CHAPITRE VIII
Coup d'œil en arrière. — Journalistes allemands^ anglais et français. — Une lettre de sir Walter Donderry. — Caricatures. — L'Éclipsé.
Le lecteur s'imagine bien que le passage du Céleste sur des nations comme la France et l'Angleterre fut remarqué. Jamais événement n'occupa tant l'attention publique. Les journaux donnèrent des relations plus ou moins fantaisistes, et le fait-divers Céleste-Valdy prima tous les autres pendant quelques jours. Les premiers- Paris et les premiers-Londres (leading articles) ne parlèrent que navigation aérienne , aérostation, aéronefs, aéroplanes, lois atmosphériques, courants d'air, etc. La politique, les questions sociales et économiques, les gestes et discours des hommes d'État furent relégués au dernier plan.
Un journal allemand se départit de sa gravité habituelle et publia l'entrefilet suivant :
• Hurrah! pour la France! Nous savions que les Français étaient légers^ mais d'après ce que nous apprenons, la légèreté de leur caractère passe tout entière dans leurs actes. Un Français nommé Valdy s'est élevé dans les airs sans le secours d'un ballon. On prétend qu'il s'est servi d'un appareil
156 La Conquête de VAir.
muni d'ailes et de son invention. Depuis son départ, on n'a plus entendu parler de lui. Réellement, tous ces hommes-volants qui surgissent de temps à autre ont un grain de folie dans le cerveau, et volontiers nous ririons d'eux si leur fin n'était toujours tragique, car depuis Icare jusqu'à M. de Groof, qui s'est tué récemment, on ne compte que des chutes et des mésaventures.
• Les journaux français sont dans l'enthousiasme, ils ne s'occupent que d'aviation et donnent toutes espèces de louanges à M. Valdy. Le Constitutionnel lui-même, le tranquille Constitutionnel^ qui a dû ses succès à l'invention de quelques animaux apocryphes et qui a découvert le grrrand serpent de mer, le pâteux Constitu-tionnel a quitté sa visière et a braqué un télescope sur le ciel. Il a vu, ce qu'il appelle vu, l'hommevolant décrire ses évolutions dans les régions aériennes et disparaître dans la photosphère d'un soleil inconnu.
• On nous apprend que cette fameuse expérience d'aviation a été tentée par un habitant des bords de la Garonne. Jusqu'ici, nous avions cru que le canard ^ selon le sens que le jargon de la presse attache à ce mot, nous venait directement de l'Amérique après avoir reçu tous les soins de frère Jonathan, mais personne ne sera étonné d'apprendre qu'il s'est parfaitement acclimaté dans la Gascogne, i
En France, quand on connut cet insolent article, ce fut un fo//e général. Tous les journaux, depuis