralentit. Valdy calcula approximativement que Taéronef effectuerait un trajet d'une à deux lieues avant de choir dans la

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