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chapitre VU

— Qui sait? peut-être dans une heure, peutêtre demain, dans huit jours. Nos volcans sont capricieux comme de jolies femmes. »

Et le Sysselmand, se tournant galamment vers M"® Valdy, renouvela un fin compliment de Fontenelle en ajoutant :

• Je ne dis point cela pour madame. »

Iwan de KisselofF sourit et traduisit le compliment à M"® Valdy.

Les Islandais parlent un peu avec affectation et emploient souvent la métaphore, habitude qui provient, sans doute, de la lecture répétée de VEdda et de la Bible pendant les longues nuits d'hiver. Généralement, ils sont instruits et leur conversation est pleine d'agrément. Il ne faut donc pas s'étonner si master Sturssen apportait parfois dans son langage un raffinement digne d'un bel esprit.

L'Orœfa lançait tranquillement son panache de fumée noirâtre et rien ne permettait de pressentir une catastrophe. Il fut convenu que Ton passerait la nuit sur le plateau. Pickerreek dressa la tente et Ton fit place au Sysselmand. Bientôt le sommeil appesantit toutes les paupières et Ton n'entendit que le bruit des fbnflements sonores répondant au souffle de la brise. L'Islandais ne dormit pas solidement; à plusieurs reprises, il se leva pour regarder le sommet du volcan et examiner le ciel. L'atmosphère était calme, seulement de grands nuages blancs venaient lentement de divers points de l'horizon et se concentraient au-dessus du cra-

ij^o La Conquête de PAir,

tère de TOroefa. Leur masse s'épaissit, s'étendit et supprima la blafarde clarté envoyée par la lune et les étoiles. Quelques lueurs, produites par la tension électrique existant entre les nuages et le volcan, illuminèrent l'espace, et un bruit sourd, d'abord faible comme un vagissement et allant crescendo^ se produisit par intervalles inégaux.

« Alerte ! alerte ! cria l'Islandais ; éveillez-vous et quittons ces lieux maudits ! Notre vie est menacée ! »

En un instant, les voyageurs se trouvèrent sur pied. Valdy commanda aussitôt de préparer tous les accessoires nécessaires au départ du Céleste. En ce moment, deux oscillations brusques et rudes ébranlèrent la terre et l'on entendit un fracas épouvantable. .

— Le Snœflbds I le Snœflods ! cria l'Islandais, nous sommes tous perdus! Seigneur, sauvez-nous!

— Venez donc! i

Et Will Tooke poussa le Sysselmand effrayé sur le Céleste.

L'aéronef s'éleva... Il était temps! L'éruption commençait à se manifester dans toute son horreur. Une langue immense de feu s'échappait du cratère; le volcan rugissait, ses flancs se fendillaient et vomissaient par de larges crevasses de3 matières sulfureuses. La fumée tourbillonnait comme si un vent furieux l'eût agitée et il en sortait des éclairs et des crépitations semblables au roulement du tonnerre. Enfin, on entendit un holement terrible, et aussitôt, des roches énormes.

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