chapitre VU
milieu de ce chaos, nulle trace de végétation, nul indice de vie ! Au loin, on distinguait les glaciers (joekuls) puissamment enchâssés sur les flancs de montagnes couronnées de neiges éternelles, et pressant, de leurs arêtes vivement découpées, les aiguilles, pitons, pics schisteux qui leur opposaient une barrière infranchissable.
• Mais voyez donc ce qui se passe au-dessus de nous, • dit Will Tooke, en désignant le sommet de la montagne.
Tout le monde leva la tête, et Ton aperçut un panache de fumée assez épaisse, parfois, pour cacher la lune.
• Eh pardieu ! s'écria Cardounet, nous campons sur un volcan.
— Oui, dit Valdy, mais quel est ce volcan? Ce ne peut être THécla, car sa forme et ses cratères le font toujours reconnaître; puis, il est plus enfoncé dans les terres. Du reste, nous aurions vu le hameau de Nœfurholt dont les habitants servent de guides aux explorateurs de cette contrée désolée. Et ici, il n'y a rien, absolument rien.
— Vous vous trompez, interrompit Iwan de Kisseloff; il y a quelqu'un. Regardez dans cet étroit sentier qui longe la pente de la montagne, et vous verrez un animal et un être humain. »
En effet, un homme assez replet, monté sur un de ces petits chevaux à poils longs qui rendent de si utiles services en Islande, s'avançait en encourageant sa monture du geste et de la voix. Parfois, il se démenait comme un diable dans un
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bénitier, et de ses lèvres, il s'échappait un chapelet de jurons que Técho répétait narquoisement. On comprenait que le voyageur ressentait un violent dépit de s'être attardé. Le bidet marchait doucement et avec toutes sortes de précautions. Un faux mouvement, un faux pas suffisaient pour lui faire perdre pied et le précipiter au fond de quelque crevasse ; et Tintelligent animal, malgré les cris impatients du cavalier, ne changeait pas sa tranquille allure. Enfin, homme et bête surgirent derrière une roche à proximité de l'aéronef.
Le cavalier arrêta sa monture et prononça quelques paroles que personne ne comprit. Iwan de KisselofF essaya d'employer un jargon du Nord mi-finlandais et mi-norwégien et interrogea le nouveau venu. Celui-ci s'avança en souriant et répondit dans le même langage :
« Etrangers, soyez les bienvenus. •
Immédiatement, il descendit de cheval, pressa les mains de Kisseloff et salua courtoisement M"® Valdy.
• Eh ! que diantre faites-vous ici ? demanda-t-il.
— Nous venons d'Europe.
— J'entends, j'entends, mais depuis votre arrivée d'Europe...
— Nous sommes arrivés ce soir.
— Et où avez-vous débarqué ? La côte de Test est très-mauvaise et n'a presque pas déports.
— Nous ne sommes pas venus par mer, nous sommes venus par air.
— Hein? je ne comprends pas. »