chapitre VI
gardaient un morne silence. Comme le sauvage qui se couche dans son canol lorsqu'il ne peut lutter contre la force des rapides, ils attendaient la mort sans rien tenter pour la conjurer. Heureusement M'"® Valdy réagit contre les impressions sinistres qui raccablaienl. Elle eut je ne sais quelle espérance fugitive qui emplit son cœur; elle comprit qu'il fallait secouer et rejeter cette torpeur effrayante qui s'emparait de Téquipage, et qu'en luttant, il était possible de se sauver.
« Eh bien, s'écria- t-elle, vous tremblez lorsqu'il faut agir ! Si nous devons mourir, que ce ne soit qu'après avoir épuisé nos forces et nos ressources. Dieu n'abandonne jamais ceux qui travaillent et espèrent!
— Ah ! madame, dit Iwan de Kisseloff, vous seule, parmi nous, êtes forte et héroïque.
— Madame, ajouta Will Tooke, soyez bénie, vous relevez mon courage qui faiblissait !
— Mille millions de caronades ! cria Pickerreek, c'est donc les femmes qui sont des hommes, et les hommes qui sont des femmes, à présent; s'il nous faut avaler notre gaffe (mourir), ça ne sera pas sans résistance ! *
Valdy se souvint que parmi les instruments déposés à bord du Céleste^ il existait une pile de Bunsen; il humecta quelques couples, produisit le courant, et bientôt la lumière électrique illumina une partie de l'espace. Au moyen d'un réflecteur tournant sur un pivot on fouilla tous les points de l'horizon, mais on n^aperçut que les ûui
Ii8 La Conquête de l'Air.
noirs se confondant avec les eaux. Cependant cette lumière qui projetait au loin sa lueur vive et blanchâtre réconforta, si Ton peut s'exprimer ainsi, l'âme des voyageurs. On ne marchait plus dans les ténèbres épaisses, et l'isolement semblait être moins triste et moins pénible. Soudain, Derh-^ ghuiz poussa un cri strident.
« Qu'est-ce? demanda Iwan de KisselofF.
— Là!... là !... une lumière! «répondit le Tatar en se tournant du côté de Test.
Tout le monde regarda dans la direction désignée, mais personne ne distingua rien.
Était-ce le fanal d'un navire secoué par la tempête } était-ce la tremblotante clarté d'une de ces torches résineuses dont se servent les Norvégiens, ou bien, Dernghuiz devenait-il l'objet d'une hallucination }
« És-tu certain d'avoir vu une lumière? demanda KisselofF.
— Oui, maître, répondit le Tatar sans hésitartion , elle a brillé devant mes yeux fugitive comme l'éclair, et elle a disparu dans la nuit.
— Silence ! écoutez ! » cria Pickerreek d'une voix tonnante.
A ce commandement prononcé avec autcràté, chacun se tut. Pendant quelques secondes an n'entendit que le battement cadencé des ailes et le sifflement du vent qui hurlait toujours avec la même rage. . .
ff Ah! mille sabords! dit Pickerreek, non*