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table et revinrent munis de quelques bouteilles prises à bord de Taéronef. La joie devint alors plus expansive et Ton porta des toasts nombreux. L'on but à la France, au Danemark, à la réussite du premier voyage aérien, à la santé, à Tamitié de tous ceux que le hasard avait réunis d'une façon si étrange.
Cependant Theure du départ approchait. Pour arriver le soir même en Islande, il ne fallait plus prolonger la halte. L'espace à franchir était de 600 kilomètres ! Pendant que les voyageurs préparaient le Céleste, le bailli, le sénéchal, quelques vieux pécheurs regardaient l'horizon nuageux et secouaient la tête avec inquiétude.
« J'ignore, dit le premier en s'adressantà Valdy, j'ignore ce qui se passe dans les airs lorsque la tempête souffle sur terre, mais il m'en coûterait beaucoup de m'embarquer maintenant, fût-ce sur un trois-ponts.
— Ne craignez rien, monsieur le bailli, répondit Valdy, l'ouragan peut sévir sur la mer sans agiter les couches supérieures de l'atmosphère.
— Alors que Dieu bénisse vos efforts et votre entreprise ! »
Les derniers adieux, les souhaits sympathiques furent adressés aux voyageurs, et le Céleste s'éleva aux acclamations enthousiastes- des braves insulaires des Faeroé.. L'atmosphère était toujours agitée, et l'aéronef, afin de rencontrer le courant favorable qa'il avait heureusement trouvé en quittant nie de North-Ronaldshay, évQlua pendant quel-
ques instants et passa au-dessus du goufire de Westmans.
Le gouffre de Westmans est un port d'aspect sinistre formé par une trentaine de roches gigantesques élevant leurs cimes dépouillées à plus de 400 mètres de hauteur. Leur assemblage a quelque chose de bizarre et de fantastique. On dirait des héros pétrifiés du Wahalla, le sanguinaire paradis des Scandinaves, attendant, dans une suprême expiation, que le farouche Odin les rappelle auprès deS gracieuses Walkyries! En cet endroit, la mer, toujours sombre et agitée, gronde, gémit, hurle avec tous les accents de la détresse et de la plainte sans espoir ; lorsque les vents furieux viennent heurter ces masses énormes de granit, le fracas redouble et augmente Thorreur du spectacle. Pourtant, des milliers et des milliers d'oiseaux aquatiques hantent ces rochers effrayants ; chaque espèce y établit sa demeure à part.
C'étaient ces oiseaux qui attiraient l'attention des voyageurs; de toutes parts ils ralliaient la terre; leur instinct les prévenait qu'une tempête allait bientôt se déchaîner. Seuls, les pétrels couraient au large en s'appuyant sur la crête des vagues et en agitant joyeusement leurs longues ailes. Pickerreek et Cardounet n'ignoraient pas que le pétrel est l'oiseau des tempêtes, l'oiseau que les marins, dans leur langage énergique et figuré, appellent VEpouvantail^ le Satanique^ et qui justifie ces noms par Tallégresse enfiévrée qui s'empare de lui lorsque l'orage se prépare.