Chapitre X
Le directeur n'approuvait pas entièrement cet avis, mais le parlement avait ordonné et il fallait obéir.
La compagnie de la baie d'Hudson, comme la compagnie des Indes, atteste les prodiges que réalisent l'esprit d association bien entendu et la persévérance. Des commerçants, gens ennemis des aventures, ont conquis et dominé deux immenses contrées ; ils ont implanté la civilisation dans la barbarie, entrepris des travaux gigantesques, transformé des peuples , défriché des terres , imposé des lois. Ils ont mieux fait, ajoutent certains historiens anglais, ils ont gagné beaucoup d'argent!
Tout est bien qui finit bien.
Il était dix heures du matin lorsque le Céleste quitta le fort York. Valdy, suffisamment ravitaillé, ^résolut de se diriger directement vers les États- Unis, sans toucher au fort Severn.
Pendant les deux à trois jours qui suivirent, peu d'incidents marquèrent la marche de Taéronef, et pour ne point le perdre de vue, nous consulterons momentanément le Journal du bord^ rédigé tous les soirs avec la plus scrupuleuse exactitude par le capitaine,
• 10 septembre
t En abandonnant Fort- York, nous inclinons légèrement à Touest. A mesure que nous descendons vers le sud, la température se radoucit et le pays perd de son aspect sauvage. A notre droite, on aperçoit le Nelson parsemé d'îlots innombrables et qui nous paraît un ruban argenté. La
contrée sur laquelle nous passons est marécageuse et remplie de lacs. A midi, la marche de l'aéronef se trouve ralentie par un vent du sud qui souffle avec assez de violence. Je cherche une couche d'air plus calme et la rencontre à 1,400 mètres d'altitude. Alors nous avançons rapidement.
Vers deux heures, je suis obligé de m'élever à 2,000 mètres. J'ouvre le robinet de communication et laisse pénétrer un peu d'air dans Tintérieur du ballon qui, sans cette précaution, risquerait d'éclater, ou du moins, crèverait les peaux parcheminées qui sont notre sauvegarde. Nous découvrons le grand lac Winnipeg. Le vent se calme et nous pouvons naviguer à une altitude de 800 mètres. Cardounet agite les leviers de la machine pneumatique et sort de l'air. Sur le lac, nous voyons deux paquebots à vapeur. Le paysage, s'anime; nous distinguons des troupeaux, des fermes, des terres cultivées.
(( Des exclamations joyeuses s'échappent de nos lèvres. Outre le lac Winnipeg, nous apercevons, avec l'aide des lunettes, une foule d'autres lacs et lagons, parmi lesquels M. Will Tooke cite : le petit Winnipeg, le Manitoba, le lac des Bois, de la Pluie, etc. Enfin, nous sommes au-dessus du confluent de TAssiniboine avec la Rivière-Rouge. Le Céleste s'abat à deux encablures de Fort- Garry.
• 1 1 septembre. — A Fort-Garry, nous avons été l'objet d'une curiosité quelquefois gênante, mais toujours des plus bienveillantes. Cardounet m'a