DESCRIPTION
Nous venons de voir comment le Lebaudy avait été créé et s'était transformé, et d'assister à ses brillantes évolutions.
Approchons-nous maintenant et examinons l'instrument tel qu'il est aujourd'hui après sa mise au point définitive, afin de dégager ses caractéristiques et de nous rendre compte des moyens grâce auxquels M. JuUiot a résolu le problème si intéressant de la locomotion aérienne (').
Tout ballon dirigeable comporte essentiellement : un ballon, un moyen d'en assurer la forme, une nacelle, un moteur avec une ou plusieurs hélices, un système de gréement, un appareil à direction, un système stabiUsateur, enfin des accessoires.
Ballon. — Un ballon qui, par suite de son mouvement propre, a à vaincre les résistances de l'air, doit présenter à cet air le minimum possible de surface, et par conséquent être allongé le plus possible. Mais cet allongement a des limites, car au delà d'une certaine proportion il devient très difficile de maintenir la rigidité indispensable de sa forme. En outre la surface et le poids de l'enveloppe crois-
I. On comprendra par suite de quel sentiment de discrétion nous n'avons pas voulu décrire en détail le dirigeable Patrie, qui est instrument militaire, et qui d'ailleurs ne diffère du Lebaudy que par quelques* perfectionnements d'ordre secondaire dont nous indiquons d'autre part les principaux.
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sent avec rallongement pour un même volume. M. Juliiot s'est arrêté à la proportion de i/6 environ, voisine, d'ailleurs, de celle adoptée pour les autres aéronats scientifi(|uement établis tels que ceux de Renard et de Tissandier.
C'est ainsi que la longueur étant de 57",75('), le maître couple (diamètre maximum) est de 9",8o.
La forme générale rappelle celle d'un cigare ; l'avant, très pointu, est un demi-fuseau de 24^,90 de longueur, par conséquent à peu près les 2/5 de la longueur. Grâce à cette forme, le ballon avance dans l'air en écartant les molécules avec le minimum de résistance et de travail. L'arrière, plus allongé, décroît très lentement pour fournir un grand volume, et se termine par une partie arrondie (ou plus exactement ellipsoïdale). Il se produit bien ainsi, derrière cette partie arrondie, quelques remous de l'air qu'on évitait avec le modèle 1902-1908, pointu à l'arrière comme à l'avant, mais ces remous sont de très peu d'importance et cette forme arrondie a été jugée indispensable pour attacher le papillon de queue.
La forme générale que nous venons d'indiquer est la Ibrme théorique ; comme le montrent les photographies que nous reproduisons elle est conservée remarquablement en projection horizontale (fig. 182), elle n'est légèrement déformée que dans le sens vertical (fig. 48); les altérations minimes qu'elle subit sont dues au mode de suspension, et ont, d'ailleurs, plus d'avantages que d'inconvénients.
Vu de l'avant ou de l'arrière sur le prolongement de l'axe général, le ballon se profile à peu près exactement en un cercle.
Le volume total est ainsi de 2 960 m'» (3 i5o m' pour la Patrie).
Le ballon est gonflé de gaz hydrogène pur, qui est le
Le dirigeable Patrie a 60 m., avec maître couple de lo^.So.
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gaz le plus lérjer de ceux qui sont d'une fabrication pratique et pas trop onéreuse. Le mètre cube de ce gaz pèse en effet, avec les dernières impuretés qu'on n'a pas pu lui enlever, seulement i lo gr. (à o® et 760 mm. de pression) tandis que la même quantité d'air pèse, dans les mêmes conditions, 1290 gr. ; la force ascensionnelle brute de chaque mètre cube d'hydrogène est donc de i 180 gr., et celle de l'ensemble du ballon 3 54o kg (').
L'hydrogène pur est peu dangereux à respirer ; il est en outre inodore à ce point que, pour reconnaître sa présence et rechercher les fuites, il a fallu le parfumer avec de la muronine.
Une enveloppe de ballon dirigeable doit répondre à diverses conditions particulières : elle doit d'abord être avant tout très solide. Nous avons déjà vu, en effet, que la permanence de la forme est assurée dans le Lebaudtj par le maintien du gaz à une pression un peu supérieure à celle de l'air ambiant ou pression atmosphérique; cette surpression est d'environ 20 mm. d'eau. Certains hicidents (élévation brusque de température, etc.) peuvent augmenter cette pression avant que les aéronautes ou les soupapes automatiques aient pu la ramener aux limites vouhies; il faut que l'enveloppe puisse supporter momen-
1. Ce gaz est produit parTaction de l'acide suirurique ordinaire à 6o« très étendu sur de la limaille de fer. L'hydrogène est ensuite purifié par des opérations successives. Il est d'abord lavé abondamment par barbotagc dans l'eau, par pluie d'eau et par passage dans une colonne de coke sous une deuxième pluie d'eau. L'épuration se continue par le passage au travers d'une pâte poreuse composée de sciure de bois, de chaux et de sulfate de fer, contenu dans un deuxième cylindre ; ce mélange absorbe l'hydrogène sulfuré, tandis que le lavage à l'eau a fait disparaître l'acide entraîné ; l'un et l'autre sont en effet pernicieux pour l'envehippe. Le gaz passe ensuite au travers d'une pâte composée de farine fossile et de permanganate de chaux contenue dans les deux cylindres suivants ; elle absorbe, avec une assez forte production de chaleur, les hydrogènes arséniés et phosphatés qui seraient très dangereux pour le personnel, ainsi que les carbures, qui alour^ diraient le gaz. Le refroidissement et la dessiccation partielle sont obtenus par passage dans un réfrigérant à surface. Il est inutile de pousser la dessiccation trop loin, le gaz trop sec absorberait de l'eau au détriment de l'enveloppe. L'épuration se termine par un passage sur de la soude caustique, qui enlève 'acide carbonique venant de l'eau et de la combustion des carbures.
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tanément cet effort anormal sans se rompre en un seul endroit ; un seul défaut amènerait une catastrophe. En outre, il est impossible de s'embarrasser d'un filet qui matelasserait la surface, nuisant ainsi au mouvement, et serait trop lourd; l'enveloppe devra donc être assez résistante pour permettre d'attacher directement les suspensions sur elle.
Il faut une imperméabilité k l'hydrogène pour ainsi dire absolue, afin qu'il n'y ait pas de perte de gaz par fuite pendant les ascensions, et pour que le ballon puisse rester gonflé longtemps sans consommation exagérée.
11 faut une certaine souplesse, afin que l'enveloppe puisse se prêter sans se déchirer à certains efibrts et à de légères déformations.
Il faut que l'enveloppe jouisse d'une grande durée, si l'on veut posséder un instrument vraiment pratique et sûr.
La légèreté est une qualité importante aussi à rechercher, quoiqu'elle s'accorde mal avec les conditions précédentes; toute éconoiriie de poids doit en effet profiter au disponible de lest et par conséquent au rayon d'action du dirigeable.
Enfin, mais c'est là une condition d'ordre secondaire, on doit aussi rechercher r<?co/io/nz'(^.
Pour remplir au mieux ces différentes conditions, M. Julliot a choisi une étoffe composée de deux tissus de colon à fils parallèles avec deux couches de caoutchouc vulcanisé, une entre les deux tissus et une à l'intérieur du ballon. Les défauts inévitables de l'un des tissus ou de l'une des couches de caoutchouc sont ainsi neutralisés par l'autre. En outre le caoutchouc intérieur protège le tissu contre l'action des quelques impuretés que l'hydrogène pourrait encore contenir.
Cette enveloppe a donné des résultats tout à fait excellents; elle possède une étanchéité pour ainsi dire absolue. Elle ne pèse que 33o gr. par mètre carré et
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Fig. 5o. — Sortie du parc.
cependant elle peut supporter un edbrt de i 4oo kg par mèlrfî linéaire. Une combinaison analogue de soie et de caoutchouc donnerait la m^me résistance avec une légèreté plus grande, mais coûterait beaucoup plus cher. On y a donc renoncé pour un instrument qui était avant tout un instrument d'expérience et d'étude.
Les rayons lumineux ayant une action sur le caoutchouc, on a, pour le protéger, teint le tissu extérieur d'une couleur inaclinique au bichromate de plomb jaune, couleur à laquelle le dirigeable a dû le nom sous lequel on Va vulgairement désigné les premières années, « le Jaune ».
La fabrication de l'enveloppe demande des soins tout particuliers. Celle du Lebaiidy est faite par la juxtaposition d'environ i 4oo morceaux quadrangulaires de dimensions et formes rigoureusement calculées. La perfection de leur assemblage est indispensable, pour donner aux lignes générales du ballon la pureté nécessaire pour répondre aux conditions de marche et surtout éviter toute irrégularité dans les efforts de traction. Aussi la totalité des coutures (plusieurs kilomètres!) sont-elles faites par la même personne expérimentée, au moyen d'une machine à coudre mue à l'électricité, tandis qu'un nombre suffisant d'aides déplacent à temps et avec précaution les plis de cette étoffe, qui ne pèse pas moins de 600 kg, une fois terminée.
Les coutures déterminent des trous qui donneraient passage au gaz ; on masque ces trous en collant par-dessus toutes les coutures trois bandes superposées de toile caoutchoutée, (^ette opération se fait, comme pour les chambres à air de pneumatiques, au moyen de colle à la dissolution de caoutchouc. Elle donne d'excellents résultats.
Quand l'enveloppe est terminée, on la vérifie en la rempHssant d'air. Des hommes pénètrent alors à l'intérieur, recherchent les moindres défauts, inévitables Sur