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LES DIRIGEABLES (( LEBAUDY » ET <t PATRIE » 1 53

scientifique et une application rationnelle. Et il faut avouer que le résultat en a été remarquable.

Propulsion. — La propulsion nécessite deux organes : un propulseur mis en action par un moteur.

Le propulseur, dans le Lebaud;/, consiste dans une paire d'hélices, à axe parallèle à la ligne de marche du ballon, métalliques, relativement très petites, placées symétriquement à droite et à gauche de la nacelle, et tournant en sens contraire.

Ces deux dernières dispositions sont essentielles, estime M. Julliol ; une hélice unique placée en avant de la nacelle refoule Tair sur elle, et perd ainsi une partie de son effet de propulsion ; une hélice unique, placée en arrière, aspire l'air, déjà agité par des remous, qui est dans le 'liage de la nacelle. De plus, une hélice unique, tournant dans un sens déterminé, produit des effets inattendus de roulis et aussi des effets de tangage et surtout de giration arcms par la longueur habituellement donnée aux nacelles. Avec la disposition adoptée les hélices aspirent et refoulent l'îiir sans obstacles, c'est-à-dire avec un bon rendement et tous les efforts secondaires, étant symétriques, s'annulent les uns les autres (»).

Ces hélices sont petites et leur rotation très rapide. M. Julliot estime en pffet — et les expériences qu'il a exécutées confirment sa théorie — que les molécules de l'air, milieu extrêmement fluide et extrêmement compressible, fuient ou cèdent devant un eflbrt lent ; pour pouvoir rencontrer leur résistance, c'est-à-dire prendre appui sur elles, il importe de les frapper assez vite pour que, par suite du principe d'inertie, elles n'aient pour ainsi dire

I. Il y aurait une autre disposition qui réunirait ces conditions et aurait, semble-t-il, des avantages au point de vue de la stabilité, ce serait le placement des hélices de propulsion, soit entre le ballon et la nacelle dans le voisinage du centre du système (disposition Meusnicr, Giffard^ de la Vaulx, etc.) ou même à hauteur du ballon, c'est-à-dire du centre de résistance (disposition Jullien, Yon, etc.). Mais cela entraînerait des difficultés de construction, de transmission de la force du moteur, qui ont empêché M. Julliot d'adopter celte solution.

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pas le temps de fuir ou de se comprimer. C'est pour ces motifs que, au lieu d'hélices de grandes dimensions, à rotation relativement lente, M. JuUiot a employé une paire d'hélices à deux branches de seulement 2", 44 de diamètre auxquelles il imprime une vitesse de rotation de I 000 à I 200 tours à la minute.

Avec une semblable vitesse de rotation il ne pouvait plus être question d'hélices en toile plus ou moins solidement encadrée ; on les a donc fabriquées entièrement en métal, en tôle d'acier spécial, mince et lisse; leur forme a pu ôlre ainsi soigneusement étudiée, et en outre leur action a une précision et une régularité que ne pouvaient pas atteindre les hélices grossières à fond de toile.

Tous les moteurs légers peuvent être utilisés sur un dirigeable pourvu qu'ils soient solides et sûrs, ne consomment pas trop d'essence et ne demandent pas trop d'eau. Les meilleures marques de moteurs à essence de pétrole employées pour les automobiles sont donc celles qui conviennent le mieux.

Dans le Lebaudy 1 904-1 906, ou modèle n» 2, on a placé un moteur c Mercedes » de t\o chevaux â quatre cylindres (*), de ii5 d'alésage et i4o de course, à soupapes d'admission commandée et allumage par magnéto. Le radiateur à nid d'abeille ne contient que i3 kg d'eau qu'il est inutile de renouveler. Un carburateur à réglage permet de faire varier la vitesse â volonté de 260 à i 200 tours â la minute avec vitesse normale de 1 000 tours.

Un compteur enregistre le nombre de tours et un tachymètrc indique la vitesse au mécanicien, à tout instant.

Toutes les parties du moteur sont visibles et accessibles; un pot d'échappement empêche les aéronautes de subir un bruit exagéré ; il est fusiforme et placé sous la nacelle et vers l'arrière loin de toute sortie possible d'hydrogène. Toutes les parties de l'échappement sont d'ailleurs couvertes par un tunnel en amiante et aluminium qui ne l'empêche pas de se refroidir, mais empêche l'essence de tomber dessus et de s'enflammer ; enfin Téchappement

I. Dans le modèle n^ 3 (la Patrie) le moteur est un Panhard et Levassor de 70 chevaux. Les hélices tournent à un maximum de i 000 tours.

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se fait par une boule de toile métallique, (jui, eu cas de ratés, éteint les langues de ilamnies, toujours alarmantes sous un ballon.

Le réservoir d'essence, sorte de tonnelet d'aluminium, pointu à ses deux extrémités, est placé loin du moteur, pour éviter, en cas d'accident, toute chute d'essence sur les parties chaudes. Avant i()o5, il était sous la nacelle; maintenant il est fixé sous l'extrémité de la penne de flèche. Avec la Patrie il est revenu à la position initiale.

La consommation moyenne est, avec le moteur employé, de i4 kg (20 litres) d'essence à l'heure; la contenance du réservoir est de 220 litres, ce qui permettrait, si on le remplissait complètement au départ, une marche de onze heures à pleine vitesse.

Nacelle. — La nacelle a la forme d'une petite barque à fond plat, avec les deux pointes relevées, de l'^jGo de larfjeur, 4'"»8o de longueur et o™,8o de hauteur Q. Elle est divisée en trois compartiments à peu près rectangulaires : celui du milieu est réservé au moteur, celui de l'avant au pilote, véritable capitaine-commandant du vaisseau aérien, sous la main de qui se trouvent tous les organes de surveillance et de commande du ballon. Le compartiment arrière est destiné au mécanicien.

Chacun d'eux peut contenir en outre deux passagers, ce qui porte à six le nombre total des personnes que Ton peut emmener à la fois.

La carcasse de la nacelle est, comme tout le reste des parties mécaniques de l'aéronat, en tubes d'acier au nickel. Le cadre inférieur et les traverses qui portent le moteur sont en cornières d'acier. La pointe avant et le premier compartiment sont seuls garnis de tôle. L'arrière est simplement grillagé afin de faciliter la sortie de l'air introduit dans la nacelle.

I. Celle de la Pairie a la même forme mais est un peu pins longue el Tarètc antérieure est verticale comme dans les paquebots.

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En dessous de la nacelle se trouve une pyramide de tubes d'acier qui est une des nombreuses nouveautés de cet aéronat.

Cette pyramide dont la pointe est en bas, véritable béquille, a pour double but d'abord d'éloigner -assez la nacelle du sol pour que les hélices, même lorsqu'elles sont verticales, ne puissent pas venir le toucher et se fausser, ensuite de constituer un point de contact unique avec la terre ferme, lorsque le dirigeable est à terre. Pour diminuer l'effet du vent sur le ballon, il importe que le ballon soit maintenu le plus possible la pointe au vent, surtout pendant la manœuvre à bras, lorsque les hommes le retiennent par les quatre cordes dont nous avons parlé plus haut. Or la direction exacte du vent est souvent très irrégulière, à la surface du sol surtout, à cause des nombreux obstacles qui y créent des sortes de remous. Grâce à la pyramide, il est très facile aux hommes de manœuvre de faire tourner l'aéronat autour de ce point, (jui est naturellement placé sur la verticale du centre de (iravité et du centre de résistance des surfaces au vent, ou plutôt un peu en avant de ce dernier afin que l'effort du vent tende à placer eu quelque sorte automatiquement le ballon la pointe au vent à la façon d'une girouette.

Il est intéressant de constater que, lorsque la béquille est en contact avec le sol, quelle que soit la force du vent, jamais le ballon ne verse ni ne se couche; si personne ne retient l'aéronat, cet ensemble se transporte sans versement, tandis que la béquille laboure de temps à autre le sol, sans qu'il se produise aucune avarie. Cette constatation montre combien est parfaitement assuré l'équilibre général du système.

Au-dessus de la nacelle, tout près du moteur, on aperçoit un appareil en forme de spirale. C'est le ventilateur, sorte de soufflet mécanique, qui expédie par l'intermédiaire d'une manche, large tube de toile, de l'air dans le ballonnet, nous avons vu dans quel but.

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)1 est extrêmement puissant : les ailes qui chassent l'air peuvent tourner à 3 ooo tours à la minute et débiter ainsi un mètre cube par seconde. L'aéronaute peut donc obvier très rapidement aux plus importantes pertes ou condensations de gaz.

En principe, le ventilateur est mû par le moteur à essence de pétrole, avec lequel il peut être embrayé. Il peut en outre être actionné par une dynamo dans le cas où le moteur ne fonctionnerait pas.

L'appareil est entièrement en cuivre et aluminium, de manière que le choc des ailes sur la coquille ne puisse en aucun cas produire des étincelles qui, s'il y avait une fuite dans rétoife du ballonnet, pourraient enflammer le mélange détonant formé par l'hydrogène et l'air.

Suspension, — Nous avons déjà vu que le Lebaudy, pour assurer la liaison de la nacelle au ballon, c'est-àdire la suspension, ne possédait pas ce grand filet qui emprisonne la plupart des ballons libres. Ces filets ont le doubJe inconvénient de peser très lourd et de matelasser la surface du ballon, disposition peu favorable au glissement d'un dirigeable dans l'air.

La suspension est assurée par l'intermédiaire de la plate-forme elliptique, véritable et unique carcasse de l'aéronat, réunie au ballon, d'une part, à la nacelle, de l'autre, par des moyens tout différents.

La plate-forme est attachée au ballon au moyen d'une étroite bande de filet en couronne ; les mailles supérieures se terminent par des bâtonnets introduits dans les œillets percés le long d'un grand ourlet de toile circulaire, lequel est collé et cousu tout autour du ventre du ballon. Ce mode d'attache, assez curieux et qui a soulevé à son apparition d'assez vives critiques, ne semble pas les mériter, car il n'a jamais donné lieu au moindre mécompte; il possède au contraire une souplesse relative

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avantageuse et contribue, dans d'excellentes conditions, à la solidarité de renseinble.

D'autre part, la nacelle est suspendue à la plate-forme au moyen d'un système de câbles de fils d'acier, combinés en triangles indéformables. Ces câbles d'acier offrent une grande résistance pour un poids relativement faible.

Pour que la traction se répartisse convenablement sur ces câbles, ceux-ci sont tous munis de tenseurs dont on vérifie le réglage avant chaque ascension.

L'ensemble de ce gréement forme un bloc absolument rigide et indéformable en l'air, ce qui est une des conditions nécessaires pour éviter les trop fortes tendances au balancement.

En avant est placé obliquement un panneau de tubes d'acier qui constitue un organe assez curieux : on sait que la force de propulsion se manifeste sur l'arbre des liélices, tandis que la résistance de l'air agit sur le ballon lié à la plate-forme ; il y a donc, de ce fait, tendance au renversement, à l'arrachement. M. JuUiot a essayé, par ce cadre de poussée, un moyen de transmettre directement la force de propulsion à l'avant de cette plate-forme. Cet arbre est, à cet effet, articulé d'une part sur l'arbre des hélices, d'autre part sur une traverse de la plate-forme. Autrement dît, l'action des hélices se transmet en poussée par cet organe et non pas en traclion par l'intermédiaire des câbles. Ce cadre contribue à la solidarité des différentes parties de l'appareil. Dans les virages, il rend la nacelle tout à fait solidaire du ballon.

C'est sur lui que se développent les plans déroulables, dont nous avons parlé comme plan stabilisateur de relevée. Enfin il possède un avantage accessoire qui n'est pas sans intérêt : si le ballon se déchire, comme cela est déjà arrivé deux fois, il maintient les carcasses au-dessus de la nacelle, préservant ainsi les aéronautes de

Fiij. Cto. — Le cadre tle poussée du Lebaudy.

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leur choc et de l'ensevelissemeiil dans les plis du ballon plus ou moins remplis de gaz Q).

Accessoires. — Pour lermincr la description du Lebaiidy il nous reste à énumérer les principaux accessoires emportés dans la nacelle.

Les aéronautes ont sous la main les organes de commande suivants : un volant de gouvernail et des cordes de gouvernail, pour le cas où la transmission de ce volant viendrait à ne plus fonctionner — le volant des plans déroulables — la poignée du gouvernail horizontal — les poignées des cordes des cinq soupapes — l'embrayage du ventilateur et la cordelette de manœuvre d'un clapet de réglage du ventilateur — les diverses manivelles de mise en marche et du réglage du moïeur, de l'embrayage des hélices, etc.

Ils ont devant les yeux divers instruments indispensables : deux baromètres d'altitude, dont un enregistreur, un anémomètre à compteur, une montre, un thermomètre, un compteur de tours et un tachymètre, un slatoscope, et trois manomètres de systèmes différents, indiquant la pression intérieure du ballon. La surveillance de cette pression étant capitale, il importe dé ne pas être à la merci du dérangement d'un manomètre isolé.

Une carte est placée sur un support tournant, ce qui permet de l'orienter parallèlement au sol qu'elle représente, de façon à faciliter la lecture.

Il y a, en outre, une jumelle, une longue-vue, une trompe, un porte-voix, un sifflet, etc.

Sous la nacelle se trouve une puissante sirène mise en

I. Dans le dirigeable Patrie ce cadre de poussée a été supprimé, ce qui fait gagner plus de loo kg de Torce ascensionnelle. M. Julliot a en effet estime que la rigidité de la suspension était assez grande pour permettre de s'en passer.

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action par le moteur. On Fentend à plus de lo km. ; c'est un précieux moyen de correspondre au son lorsque l'éloiqnement, la brume ou la nuit ne permettent pas de le faire au moyen de sirjnaux à la vue.

Le lest est constitué par du sable ou de la terre en sacs de 5 et lo kg, placés de façon qu'on puisse les compter à tout moment très facilement et savoir ainsi de quoi on dispose. Un entonnoir et un tuyau descendant sous la nacelle permettent de jeter ce lest sans qu'il puisse en tomber dans le moteur.

Deux trapèzes fixes, à une hauteur suffisante audessus de la nacelle, permettraient aux aéronautes de se suspendre par les bras et d'éviter ainsi un choc violent sur les jambes, dans le cas où on aurait à craindre cjue la nacelle ne touche trop brusquemenï le sol (').

Dans un coin se trouvent deux extincteurs, d'incendie, une réserve d'huile, une réserve d'eau, une boîte d'outils et pièces de rechange, une cage à pigeons, etc.

A Tavant la nacelle porte, dans le jour, un appareil photographique de Gaumont, qui est à volonté automatique et périodique, ou manœuvrable à la main. Il peut se placer verticalement ou incline.

Le ballon a été organisé pour marcher la nuit, ce qu'il a fait plusieurs fois. Il a été, à cet effet, muni d'un système dVcIairagc à trois degrés : Taéronaute et le mécain'cien portent des lampes électriques de poche pour l'examen détaillé des pièces rapprochées; une petite dynamo, mue par le moteur, éclaire des lampes de lo à loo bougies, qui permettent de distinguer l'ensemble des agrès. Enfin, de nuit, l'appareil photographique est remplacé par un phare projecteur à acétylène dissous, de un million de bougies, à l'aide duquel on peut voir les obstacles, collines ou monuments, sur les(|uels on pourrait avoir A craindre de se jeter quand on est près de terre; il permet d'étudier telle ou telle partie du sol, etc. Cet appareil peut s'éteindre ou se mettre en veilleuse quand les aéronautes n'en ont pas besoin ou ne veulent pas se faire voir; il forme, avec ses réservoirs d'acétylène et d'oxygène, un ensemble

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