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LE DIRIGEABLE DANS L^VRMÉE ET DANS LA MARINE

même si ce sont des militaires. De i ooo mètres, on aperçoit encore l'homme isolé, et Ton voit très bien les troupes, qui se détachent en groupes de points noirs sur un sol toujours beaucoup plus clair. Les formations de

Fig. 128. — La flèche, le gouvernail et le papillon du Lehaufiy, (Installation d'alerte de Toul.)

route, de rassemblement, de combat apparaissent très distinctement. Les chevaux isolés se voient assez bien, seuls les canons de 76 avec leur teinte claire ressortent peu, mais leurs groupements d'attelages sont assez signi-

33o LA CONQUÊTE DE l'aIR

ficaliPs et rien n'est facile comme de compter les voitures d'artillerie d'une colonne et par conséquent d'en déduire le nombre de pièces.

Ce que nous disons là s'entend de la visibilité à l'œil nu; il est bien évident qu'avec des instruments d'optique quelconques l'observation sera 'plus précise encore.

.Enfin il faut remarquer que, à i ooo mètres, le dirigeable est six fois plus rapproché des objectifs à observer que le ballon captif; que, d'autre part, les rayons visuels traversent bien plus facilement la couche atmosphérique de haut en bas qu'obliquement : la moindre brume suffit pour aveugler le captif, cette même brume est insensible d'en haut.

Dans ces conditions, le dirigeable, même à des hauteurs où il est pratiquement hors de portée de canon, pourra avec la plus grande facilité reconnaître les mouvements de troupes en marche et leur composition, la situation de troupes rassemblées, ou estimer la valeur de troupes en formation de combat.

Les ouvrages de fortification se voient très bien, de même que les simples tranchées de champ de bataille. La lueur et la poussière du tir d'artillerie ne pourront, malgré tous les défilements, lui être cachées.

Les bois seuls échapperont à ses investigations, de même que tout ce qui occupe des bâtiments quelconques sans se manifester à l'extérieur. Nous pouvons nous demander si l'importance déjà si grande du rôle des bois dans les combats modernes n'augmentera pas encore le jour où les dirigeables se seront multipliés.

Il faut noter aussi qu'on se sent en dirigeable parfaitement à son aise. N'importe quel officier d'état-major, les généraux eux-mêmes, peuvent y monter et y faire œuvre utile.

Les services que ces précieux engins pourront rendre comme agents de reconnaissance s'étendent à toutes les périodes de la campagne.

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Pendant la concentration, qu'est-ce qui les empêche d'aller étudier les mouveipents des troupes de couverture, et les zones de concentration. Ces zones, connues d'avance dès le temps de paix, dans- leurs grandes lignes, par les quais de débarquement, seront faciles à distinguer par l'animation qui s'y manifestera autour des gares, par la fréquence des trains, la multitude des colonnes. qui rayonneront de ces gares vers les localités environnantes. On pourra ainsi déterminer quelles sont les stations qui, par leur calme relatif, sont en dehors de la zone utilisée. Bien entendu, pendant celte période, les projectiles lâchés sur les gares et les trains pourront produire des dégâts fâcheux.

Quand les hostilités battront leur plein, à la veille du grand choc, il sera extrêmement facile de se rendre compte de la direction, de la valeur des longs cordons noirs qui sillonneront les routes. Un officier exercé pourra les reporter facilement sur une carte d'état-major et préciser ainsi en très peu de temps la situation exacte d'une armée entière.

Un corps d'armée occupe en effet sur une route en formation de marche ordinaire une longueur de 24 km. Le suivre de la tête à la queue sera, pour le Lebaudy igo5, l'affaire de quarante minutes. En admettant que la proximité des différentes colonnes ne lui permette pas d'en visiter deux à la fois, on voit, en comptant dix minutes pour passer d'une roule à l'autre, qu'en trois heures environ, il aura pu inspecter entièrement quatre corps d'armée. Ajoutons deux heures de trajet aller et retour s'il y a à parcourir 35 à 4o km. pour se rendre dans la région à inspecter, on voit que l'aéronat, parti à 5 heures du matin du quartier général, pourra, dès 10 heures du matin, rapporter au commandant de l'armée un renseignement bien précis et bien complet et d'une incalculable importance.

Le Lebaudy pourrait-il fournir une pareille course ?

La dépense sera approximativement de :

Ascension à i ooo m 25o kg

Cinq heures de marche à 3o kg à l'heure . . i5o Cinq heures d'essence â i4 kg. ...... 70

Total 470 kg

Or nous savons que ce dirigeable peut transporter 800 kg, ou, en déduisant le poids de trois aéronautes, 600 kg de lest et de pétrole. Il restera donc, dans ce cas particulier, encore i3o kg pour les aléas, sans compter les 100 kg d'objets divers, comme le serpent lourd, etc., qu'on pourrait jeter en cas de nécessité. Avec le Lebaudi/f on pourra remplir une mission d'envergure double, ou, pour une mission telle que la précédente, emporter, en plus, quelques centaines de kilogrammes de projectiles ; en outre, cette mission pourra ^tre achevée en un temps moindre.

Un croquis schématique montrera plus clairement ce qu'on pourrait demander à un instrument comme le Lebaudy. Supposons qu'il y ait à exécuter une reconnaissance générale de la zone occupée par une armée ennemie de quatre à cinq corps s'étendant, détachements d'aile compris, sur un front d'environ 5o km. avec l\o de profondeur, et en particulier à déterminer les ailes. Admettons qu'à ce moment les avant-postes des deux partis soient à une dizaine de kilomètres les uns des autres, que notre dirigeable soit lui-même à 20 km. en arrière des nôtres. Figurons son parcours, pour simplifier, par un triangle équilatéral, nous voyons qu'il peut pénétrer de 3o km. dans la zone occupée par l'adversaire, parcourir 70 km. d'une extrémité à l'autre de la ligne transversale suivie, dépassant de beaucoup de chaque côté l'emplacement présumé des deux ailes, et revenir au point de départ, sans dépasser les limites normales

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de SCS moyens (200 km. en cinq heures) et sans approcher trop de la limite extrême qui serait d'environ 3oo. Pendant ce trajet, d'une hauteur de i 000 m., il pourrait découvrir tout mouvement sérieux de troupe jusqu'à 4 km. à droite et à gauche, c'est-à-dire reconnaître eflfectivement une bande de terrain d'environ 8 km. de large,

Echelle 10 BOKil,

vouac du dirigeable

Ion e effectivement reconnue p9r le dirigeable

Fig. 12g. — Exemple de reconnaissance que le Lebaady pourrait eiTectuer en cinq heures.

ce qui lui donnerait de la situation générale et des mouvements de l'ennemi une notion amplement suffisante pour que le général en chef soit nettement fixé sur ce qui se prépare ou sur les difficultés à craindre pour l'exécution de ses plans.

Le vent n'aurait, sur l'exécution d'une semblable inis-

sion, qu'une influence très faible, cdr, si dans un sens il ralentit la marche, dans le sens opposé il l'accélère de la même quantité Q).

Pendant la bataille même le dirigeable sera au moins aussi précieux. Il pourra déterminer avec certitude jusqu'où s'étendent les ailes de l'adversaire.

A la bataille de Saînt^Privat la manœuvre allemande était exécutée contre la droite française, que les reconnaissances avaient fait croire appuyée à Amanvillers. Ce n'est qu'à la fin de la journée que lé grand état-major prussien sut que notre aile droite s'éti^ndait bien au delà. Son erreur avait entraîné en un coitibat de front deux corps d'armée, qu'il destinait à l'action enveloppante. Si de Moltke avait eu un dirigeable, il ne se serait pas ainsi illusionné; il aurait étendu son mouvement et n'aurait pas risqué de voir échouer son plan, comme cela a failli se produire par suite de la résistance du maréchal Canrobert, et comme cela se serait produit sûrement si les réserves françaises n'avaient pas été maintenues inactives par une main criminelle.

Mais il semble que le semce le plus capital que le dirigeable puisse rendre, sera dans la découverte de l'emplacement des réserves..

Jusqu'ici on arrivait plus ou moins bien à déterminer la ligne des contours, la valeur approximative des éléments de première ligne; mais on n'avait absolument aucun moyen de savoir ce qu'il y avait derrière.

Dans la bataille moderne, telle que Napoléon nous l'a révélée, telle qu'elle sera vraisemblablement toujours, on s'efibrce, par une longue et pénible lutte de front, de

I. Ceci n'est tout à fait vrai que si le dirigeable marche à Palier et au retour précisément contre le vent et dans sa direction ; avec des vents obliques il est facile de se rendre compte qu'il gagnerait moins dans un sens qu'il ne perdrait dans l'autre. Le cas le plus défavorable est celui où l'aéronat a besoin de marcher exactement dans une direction perpendiculaire à celle du vent.

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fixer la plus grande partie possible des troupes ennemies, d'user l'adversaire, c'est-à-dire de le forcer par d'incessantes menaces, par de continuelles attaques en force relative sur un point puis sur un autre, à engager peu à peu ses réserves, et par conséquent à se démunir du seul moyen d'action qui pourra faire pencher la balance au moment critique de l'attaque décisive.

Et cette attaque décisive, d'où dépend le sort de la bataille et le sort de l'État, il s'agit de ne la lancer qu'au bon moment et au bon endroit, c'est-à-dire lorsque l'ennemi n'a plus de quoi y répondre, ou tout au moins à un endroit où il n'aura pas la possibilité' d'y répondre à temps, de façon que la désorganisation de son armée par le choc irrésistible qu'on produit, soit fait accompli avant qu'il ne puisse Pempêcher.

L'exécution et la réussite de cette manœuvre capitale dépendent en majeure partie de la connaissance de la valeur et de l'emplacement des réserves ennemies, Aussi voyons-nous pendant toute la bataille cette préoccupation des réserves dominer tout dans la pensée du commandant en chef.

Or, hier, il n'avait sur ce point que des indices plus ou moins trompeurs, demain il aura la certitude. Le dirigeable pourra reconnaître avec une exactitude quasi absolue la composition des grosses unités tenues en réserve, à l'abri des émotions de la lutte, en vue de la phase finale, et découvrir l'arrivée des colonnes de secours.

Que cette réserve soit mise en mouvement, soit pour parer à une manœuvre, soit pour exécuter elle-même le grand effort décisif, le dirigeable verra ce mouvement et le signalera sans retard.

Il aura pour cela deux moyens, sa propre vitesse, qui, en un quart d'heure, à l'allure du 4o, l'amènera au pied du commandant en chef, ou bien les signaux à vue, sans parler de ceux de la sirène qui s'entendent de bien loin, mais qui, dans une bataille, seront probablement

masqués par le vacarme général des artilleries. Un jour viendra oii la télégraphie sans fil, grâce à des appareils synthétisés, permettra des communications plus rapides et plus sûres à grande distance. Un jour peut-être aussi verrons-nous le vaisseau observateur continuer à tenir l'ennemi sous son regard ininterrompu, tandis que de plus petits, à rendement moindre mais filant plus vite, iront,, véritables estafettes aériennes, transmettre les comptes rendus.

Ainsi, dans une armée qui seule posséderait un ou plusieurs dirigeables, en face d'un adversaire qui en serait dépourvu, ce qui serait le cas en 1907, et peut-être les années suivantes aussi, le généralissime se trouverait dans la situation d'un joueur qui voit toutes les cartes de son partenaire, tandis que celui-ci ne connaîtrait que son propre jeu. Informé de tout ce qui se passe d'important dans le camp opposé, il serait à même de répondre à tous les coups, et de préparer les siens en toute connaissance de cause.

Cet avantage serait tellement immei: 3, tellement capital, qu'il est à souhaiter qu'on fasse sans compter tous les sacrifices nécessaires pour doter toutes nos armées et nos forteresses de ce merveilleux engin.

Les armées de campagne ne seront pas les seules à tirer profit des reconnaissances des dirigeables. Les places assiégées seront, elles aussi, bien aidées par eux, quoique pour elles il semble que le service de communication extérieure, dont nous avons parlé plus haut, soit le principal.

Le gouverneur de la place a, en efl'et, le plus grand besoin de connaître les dispositions du corps de siège, sa répartition, l'organisation du secteur d'attaque, l'emplacement des batteries de siège, la nature et l'avancement des travaux d'approche. Une excursion de l'aéronat, quelques clichés de téléphotographies suffiront pour le fixer nettement.

CONQUiTB DB l'aIR

On peut même se demander si, dans les moments où il n'aura rien de mieux à faire, le dirigeable ne pourra pas constituer un excellent poste d'observation de tir et permettre le réglage de quelque tir spécialement important, qui, sans lui, n'aurait pas pu s'exécuter.

Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que semblable service ne peut être que bien médiocrement rendu par le ballon captif très vulnérable, nous Tavons déjà montré, s'il ne reste pas à 6000 m. du canon ennemi, tandis que le dirigeable, de 1000 m. au-dessus du terrain à reconnaître, voit parfaitement et voit tout. En outre, nous constaterons tout à l'heure qu'il pourrait même descendre bien plus bas sans risquer grand' chose, si besoin était.

Mais nous n'avons que trop parlé de place assiégée; tous ceux qui connaissent à fond notre armée et celle de nos adversaires éventuels, savent qu'il y aurait plus de probabilités pour que, si la guerre venait à éclater d'ici plusieurs années, nous ayions, au contraire, à mettre le siège devant quelque place ennemie. En ce cas, le dirigeable rendrait à un corps de siège des services très analogues à ceux que nous avons esquissés pour une place assiégée, en dévoilant les dispositions prises, l'emplacement précis des batteries défilées, en signalant les mouvements de la défense mobile, etc.

On peut croire aussi que, dans ce cas particulier, le pouvoir destructif de cet engin aurait une application spéciale, car les magasins de la place ont une importance considérable pour la défense, puisqu'ils ne peuvent pas être réapprovisionnés ni remplacés; et il est permis de croire qu'on pourrait leur faire du tort par un tir vertical.

On pourrait trouver une quantité infinie de cas où, dans cet ordre d'idées le dirigeable serait d'un précieux concours. Citons seulement celui de l'attaque de \ive force d'un fort ou ouvrage, ou, d'ailleurs, d'une position quelconque.

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Lorsque rassaillanl estime que l'artillerie a suffisamment désorganisé la position à enlever, et démoralisé son défenseur, il lance l'infanterie de la colonne d'attaque, c'est l'assaut. Mais, dès que celte infanterie est parvenue à 5oo m. de la position, le concours intime des deux armes cesse brusquement; le canon ami ne peut plus, par crainte d'atteindre l'infanterie assaillante, tirer sur l'adversaire. Celui-ci a donc toute latitude pour sortir de ses abris, se précipiter au parapet, et ouvrir un feu d'enfer sur l'assaillant qui marche et ne tire pas, ou, s'il s'arrête pour tirer, risque de perdre tout son élan.

Ne peut-on pas penser qu'à ce moment suprême la présence de quelques dirigeables au-dessus de l'ouvrage, lâchant la plus grande quantité possible d'explosifs sur la tête des défenseurs, aurait une heureuse influence sur la réussite de l'attaque, en remplaçant par leur feu, au moins en partie, le feu de l'artillerie qui a dû se taire ?

Nous verrons donc peut-être un jour appliquer au nouvel auxiliaire le principe si justement en honneur aujourd'hui de la liaison des armes.

Conclusion, — En résumé, nous voyons qu'autour ou à l'intérieur d'une place, en rase campagne, avant comme pendant ou après la bataille, le dirigeable rendrait d'incalculables et incontestables services.

Toutefois, il ne faut pas se faire d'illusions exagérées : ces services garderont, en dépit de tous les perfectionnements possibles, un caractère aléatoire. Les dirigeables resteront inévitablement des instruments plus ou moins fragiles, à la merci d'un accident. Ils ne pourront, sans réparations importantes, telles que changement d'enveloppe, fonctionner fréquemment plus de quelques mois; enfin, ce qui est plus grave encore, ils seront souvent arrêtés par des conditions atmosphériques, en particulier le vent.

Nous avons vu que le Lebaady, avec sa vitesse de

II m., peut évoluer en tous sens à la rigueur 228 jours par an et la Patricy 270; mais ce n'est là qu'un chiffre théorique. On ne peut pas songer, en pratique, à leur demander de lutter contre des vents inférieurs mais voisins de ces chiffres ; la marche du Lebcuidy serait, par exemple avec un vent contraire de 9 m., beaucoup trop lente, puisqu'elle serait réduite à 2 m., et en outre, avec la variabilité des vents, on risquerait que ceux-ci, en augmentant, ne viennent à dépasser la fameuse limite de 1 1 m., rendant impossible le retour dans les lignes amies, si la direction de ce vent porte vers l'ennemi. Un dirigeable comme celui dont nous nous occupons ne pourra donc, en pratique, être employé que lorsque le vent moyen ne dépassera pas 5 à 6 m., c'est-à-dire environ un jour sur trois (').

D'autre part la pluie, nous l'avons vu, limitera son rayon d'action par l'alourdissement de 80 kg qu'elle produit.

Cette pluie et le brouillard rendront les reconnaissances du croiseur aérien plus difficiles et plus dangereuses en diminuant considérablement son champ de vue et en l'obligeant, par conséquent, à se rapprocher des objectifs à inspecter.

Il ne faut toutefois pas s'exagérer les inconvénients du brouillard; des temps qui paraissent très nébuleux pour des gens qui sont à la surface du sol et dont les rayons visuels ont une direction à peu près horizontale, le sont très peu pour le ballon qui regarde de haut en bas, traversant cette couche, généralement très mince, dans le sens de cette faible épaisseur. Le ballon se trouve alors caché à presque tous les regards,tout en voyant ce qu'il a au-dessous de lui.

Quoi qu'il en soit, il est évident qu'il ne faudra jamais

I. Il faut cependant remarquer que, lorsque la direction du vent tendra à ramener vers les lignes amies, on ne risquera rien à faire tous les efforts possibles pour marcher vers cet ennemi, certain que l'on sera de pouvoir toujours rentrer.

compter d'avance d'une façon absolue sur les services des dirigeables, trop souvent à la merci des caprices d'Éole.

Il s'ensuit naturellement que ce merveilleux moyen d'information ne devra jamais remplacer les procédés de reconnaissance ou de communication actuellement employés, mais se superposer à eux. Quand le dirigeable ne pourra pas marcher, il faudra qu'on puisse s'en passer; par contre, quand les circonstances permettront de s'en servir, il pourra avoir sur la réussite des opérations une influence capitale.

Mais, pour arriver à ce résultat, il faut avoir des dirigeables et en avoir suffisamment. Il est à souhaiter que, profitant dans la plus large mesure de la grande invention dont nous bénéficions si heureusement seuls en ce moment, nous dotions toutes nos places exposées et toutes nos armées de campagne de ce précieux engin. Dans quelle proportion nous en faudra-t-il?

Nous en avons déjà deux. Nous ne comptons pas les aéronats de beaucoup moindres rendements et de sûreté imparfaite que l'on pourrait utiliser à la rigueur dans certains cas, comme le Santos-Dumont n° 9, le de La Vaulx ou autres nouveaux modèles en essai actuellement.

Certains voudraient que nous nous contentions de ces deux dirigeables.

D'autres réclament une cinquantaine de dirigeables.

Il semble que le desiderandum raisonnable soit entre les deux.

Les places très exposées aux premières heures d'une campagne ont seules besoin de ces engins, puisqu'ils sont facilement déplaçables en dépit de l'ennemi, et il est bien certain que jamais on ne verra plus d'un ou, à la rigueur, deux grands sièges à la fois.

De quoi a besoin une place assiégée ? D'abord un dirigeable à grand rayon d'action pour la communication

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avec Textérieur, puis un aéronat à puissance beaucoup moindre pour les reconnaissances, chacun de ces deux modèles pouvant à la rigueur remplacer Tautre en cas d'accident. En l'état actuel des choses, un modèle de 3 ooo à 4 ooo m', et un de i 5oo à 2 000 sembleraient répondre aux conditions que nous venons d'indiquer.

Il suffirait que deux ou trois de nos grandes places de l'Est en fussent dotées en tout temps, avec une réserve n'importe oii, soit en tout six ou huit unités, qui, bien entendu, changeraient d'affectation dès que nos armées pénétreraient sur territoire ennemi.

Quant aux armées, nous avons vu plus haut, en prenant pour base le rendement du Lebaudy, que cet aéronat pourra en une matinée reconnaître complètement une armée de quatre corps environ. Lui demander plus dans le même temps serait livrer au hasard ses renseignements ou consentir à ce qu'ils soient incomplets.

Il faut donc un dirigeable par armée. Comme en outre cet instrument n'est assuré ni contre les accidents divers, ni, malgré toutes précautions possibles, contre le tir de Fadversaire, la plus élémentaire prudence exige qu'on l'emploie toujours par deux.

Si nous supposons, comme organisation générale, la répartition de nos forces en un groupe principal de trois armées et deux armées d'ailes, il faudrait donc, d'après cette dotation, dix unités, plus deux à la disposition spéciale du généralissime, total douze.

Ceci sans parler des ports et des escadres dont nous dirons un mot tout à l'heure, ni de la région des Alpes où leur emploi ne parait devoir être possible que dans un certain temps, quand une notable augmentation du rendement permettra l'élévation à de très grandes hauteurs.

Bien entendu les chiffres à atteindre que nous donnons là ne visent que le cas où nous nous trouverions en face d'un adversaire sans dirigeables.

Le jour où lui aussi en possédera il n'y aura plus de

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limite, chacun ayant intérêt à en avoir plus que l'adversaire. Les conditions budgétaires seules entreraient en ligne de compte.

Emploi dans la guerre navale. — Le dirigeable ne sera pas seulement utile aux armées et aux places fortes, il sera également précieux pour les ports de guerre et les escadres, auxquels il rendra des services de nature analogue.

Sur mer comme sur terre, la nécessité de savoir est une des plus impérieuses. Or la vue sur mer ne s'étend qu'à des distances très limitées. Ce n'est pas, comme sur le continent, l'impureté de l'atmosphère qui limite la visibilité, mais la rotondité de la sphère terrestre. Du haut d'un mât on n'aperçoit pas au delà de i6 km., alors que d'un observatoire plus élevé la pureté de l'atmosphère permettrait de voir beaucoup plus loin. Le ballon captif offre bien un moyen d'obtenir cette hauteur d'observ^atoire, mais les difficultés de son emploi, le peu de services qu'il pourrait rendre, font hésiter à s'en embarrasser. Si nous ne nous trompons, l'Allemagne seule a prévu et préparé son utilisation (').

Combien au contraire sera féconde la reconnaissance du dirigeable ! Filant à une allure supérieure à celle du plus rapide des torpilleurs, il gagnera en très peu de temps les directions dangereuses à une hauteur où son champ d'investigation sera aussi étendu que le permettent les circonstances atmosphériques du moment. Puis quand au loin il aura découvert une flotte, il s'en approchera, ira reconnaître tous les bâtiments qui la composent et rentrera rendre compte. La flotte russe de Rodjestvenski, si elle avait eu un dirigeable à sa disposition, ne serait pas tombée dans le guet-apens de Tsoushima.

I . Nous avons eu pendant un certain temps à Lagoubran, auprès de Toulon, un parc à ballons de marine qui a été supprimé.

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Pendant le combat naval il pourra, lui aussi, dans certains cas particuliers, lancer des projectiles sur les navires ennemis en ayant soin de s'attaquer seulement à ceux dont le pont ne comporte pas de protection, par exemple à certains croiseurs, aux torpilleurs, etc.

Mais il est surtout un cas où son emploi présenterait un intérêt tout à fait particulier, celui de l'exploration des profondeurs de la mer et de la recherche des sous-marins.

Il est un phénomène assez curieux que connaissent bien tous les aéronautes qui ont eu l'occasion de naviguer au-dessus des eaux. A partir de quelques centaines de mètres de hauteur, l'œil perçoit le fond de la mer avec une netteté inimaginable, quelle que soit la furie des vagues qui agitent sa surface. Il est d'ailleurs assez facile de se rendre compte de ce phénomène par une expérience très simple : il suffit de monter sur une échelle au-dessus d'un bassin dont la surface est agitée, on distingue admirablement tout ce qui se trouve au fond, alors que du bord on ne voit rien tant que la surface n'est pas absolument lisse.

Le sous-marin qui, dans les guerres navales de l'avenir, jouera probablement un si grand rôle, pourra donc être facilement découvert et signalé par un dirigeable. On trouvera peut-être même un moyen pratique de ])ermeltre à ce dernier de l'attaquer, car si le sous-marin ne présente pas de grandes dimensions, il a, par contre, une vitesse faible et une extrême vulnérabilité. Toute sa force réside dans son invisibilité : l'automobile aérienne, en la faisant disparaître, diminuera considérablement sa puissance d'action.

La question d'installation au milieu d'une flotte d'un engin aussi volumineux qu'un ballon dirigeable, semble devoir soulever quelque difficulté. Elles ne sont toutefois pas insolubles. On pourrait en eilet organiser un vieux bâtiment en bateau-hangar. La forme spéciale du Lebaudy, large seulement de lo m., long de 58 et haut de

17, avec une partie inférieure peu large, correspond très bien à celle de la capacité intérieure d'un bateau. Le dirigeable pourrait donc y trouver place tout monté entre la dunette et la quille.

Reste à savoir si les officiers de marine trouveront que les services qu'on peut attendre de cet engin sont suffisants pour lui sacrifier un bâtiment spécial et tout ce qui s'ensuit en équipage, charbon, etc.

Fig. iSa. — An zénith.

En tous cas il est certain que les dirigeables affectés à un port de guerre où ils auront leur point d'attache, pourront rendre à la défense mobile des services très importants.

Ainsi nous verrons peut-être dans l'avenir se livrer des triples combats à la surface des eaux, dans les profondeurs des mers et dans les hauteurs de l'atmosphère.

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