Chapitre VI
— Crébillon parlait en Américain , dit Will Tooke.
— C'est aussi mon avis, reprît Valdy; aussi nous allons nous rendre sur le continent, à Hammerfest, Altengaard ou Kaatfiord. Si nous ne réussissons à nous procurer de l'acide chlorhydrique et du bicarbonate de soude, nous en fabriquerons. Cela vous convient-il?
— Adopté! » répondirent les voyageurs.
Avant de s'embarquer, Valdy, ainsi qu'il le faisait tous les jours, examina minutieusement le Céleste, Cette inspection ne signala aucune avarie. Pourtant Iwan de KisselofFne paraissait pas entièrement rassuré.
« Je sais, dit-il, tous les soins que vous avez apportés à la construction du Céleste^ et je le crois d'une solidité à toute épreuve ; mais ne craignezvous pas, après notre long voyage, une déperdition de gaz hydrogène?
— Si le gaz vient à nous manquer, nous ferons le vide dans l'intérieur du ballon, et son poids spécifique diminuera au lieu de s'accroître. Du reste, j'ai songé à tout; voyez plutôt. »
Valdy souleva deux petites trappes et montra au Russe des peaux parcheminées bouchant deux orifices ménagés dans la coque.
« Vous savez, continua-t-il, que la force expansive du gaz augmente à mesure que la pression de l'air extérieur diminue, et qu'un ballon bien rempli d'hydrogène éclate aussitôt qu'il est parvenu à une certaine hauteur. L'enveloppe du ballon est
une étoffe dont la plu* ou moins grande tension explique à l'œil exercé de Taéronaute les dangers d'une prochaine explosion; celui-ci les prévient en ouvrant une soupape qui facilite une déperdition de gaz. Mais pour une enveloppe comme celle de notre aéronef, dépourvue complètement de matières élastiques, il devenait impossible de reconnaître la distension de Thydrogène; c'est alors que j'ai imaginé de placer en contact immédiat avec le gaz les peaux parcheminées que je vous montre. Ce sont nos soupapes de sûreté. Quand la pression extérieure est trop faible, Thydrogène réagit^ les peaux se boursouflent et se projettefit au dehors comme des vessies gonflées. Alors je suis prévenu qu'il faut descendre. Si les circonstances nous forcent d'opérer le vide dans Tintérieur de la coque, les peaux agiront en sens contraire et se retireront; d'après leur tension concave^ je connaîtrai la quantité d'air que je pourrai enlever ou remettre.
— Mais, dit Iwan de KisselofF, pourquoi ne consul teriez-vous pas les éprouvettes manométriques que vous avez disposées dans votre appareil? Elles nous renseigneraient aussi bien, sinon mieux, que les peaux.
— C'est vrai, mais si les manomètres nous préviennent, ils ne sauraient nous garantir contre l'explosion, tandis que les peaux crèvent et empêchent la coque d'éclater. Les ailes , s'étendant immédiatement en parachute, ralentissent la descente et nous arrivons à terre sans courir des ris-