‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 53 sur 234 · Chapitre V. loi · texte numérisé non relu

Chapitre V. loi

aussi pané qu'un pousse-cailloux qui ne touche pas de prêt ! Le père te répond : • C'est pas toi (( qui seras le timonier de notre existence ; il me i faut un armateur plus cossu. » Cré nom dé mille noms! quelle humiliation pour un matelot, un vrai, qui en a vu de toutes les couleurs et de toutes les trempes ! Mais la fille qui t*a guigné te dit : • On se mariera malgré les vents debout ; i tire toutes les drisses, charge les mâts de voile • et en route ! » Vous partez ensemble, vous filez quinze nœuds à Theure et vous arrivez à Gretna- Green. Là, tu trouves un brave homme de forgeron, tu lui expliques ton afi^aire, tu bois un coup avec lui, tu signes son registre, et te voilà dans le conjungo à perpétuité, que le diable lui-même ne pourrait jamais t'en sortir ; c'est comme si le maire et le curé y avaient passé ! »

Cette explication pittoresque égaya les voyageurs; à peine était-elle terminée que l'on distingua dans le lointain les monts Cheviots (Cheviots-Hills), chaîne de montagnes qui sépare l'Angleterre de rÉcosse et dont les sommets culminants atteignent près de i,ooo mètres de hauteur.

Le Céleste s'éleva à 3,000 mètres de hauteur; soit que les conditions climatériques fussent plus favorables, soit que M"® Valdyfût habituée à respirer une atmosphère moins dense, elle n'éprouva aucun malaise. Rapide comme une flèche, l'aéronef traversa les comtés de Dumfries, de Selkirk, de Berwick, d'Haddington, l'estuaire du Forth et atteignit la mer du Nord ; il s'engagea

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de nouveau au-dessus de la terre ferme, en suivant presque en ligne directe le cinquième méridien O. de Paris et en se dirigeant vers Tile North- Ronaldshay, Tune des Orcades, désignée dans ritinéraire comme point de relâche et de ravitaillement. Il était quatre heures du soir lorsqu'on passa sur Banff, chef-lieu du comté du même nom, petit port situé dans le golfe de Murray. Deux heures après, le Céleste s'abattait dans une prairie de North-Ronaldshay.

Les Orcades ou Orkney, séparées de l'extrémité septentrionale de TÉcosse par le détroit de Pentland, forment un archipel de soixante-sept îles dont la moitié est habitée. Nous ne parlons pas des Skerries, îlots nombreux et arides, rochers désolés, recouverts parfois par les grandes marées, sur lesquels on recueille les varechs qui servent à la fabrication de la soude et où viennent reposer, à la chute du jour, des myriades d'oiseaux de mer. Ces îles sont exposées à de violentes tempêtes ; la force du vent est telle que les arbres ne peuvent y croître si on ne les abrite derrière des murailles ou des anfractuosités de roches.

En atterrant, le Céleste chassa pendant quelques instants ; Pickerreek se vit forcé de l'amarrer solidement pour éviter les secousses que lui imprimaient les rafales. Comme aux Sorlingues, l'équipage entra en relations avec des gens aux mœurs simples et honnêtes. Les insulaires de Nort- Ronaldshay, presque tous pêcheurs ou pâtres, s'empressèrent autour des voyageurs et oârîrent

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