Chapitre VII. lyj
des voyageurs le salut d'une terre hospitalière.
« Allons, dit joyeusement Valdy en mettant le cap au sud, c'est ainsi qu'on salue les rois !
— La science est aussi une souveraine, ajouta Iwan deKisseloff, et Ton rend à votre découverte les honneurs qui lui sont dus. »
Valdy rechercha un courant favorable à sa <iirection et le rencontra à 800 mètres de hauteur. L'aéronef longea les côtes norwégiennes jusqu'à l'île de Bremangerland et s'élança au-dessus de la mer. Rien ne contraria cette périlleuse traversée; dans la soirée, avant qu'il fît complètement nuit, le Céleste mouilla sur un plateau de l'île Unst, celle qui est le plus au nord de tout Tarchipel de Shetland. Valdy inscrivit sur le journal du bord la phrase suivante :
« 5 septembre. — Nous sommes en retard, mais nous nous engageons de nouveau dans l'ouest.
Nous nous trouvons dans l'île d'Unst, par 61 degrés de lat. N. et par 3 degrés de long. O. de Paris. Approximatif. »
Il y avait, en effet, une légère erreur dans ce relevé, mais, comme l'heure avancée du jour ne permettait pas de c faire le point » d'une façon exacte , Valdy inscrivait la position la plus approximative.
h^s insulaires, effrayés d'abord par la venue du Céleste^ se rassurèrent promptement et s'approchèrent. Bientôt une cordiale intimité s'établit de part et d'autre. Le bicarbonate de soude et l'acide chlorhydrique déposés dans la modeste demeure d'un pê-
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cheur furent apportés à bord de raéronef, et le brave homme ne voulut accepter aucune rétribution.
Les Shetland, au nombre de quatre-vingt-six îles de diverses grandeurs, ont beaucoup de rapports avec les Orcades leurs proches voisines; c'est -le même sol dénudé avec des tourbières et quelques pacages; c'est le même climat humide et nébuleux. La mer y est plus riche en poissons, sm?tout en harengs; aussi, lorsque arrive la saison de la pêche, de véritables flottilles anglaises et hollandaises croisent dans ces parages.
Le ciel semblait seconder le courage et les efForts des voyageurs, car la journée du 6 septembre s'annonça sous les plus heureux auspices j pas un nuage à l'horizon, pas un souffle dans Tair, le calme le plus absolu, :faits ^cessivement rares aux Shetland.
Le Céleste partit et ne monta qu'à une altitude de 300 mètres ; Valdy affirma qu'on arriverait en Islande dans la soirée. Iwan de Kisseloff paraissait tout joyeux de quitter les terres anglaises.
f Monsieur de KisselofF a une guigne contre l'Angleterre, dit Pickerreek.
• — Je sais pourquoi, répliqua Cardounet.
— Ah. ! bah ! Et pourquoi ?
— Parce que l'Angleterre est un pays de brouillards, parce que le soleil y ressemble à la lune de chez nous, parce que la vigne n'y pousse pas .et qu'on y boit de la bière au lieu de vin.
— Possible! conclut Pickerreek qui parut se contenter de cette bizarre explication. »
C hapitre VJI, i .^^
Après quelques heures de marche, on reconnut les Faeroé.
« Ne descendons-'nous pas, dit Will Tooke, pour serrer les mains des bons amis que nous avons laissés dans ces îles?
— Non, répondit Valdy; le moindre retard, sous ces latitudes, peut nous être préjudiciable; car les variations de température y sont brusques et fréquentes. Profitons du calme tant qu'il existe. »
Tout le monde partagea cet avis.
<r Voyez-vous, au loin, cette petite île? » dit Valdy en montrant un point sombre qui se détachait sur la mer.
hes lunettes furent immédiatement braquées vers l'endroit désigné et les voyageurs distinguèrent un terrain montueux couronné de rochers abrupts.
•« Qu'offrent donc de remarquable ces aspérités? demanda l'Américain.
— C'est l'île First-Holm, répondit Valdy, et si je la signale à votre attention, c'est qu'il s'y passa, il y a quelques années de cela, un fait qui combat victorieusement les théories de ceux qui prétendent que l'oiseau, lorsqu'il vole, est aussi léger que l'air. Un aigle enleva un jeune enfant et le transporta dans son aire, placée sur le pic le plus élevé de l'île, et si escarpé, qu'il n'avait jamais été gravi par les téméraires chasseurs d'eider. La mère, trouvant dans sa douleur une force et un courage surhumains, parvint jusqu'à son
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enfant, mais le pauvre petit avait été tué par le rapace.
— Le fait que vous nous citez est concluant, dit Iwan de KisselofF, et c'est dommage que la fin en soit si tragique.
— Les aigles, continua Valdy, ont maintes fois expérimenté leur puissance alaire en enlevant des enfants; M. de la Blanchère cite plusieurs exemples dans son ouvrage les Oiseaux utiles et nuisibles, qui donnent raison à mes assertions. C6s passages de son livre m'ont tellement frappé que je les ai retenus : « Certaines personnes, dit cet « auteur, ne croient pas ces animaux assez forts « pour emporter dans leurs serres des agneaux et t autres quadrupèdes de la même taille. Cepen- « dant le fait s'observe tous les jours. Bien plus, « on a même des exemples d'aigles enlevant des « enfants.
« Nous en citerons quelques-uns. Dans le Syke,
« en Ecosse, une femme avait laissé un instant
« son enfant dans un champ, un aigle emporta
« cet enfant dans ses serres et traversa au vol toute
« la longueur d'un lac. Quelques gens de la cam-
« pagne, qui gardaient leurs troupeaux, aper-
« curent l'oiseau déposer son fardeau sur un
« rocher, et, entendant les cris de l'enfant, se ren-
« dirent en toute hâte à l'endroit, où ils trou-
• vèrent la victime saine et sauve.
« En Suède, la mère d'un autre enfant était en
« train de travailler dans les parcs de brebis, et
ff elle avait déposé son enfant sur le sol, à une