‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 76 sur 234 · Chapitre VII · texte numérisé non relu

Chapitre VII

Iwan de Kisseloff montra le Céleste à Tlsland^iis et lui expliqua sommairement le mécanisme et les principes de la locomotion aérienne.

« Par tous les saints du paradis, dit-il, ceci est une aventure curieuse et merveilleuse ! Mais ne vous moquez-vous point de moi ?

— Non. »

Alors, malgré sa petite taille et sa corpulence, rinsulaire courut au Céleste^ l'examina et en fît le tour plusieurs fois avec vivacité. Après qu'il eut satisfait sa curiosité, il demanda à manger; Cardounet le servit, et le marin fut enchanté de son convive qui mangea et but comme quatre, en répétant à diverses reprises :

• Décidément, les vivres d'Europe sont plus succulents que ceux de la froide Islande. »

Iwan de Kisseloff lui denianda qui il était et d'*où il venait.

« Je suis rhonorableSturssen, répondit-il, Sysselmand du canton de Skalholt, à une journée de marche de Reykiawik.

— Qu'est-ce qu'un Sysselmand?

— Il est Je maire, le juge, le percepteur, le notaire, le chef enfin du canton. Vous voyez que, malgré ma petite taille, je cumule assez bon nombre de fonctions. Mes administrés sont contents de moi, et moi, je le suis d'eux.

— Et d'où veniez-vous, monsieur Sturssen, pour courir ainsi la nuit, seul, sans défense, dans un pays désert?

— Ah ! ah ! comme vous connaissez peu les

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Islands (terres de la glace) et comme avec toute votre civilisation et toutes vos commodités , vous ne pourriez voyager en Europe avec autant de sécurité que moi. Ici, il n'y a pas de gendarmes parce qu'il n'y a ni voleurs ni assassins. Je viens de Diupavog, sur la côte de Test, où j'ai réglé quelques intérêts de famille, et je m'en reviens à Skalholt. Depuis Diupavog jusqu'ici, j'ai suivi la côte afin de ne pas manquer de nourriture, car les pêcheurs m'ont assisté. Mon intention était de m'engager dans le Klofa-Jokull (Champ de neige) pour n'avoir plus devant moi les montagnes qu'il faut gravir péniblement, ce qui me retarde. Ce soir, je voulais tourner l'Orœfa...

— Alors nous campons sur TOroefa ?

— Oui, un volcan qui ne date que de 1724, ce qui ne l'empêche pas, malgré sa jeunesse, de se mettre quelquefois en colère et de geindre et de grogner comme son vieux confrère l'Hécla. Et vous Tavouerai-je? si je tenais tant à dépasser l'Orœfa, c'est que j'ai remarqué quelques indices d'une prochaine éruption.

— Il y a donc du danger à rester ici?

— Peut-être. Non à cause de l'éruption ellemême, mais à cause du Snœflods.

— Je ne comprends pas votre oernière expression.

— Le Snœflods est iine avalanche qui, la plupart du temps, s'échappe des glaciers secoués par le volcan.

— Quand pensez-vous que l'éruption se produira?

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