‹ La conquête de l'air: 40 jours de navigation aérienneChapitre 87 sur 234 · Chapitre IX · texte numérisé non relu

Chapitre IX

de s'engager dans le détroit de Jones, qui est plus à l'ouest.

— Et M. Gustave Lambert , quelle direction voulait-il suivre? demanda M"® Valdy.

— Celle du détroit de Behring, répondit Iwan de KisselofF. Je vous avouerai , madame, que malgré l'autorité deCook, qui recommandait cette route et voulait la suivre, je vous avouerai, dis-je, qu'elle me paraît la plus mauvaise de toutes.

— Cependant, M. Gustave Lambert semblait avoir pleine confiance en ses projets.

— Le capitaine Lambert était un noble cœur, une âme vaillante, et je suis persuadé que s'il n'avait été tué par une balle prussienne, il eût tenté des choses extraordinaires, mais je crois qu'il aurait été arrêté par les conditions climatériques qui barrent la route du détroit de Behring. Jusqu'ici on n'a pu dépasser 72 degrés 40 minutes latitude. La ceinture des glaces est immense et très-épaisse, elle s'avance jusqu'au cap Jakan, en Sibérie; au nord-ouest du détroit on a reconnu la terre de Wrangell qui paraît plus infranchissable que la banquise.

— D'après vous, on n'atteindra donc jamais le pôle?

— Je l'ignore, madame, mais réellement on croirait que ces régions sont gardées par un Adamastor qui, dans sa fureur jalouse, brise les navires, sème la mort et l'épouvante dans les équipages, et dit au navigateur audacieux : Tu n'iras pas plus loin !

172 La Conquête de VAir.

— Eh! bien, interompit Valdy, où la navigation maritime a échoué, la navigation aérienne triomphera. En partant avec un aéronef, nous n'aurions pas à redouter les entraves rencontrées par les voyageurs, principalement Parry, Hayes, Payer, lorsqu'ils se sont aventurés sur Ticefield, traînés par des chiens d'Esquimaux. Les blocs de glaces entassés les uns sur les autres, les larges crevasses, les hummoks, les icebergs gigantesques les arrêtaient à chaque instant, et au prix de fatigues et de dangers inouïs, ils employaient souvent une journée pour parcourir la distance d'une demi-lieue. De notre snow-house au pôle nord, combien y a-t-il de kilomètres ? 1,500 à 2,000 environ. Une bagatelle comme vous voyez, puisque dans quatre jours nous irions et nous reviendrions. Un membre de la Société française de navigation aérienne, M. Sivel^ ancien officier de marine, a proposé d'explorer le pôle en ballon, et je vous avoue que ce moyen original et hardi m'a séduit autrefois.

— Est-ce que M. Sivel a trouvé la direction des aérostats? Serait-il certain d'aller jusqu'au pôle nord et de revenir?

— Certainement, non, mais il avait confiance en sa hardiesse et sa bonne fortune. Quant à moi, je vous le déclare franchement, j'aimerais aussi bien tenter l'aventure avec un ballon qu'avec un navire. Je crois que les dangers seraient moins nombreux et que l'expédition serait terminée en moins d'un mois.

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— Comptez sur nous . nous ne vons abandonnerons pas, répondirent unanimement les '. ojageun. *

Valdy remercia ses comparons de la connance qu'ils lui témoi^aient. et bientôt la conversation perdit tout intérèu Le sommeil alourdit les paupières. Cardoïinei ferma l'entrée du snov-house avec une peau de mouton ann d'empêcher 1 ce gueusard de froid > de pénétrer dans la hutte ; et chacun, bien roulé dans les couvenures, s'endormit en rêvant excursions lointaines et vo^-age au pôle nord.

Le lendemain matin , vers quatre heures .

Pickerreek s'éveilla le premier et sortit du snowhouse. Il ne put d^abord distinguer le Céleste enseveli sous la neige ; seuls , les tiges et quelques cordages du gréement émergeaient au-dessus de

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réblouissant tapis. La tempête avait complètement cessé et les étoiles brillaient du plus vif éclat dans un ciel sans nuages. En revanche, la bise était f crânement carai>inée i et le firoid plus mordant, plus sensible que la veille.

f Debout ! debout! tout le monde sur le pont! cria Pickerreek d'une voix de stentor.

— Qu'y a-t-il? demanda Valdy en apparaissant tout à coup, et tenant une carabine chargée entre ses mains.

— Rien, capitaine, mais si nous voulons partir, il nous faut déblayer le Céleste enterré dans la neige et profiter du calme. »

En moins de cinq minutes les voyageurs furent sur pied et commencèrent le déblaiement de l'aéronef. L'opération présenta quelques difficultés, car la neige congelée adhérait fortement à la coque et aux ailes, et il fallut l'entamer avec des marteaux-pics. Cet exercice assez Wolent réchauffii les explorateurs. M"® Valdy se mit aussi à la besogne pour combattre les effets du froid qu'elle ressentait. Après deux heures de travail, l'aéronef se trouva entièrement dégagé. Tour à tour, Pickerreek et Cardounet, Will Tooke et Iwan de Kisseloff agitèrent les leviers des deux machines pneumatiques pour opérer le vide dans l'intérieur du ballon. Lorsque Valdy vit les peaux parcheminées assez concavement tendues et reconnut à l'éprouvette manométrique que la raréfaction de l'air était suffisante pour procurer une légèreté spécifique équivalente à celle que donnait le gaz

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