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Chapitre VI

sommes sauvés! Capitaine ^ monsieur Marcel^ écoutez... entendez...

— Eh bien, quoi? demandèrent les voyageurs.

— La tempête change de gamme. Tout à rheure, elle criait en fausset comme un mastroquet qui refuse crédit, maintenant elle est enrouée comme un quartier* maître qui a bu plus de schnick que de tisaïie!

— Qu'est-ce que cela prouve ?

— Cela prouve que nous avons quitté la mer et que nous sommes au-dessus d'une terre ! »

La joie, mais une de ces joies immenses qui font déborder le cœur d'espérance et d'allégresse, chassa toutes les craintes. L'aéronef descendit; la lumière fut projetée en bas, Valdy reconnut le terrain tant bien que mal, choisit un emplacement dénudé, et bientôt le Céleste s'abattit, quoiqu'un peu au hasard, sans chocs et sans secousses.

* Jamais naufragés abordant sur une côte hospi^ talière n'éprouvèrent plus de bonheur que les voyageurs si heureusement sauvés. Pour se récon'forter, ils mangèrent à la hâte un peu de pain, et pour se mettre à l'abri ils dressèrent la tente sur le pont du Céleste, Cardounel s'écarta de quel*ques pas afin de chercher un i>eu de bois pour allumer du feu, car les habits étaient mouillés ; mais il n'amena avec les mains que de rares poignées d'une herbe courte et fanée. Enfin, chacun s'entoura de couvertures et oublia, dans le repos du sommeil, la lassitude et les violentes émotions. Pourtant, -avant de dormir, Valdy, Will Tooke,

120 La Conquête de VAir,

Iwan de KisselofF cherchèrent à connaître la position du pays.

I Si nous sommes dans une ile, dit Valdy, nous avons abordé une des Vigten ; si nous sommes sur le continent, nous devons nous trouver aux environs de Drontheim (Norwége).

— Telle est aussi mon opinion, ajouta le Russe.

— Et moi, messieurs, interrompit rAméricain^ je crois que vous vous trompez. Le vent n'a pas constamihent soufflé de Touest^ il a quelquefois complètement tourné au sud-ouest, et je m'autorise de cette observation pour affirmer que nous sommes dans une île des LofFoden,

— C'est impossible !

— Nous n'avons pas dépassé le cercle arctique*

— Enfin, si le temps le permet, demain nous relèverons notre position. *

Le lendemain, 4 septembre, en regardant autour d'eux, les voyageurs n'aperçurent qu'une terre rocailleuse et désolée. Quoique la tempête se fût calmée, le ciel restait voilé, et la lumière, faiblement tamisée à travers les nuages gris, donnait au jour une teinte douteuse et blafarde. Si le soleil ne se montrait pas (ainsi qu'on le prévoyait), il était impossible de lire sur le limbe du sextant la hauteur méridienne apparente de Tastre, et, par conséquent, il devenait fort difficile de déterminer la longitude et la latitude du lieu où Ton se trouvait.

f II nous reste un moyen de sortir d^ embarras, dit Valdy ; nous nous élèverons à une faible alti-

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