‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 74 sur 234 · Chapitre VIL · texte numérisé non relu

Chapitre VIL

Le brave marin raisonnait juste. Son gros boa sens se révoltait contre « rénorme naïveté » de l'Allemand.

Pendant ce colloque , le Céles^te avait quitté derrièrre lui les Fagroé et avançait rapidement vers rislande. Oni ne distinguait que la mer immense faiblement soulevée par la houle, et çà et là quelques navires se balançant mollement et marchant toutes voiles dehors. Vraiment, la traversée s'exécutait dans les meilleures conditions; seulement, à mesure qu'on approchait du nord, le thermomètre baissait et la température se refroidissait. M"'' Valdy remarqua, la première, une nuée d'oiseaux volant à une grande hauteur et • fuyant à tire-d'aile vers l'Europe.

« Mauvais signe! exclama Pickerreek ; il est rare que les oiseaux abandonnent les terres arctiques aussitôt. Mes amis, je ne vous dis que ça, cette année il va faire une fraîcheur au pôle nord à geler toutes les baleines et tous les phoques qui l'habitent,

— En effet, ajouta Iwan de Kisseloff, la sensibilité extrême de l'oiseau lui permet de pressentir les rigueurs du climat. L'hiver sera rude. Aussi agirons-nous sagement en ne nous attardant pas dans les contrées circumpolaires.

— C'est aussi mon avis » , répondit Valdy.

Pendant quelques heures encore, le Céleste

vola silencieusement, mais, lorsque le soleil commença à décliner, il ralentit sa rapidité. Des brumes s'élevèrent sur la mer, d'abord rares et

éparses comme des flocons de fumée, puis denses et serrées. Peu à peu, elles envahirent Tespace et répandirent une demi-obscurité dangereuse. Il paraissait être nuit lorsque les voyageurs reconnurent les côtes d'Islande. Ils l'abordèrent par le district de Test, territoire montueux, hérissé de pics, couvert de glaciers et preque inhabité. Valdy avisa un plateau situé sur le flanc d'une montagne et descendit.

Pour le repas du soir, Cardounet n'eut pas à s'ingénier afin.de servir quelque plat de sa façon; lé site était sauvage et le bois manquait. On puisa dans les boîtes à conserves. Pendant que nos voyageurs se réconfortaient, la lune apparut terne et voilée au-dessus des montagnes, et petit à petit, pour nous servir de l'expression populaire, t elle mangea les brouillards » et répandit sa douce clarté sur les objets environnants. Valdy et ses compagnons purent alors admirer Thorrible beauté de la contrée qui leur servait de refuge. Des roches basaltiques formaient un cirque irrégulier; on eût dit que la main des géants les avait dressées sur leurs puissantes assises , tant elles étaient uniformes et savamment disposées. Quelquesunes, taillées comme des colonnes immenses, semblaient supporter les restes d'un fronton bizarre et gigantesque ; à leur pied, des couches bossuées de laves, ayant pris dans leur chute les formes les plus fantasques, paraissaient, sous le pâle reflet de l'astre des nuits, une mer furieuse dont les flots auraient été subitement pétrifiés. Et au

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