Chapitre VL
Après avoir exécuté quelques circuits, le Céleste rencontra une couche d'air relativement calme, et Valdy gouverna dans la direction de l'Islande sans recourir aux bordées et persuadé que la locomotion aérienne n'avait point à redouter les tempêtes qui sont le fléau de la navigation maritime.
Cependant le ciel se voilait de plus en plus et les rares navires que Ton apercevait carguaient toutes leurs voiles et gréaient sur Tétai de misaine le foc de trinquette.
f Nous connaissons cette manœuvre, dit Pickerreek en observant la mer avec une lunette ; c'est mauvais signe quand on appareille le tourmentin. Décidément, pour le quart d'heure, il est préférable de voler que de naviguer. »
En bas, le vent soufflait alternativement de l'ouest et de l'ouest-sud-ouest, et sa violence redoublait de minute en minute. Les voyageurs étaient inquiets. Ilscomprenaientques'ils nedevançaient la tempête, ils ne toucheraient en Islande ^ qu'après de grandes difficultés et un long retard. Et dans ces parages complètement dépourvus de terre, car on ne rencontré pas le moindre îlot entre les Faeroé et l'Islande, il pouvait survenir quelque danger impossible à conjurer. Le Céleste s'éleva à plus de 3,000 mètres et ses ailes s'agitèrent vivement; sa vitesse atteignit près de 150 kilomètres à l'heure, il avança avec cette rapidité vertigineuse pendant une heure et demie.
Tout à coup, il pénétra dans une masse de brumes épaisses et s'y enfonça profondément.
Autour d'eux, les voyageurs ne distinguèrent plus rien; l'aéronef, avançant silencieusement, sembla s'isoler dans un chaos informe et sans nom. Là trouée qu'il fit dans Tamas de vapeurs produisit, sans doute, quelque phénomène météorologique, apporta une perturbation insolite, car on entendit un hululement épouvantable pareil au bruit du tonnerre, et le vent, déchirant violemment Je brouillard, le dispersa et le convertit en nuages qui s'élevèrent en roulant sur eux-mêmes. Aussitôt une pluie diluvienne^ poussée presque horizontalement par la violence des rafales, commençt à tomber. Le Céleste tournoya plusieurs fois snr lui-même et fut emporté dans la direction de Test. Valdy comprit qu'il était impossible de lutter contre l'ouragan. Il essaya de monter, mais la tourmente sévissait avec rage à toutes les altitudes. Alors il envisagea la situation dans laquelle kd'et ses compagnons se trouvaient, et il fut saisi d'etffroi !
. Aborder en Islande ou revenir aiux Fœroé, il me, fallait pas y songer! Le vent, soufflant toujouis de l'ouest, éloignait 'l'aéronef de ces îles, et la terre la plus proche était la presqu'île Scandinave ! On ne pouvait déterminer d'une façon exacte la position approximative du Céleste^ mais Picfcerreek et Valdy croyaient se trouver sous le 64* pa— rallèleetle 13® degré de longitude O... Le pays vers lequel on était poussé était sous le 10® degré delon^ gitude E... ; soit vingt-quatre méridiens de différence! Et devant soi, la mer infinie, l'océan Glacnol