‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 86 sur 234 · Chapitre IX · texte numérisé non relu

Chapitre IX

si cette demeure improvisée manquait de confortable, elle maintenait parfaitement la chaleur animale qui se dégage du corps humain et permettait de braver impunément les températures qui congèlent le mercure. Cette nuit, le thermomètre ne Rabaissera qu'à moins 15 centigrades, et dans notre snow-house , enveloppés par nos chaudes couvertures, nous ne nous apercevrons pas de le rigueur du climat.

— Votre idée est bonne, monsieur Will Tooke, dit Valdy, et sans perdre temps, mettons-nous à l'ouvrage.

— Qui gardera le Céleste ? demanda Cardou-

net.

— Et que craignez-vous pour le Céleste dans cette région désolée et inhabitée?

— La visite des ours blancs.

— Rassurez-vous, dit Iwan de KisselofF, la saison n'est pas assez avancée et n'a point été assez rigoureuse pour amener vers nous ces malencontreux visiteurs. L'ours blanc ne devient féroce et inquiétant qu'après de longs jeûnes; jusqu'ici il n'a point pâti et nous n'avons pas à le redouter. »

Une hutte de neige ayant une forme conique et une vingtaine de mètres de superficie, fut promptement élevée. L'entrée fort basse et opposée au vent ne permettait de pénétrer dans ce singulier logement qu'en s'appuyant sur les genoux et les mains. Pickerreck et Cardounet introduisirent dans le snow-house une partie des vivres offerts par msdtre Sturssen, des fourrures, des couvertures,

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des armes, des munitions. Quelques instants après, les voyageurs éclairés par les lampes à esprit de vin et pittoresquement groupés autour des provisions déposées sur le sol , prenaient gaiement le repas du soir, oubliaient leurs fatigues et la tempête, désormais impuissante contre eux. Cardounet prépara le thé, d'abord, pour être agréable à M'"® Valdy, et ensuite, pour la dose de rhum avec laquelle il se proposait de reconforter son eau chaude. C'est ainsi qu'il désignait le thé; et nous croyons fermement que tous les marins de la flotte française ont le même mépris pour ce breuvage, qui fait les délices des blondes miss et des jaunes Chinois. La liqueur vermeille et parfumée fut versée dans des gobelets, et pour tuer le temps, on se mit à causer.

t Messieurs, il me vient une pensée, dit Valdy, si nous n'étions engagés à faire le tour du monde, en quarante jours, nous tenterions l'exploration du pôle nord.

— Besogne dangereuse, interrompit WillTooke, car vous ne trouveriez pas les dépôts d'acide chlorhydrique et de bicarbonate de soude indispensables à votre retour.

— Oh! je fais mes réserves à cet effet, et je ne voudrais pas m'embarquer sans biscuit, ainsi qu'on le dit vulgairement.

— Et vous agiriez sagement, fit Iwan de Kisseloff. Les hardis navigateurs qui ont tenté l'aventure avaient à leur disposition tout ce que la science a imaginé de plus fécond en ressources, et

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— Une mer libre, ci: Wîll Toske.

— Oui , selo:: î^ure vraîseoiblancc . îa 3:ér poladre existe, mais les a^nnaccns ces vv.-sgeurs qui prétécdect lavoir vue ne reposent que sur ces hypothèses ires-problémaûques. E:ud:o:;s les routes généralemect suivies, et vous vous convaincrez, par les résultats obtenus, que l'ir.o^nnu garde encore tous ses mystères. La mer arctique communique de trois côtés avec le Grand Océan et rOcéan Atlantique: il y a donc trois routes ouvertes : celle du détroit de Behrin^:. celle de la mer de Baffin et celle de l'Océan Atlantique. Je vais m'occuper spécialement de cette dernière, qui a été recommandée par le docteur Petermann, l'illustre géographe de Gotha, qui a été suivie par mes compatriotes, par les Suédois et les Allemands. Elle présente de grands avantages, car elle est la plus rapprochée des ports européens, car le gulf-stream réchauffe la banquise et y fait une

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profonde trouée. On a essayé d'avancer en longeant les côtes des Groenland, en traversant la mer qui sépare le Spitzberg de la Nouvelle- Zemble, mais les succès ont été bien petits si on les compare aux efforts, au courage, à Ténergie des explorateurs. D'une part, on se heurte à la terre entrevue par Gilles en 1707, de Pautre à Ticefield sans limites. Seul, le capitaine Parry, en s'aidant de traîneaux et après des fatigues inouïes, parvint jusqu'à 82 degrés 45 minutes latitude. Personne ne Ta dépassé. Ira-t-on plus loin?

— Vous comptez sans John Bull et sans frère Jonathan, interrompit Will Tooke; l'Angleterre ôt l'Amérique sont des nations d'entêtés ; ce qu'elles veulent, elles le veulent bien, et leur opiniâtreté obtient souvent d'excellents résultats. Si les Allemands et les Suédois n'ont rien vu, c'est qu'ils ont fait fausse route et qu'ils auraient dû s'engager dans le détroit de Smith, Kane , Morton , Hayes ont entrevu la mer polaire et personne n'a osé élever des doutes sur la véracité de leurs récits.

— Vous vous trompez, monsieur Will Tooke, un de vos compatriotes les a contredits ; c'est le capitaine Hall qui aiBrme, dans son journal, que la mer de Kane n'est qu'un détroit très-large et peut-être un golfe , car de quelque côté qu'il ait regardé au delà du 82* degré de latitude, il a vu la terre ou sts indices. Du reste, quelques géographes anglais et américains n'ont plus la même confiance qu'autrefois puisqu'ils conseillent aux navigateurs

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