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qu'Us avaient fabriqué eux-mêmes. Pickerreek disposa habilement cet enduit dans les fissures de la coque , de manière à la rendre complètement imperméable, et l'on recommença à faire le vide.
Cette opération terminée, les mains s'étreignirent une dernière fois et le Céleste^ s'élevant à une faible hauteur, prit la direction du sud pour se rendre à Godhaven et à Christianshaab ou se trouvaient déposés, par les soins de Will Tooke, d'abondantes provisions de bicarbonate de soude, d'acide chlorhydrique et d'esprit-de-vin.
A Godhaven et à Christianshaab, villages peuplés de quelques centaines d'Esquimaux au milieu desquels vivent une vingtaine de Danois, les faits qui signalaient constamment l'arrivée de l'aéronef, se reproduisirent : frayeur extrême d'abord, étonnement et admiration ensuite. Les Européens voulurent retenir et fêter les voyageurs, mais ceux-ci refusèrent de s'arrêter, car ils voulaient profiter du beau temps et réparer, autant que possible, le retard éprouvé pendant les tempêtes qui les avaient surpris. Ils embarquèrent à la hâte les éléments chimiques et repartirent en se dirigeant encore vers le sud. Il faisait nuit lorsqu'ils arrivèrent au cap Chudley, un peu au-dessus du cercle polaire, en face le cap Walsingham, deux promontoires qui resserrent la mer de Baflîn et forment le détroit de Davis.
Mais la nuit n'était point noire. Les étoiles innombrables et la réverbération de la neige pro-
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duisaient une lueur crépusculaire. En revanche, le froid devenait plus vif et le thermomètre descendit à moins de 7 degrés.
• Messieurs, dit Valdy, je pense qu'il serait prudent de continuer notre route. Profitons des bonnes conditions climatériques qui s'offrent à nous. Les changements de température sont si rapides dans ces régions, qu'il peut survenir à chaque instant un nouveau snojp-drift. Du reste, nous n'avons plus à faire de longues traversées. Si la fatigue nous domine, nous nous reposerons quand il nous plaira, car nous resterons constamment en vue de terre. »
Après une courte délibération, ce projet fut adopté. Les voyageurs endossèrent des casaques de peau, prirent lestement le repas du soir et se préparèrent au départ. L^aéronef s'élança audessus du détroit de Davis et cingla vers la terre de Cumberland, île de l'archipel de Baffin, encore peu explorée, mais qui présente tous les caractères des contrées arctiques : végétation nulle, sauf des mousses, des lichens , des bruyères, de l'oseille, du cochléaria, des bouleaux nains; faune abondante en ours, renards, rennes, lièvres, animaux à fourrures et nombreux oiseaux migrateurs.
La iparche, ou plutôt, le vol du Céleste^ se poursuivait dans le silence toujours solennel et majestueux de la nuit; Ton n'entendait que le sifflement de l'air produit par le mouvement des ailes et le sourd ronflement des volants. Tout à
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coup, une lueur pâle et confuse se montra audessous de rétoile polaire.
f Est-ce que le jour devance son heure?
demanda Cardounet.
— Attendez, répondit Will Tooke, vous allez être témoin du plus beau phénomène des régions •circumpolaires. Comment se comporte Taiguille aimantée?
— Elle s'agite comme une personne ayant la danse de saint Guy.
— L'aurore ! Taurore ! s'écria Iwan de KisselofF.
— Oh ! que c'est beau ! dit M"^ Valdy. »
Deux gerbes lumineuses, l'une à l'orient,
l'autre à l'occident, montaient lentement audessus de l'horizon. Des langues de feu les sillonnaient en tous sens et les coloraient des teintes les plus riches et les plus variées. Parfois leur éclat blessait les yeux. Les deux gerbes de feu s'inclinèrent Tune vers l'autre et formèrent une vpûte éblouissante. Le segment de Parc gigantesque s'illumina à son tour; des jets enflammés, des fusées étincelantes, passant du jaune d or au vert foncé, s'élancèrent vers le zénith, sillonnèrent l'atmosphère empourprée et vinrent en scintillant franger l'immense auréole. Des lueurs diffuses serpentaient mollement sur les confins de l'horizon, tournoyaient en spirales, s'immergeaient dans les parties obscures du ciel; d'autrefois, elles crépitaient comme la flamme d'un brasier et dardaient des milliers de rayons, des milliers d'étincelles dans toutes les directions.
Le Céleste y on peut récrire sans métaphore, voguait dans une véritable mer de feu. Les reflets de Taurore bistraient les visages des voyageurs; les amas de glace et de neige prenaient des tons rosés ou violacés, selon leur position plus ou moins favorable à la réfraction de la lumière et paraissaient de vastes blocs d'améthyste. Les arêtes, les aiguilles des icebergs, d'une diaphanéité translucide, brillaient d'un éclat incomparable, déviaient les rayons lumineux et reproduisaient, dans une pénombre indécise, les nuances affaiblies du spectre solaire.
Le phénomène dura plus de deux heures, puis les lueurs pâlirent, s'effacèrent; la phosphorescence de Taurore s'amoindrit et le ciel reprit son obscurité sereine. Seule l'aiguille aimantée continua à s'agiter sous l'influence de l'orage magnétique; mais, quand le Céleste arriva sur la côte occidentale de la terre de Cumberland, elle reprit sa position normale.
Il était cinq heures du matin (9 septembre), lorsque l'aéronef s'abattit sur Tile Salisbury, île déserte et située presqu'au point d'intersection du détroit d'Hudson et du canal de Fox.
f Comment trouverons-nous le bicarbonate de soude? demanda Cardounet.
— Ne vous inquiétez de rien, repondit Will Tooke; un de mes amis, le capitaine Knox, croise dans ces parages. A son bord, il a tout ce qui nous est nécessaire, même quelques carrés de toile pour remplacer la tente que nous avons per-