CONSEIL IMPERIAL
A la Conférence Coloniale de 1897, M. Chamberlain avait insidieusement proposé de créer “un grand Conseil de l'Empire auquel Res Colonies enverraient des représentants plénipotentiaires... des perconnes capables de donner de: avis réellement bons et efficaces... Si
Le successeur de M. Chamberlain à Downing Street (M. Lyttle-
ton) pour ne pas lâcher l'idée du “GRAND CONSEIL” pouvant grandir encore, envoya aux gouverneurs des colonies autonomes {20 avril 1905) une proposition Pour changer le nom de “Conseil Colonial“ en celui de “Conseil Impérial” et pour créer un secrétariat permanent chargé de transiger les affaires du Conseil entre ses sessions.
Sauf le Canada et Terreneuve, toutes les colonie: autonomes interrogées individuellement (n'ayant pas là Sir Wüfrid Laurier pour les tenir) consentirent à la proposition.
Terreneuve envoya une réponse incolore, plutôt négative.
Le Canada seul a répondu clairement qu'il refusait parce qu“ un Conseil de cette nature pourrait, par la suite, en venir à être regardé comme un empiètement sur la mesure complète de pouvoir autonome administratif et législatif dont jouissent actuellement toutes les colonies autonomes.”
Cette réponse, pourtant si simple, n’attira pas l'attention des autres colonies et même trois d’entre elles, à la conférence de 1907, proposèrent l'établissement du fameux Conseil de M. Lyttleton et du secrétariat permanent. il
Mais Sir Wilfrid Laurier veillait et fit remarquer aussitôt “qu'il faudrait d’abord savoir quelles seraient les fonctions, les pouvoirs et les devoirs du conseil et les déterminer et qu’ensuite, le titre à donner dépendrait des fonctions qui seraient déléguées.” :
Immédiatement tout le monde repoussa l’idée de donner au Conseil aucune espèce de fonctions et tout le monde tomba d'accord que le terme de “conférence” et non celui de “Conseil” était le terme qui convenait à des réunions sans fonctions.
Quant au Secrétariat, l'Australie insista davantage, mais sur ce point encore, elle dut céder devant l’objection de Sir Wilfrid Laurier que “le Bureau Colonial était le service convenable pour traiter sous la responsabilité ministérielle avec les colonies autonomes ou colonies de la Couronne.”
L'idée de forcer nos gouvernements à traiter avec le gouverne-
ment anglais par l'entremise d'un secrétaire non officiel était une absurdité et presque une insulte. 8
Mais il fallut que Sir Wilfrid Laurier fût là pour le faire sentir
aux autres délégués.
COUR D'APrEL IMPERIALE
Un des grands projets de Chamberlain, un de ces gold bricks, avec lesquelles, il comptait édifier l’Empire était la création d'une
cour d'appel pour tout l'Empire Britannique,” pas un appel à la Chambre des Lords pour le Royaume-Uni et un appel au Conseil Privé pour les Colonies, mais une grande cour de cimentation pour Empire. Dans ce but, il refusa à l'Australie en 1900 le pouvoir de décider finalement ses causes comme elle le désirait; il préténdit que les appels en Angleterre facilitent cette “unité d'action pour les intérêts communs qui tendent à une Fédération réelle de l'Empire.” Les déségués australiens dans la discussion de leur Acte Constitutionnel déclarèrent Qu'ils ne pouvaient pas comprendre “comment le monopole du droit final d'interprétation des lois peut amener les Austranens à sentir qu'il resserre leur affection à la mère de la race” et on effectua un compromis.
L'année suivante, en 1901, M. Chamberlain convoqua une conférence spéciale pour étudier la question de la nomination au Conseil Privé” de quatre Lords Légistes additionnels, titulaires de sièges à la Chambre des Lords ainsi qu'au comité judiciaire” L'hon. David Mills représentait le Canada à cette conférence; il était porteur d'un arrêté du Conseil Privé du Canada déclarant que cette proposition ne présentait aucun avantage,
M. Chamberlain dut s’avouer battu.
À la dernière conférence (1907) l'Australie proposa qu“ il est aésirable d'établir une cour d'appel impériale,” et, au milieu d’un long débat, Sir Wilfrid Laurier se leva et déclara qu'il ne pouvait pas exister d'opposition à une cour d'appel impériale; mais que la question à régler était de savoir si chaque colonie aurait le droit de décider lesquelles de ses causes—si elle voulait en envoyer—pourraient être soumises à cette Cour d'Appel. “C'est un point, affirma-t-il qu'il faut laisser aux Colonies le droit de déterminer.”
Si Chamberlain eût été là, il aurait combattu ce principe adverse à la Fédération Impériale, mais le Lord Chancelier du gouvernement actuel céda et dit: “chaque unité intégrale des Dominions de Sa Majesté devrait avoir son libre arbitre en fait d'appels. Nous en convenons très cordialement et nous ferons tout en notre pouvoir pour nous conformer aux vues de tous les intéressés.”
Cette déclaration fut une des plus importantes de la Conférence. Il règne au Canada deux manières de voir quant aux appels aux juges non canadiens; mais tout le monde, du moins, est d'accord sur ce point que nous devons êfre les maîtres de dire S'il y aura appel on non.
DxFENSE IMPERIALE
Bien que les partisans de la Fédération Impériale aient fré-
quemment demandé au Canada de contribuer aux dépenses de la marine britannique, c’est un fait assez curieux à noter que l’on he nous ait jamais demandé l'argent pour l'armée britannique.
Le Canada, en temps de guerre, 4 fourni des hommes, à titre volontaire, mais ce n'est qu'en 1902, lorsque M. Chamberlain était pes mal abasourdi par la guerre des Boers, qu'on nous a demandé une assistance bien définie. 2
A cette époque on nous insinua “que les grandes colonies autonomes pourraient bien fournir quelque assurance quant À la force des contingents qu'elles pourraient mettre à la disposition du gouvernement de Sa Majesté pour service extra-colonial, en cas de guerre avec une puissance européenne.”
Comme tout ce que fait M. Chamberlain, cette proposition manquait absolument de tact, car il savait fort bien que Sir Wilfrid Laurier, avant de partir pour la Conférence, avait déclaré à la Chambre des Communes du Canada que “ce serait pour le Canada un vrai suicide que de se lancer dans le gouffre où se débattent actuellement les nations européennes, y compris l'Angleterre, par suite de l’obligation d'entretenir de grands armements militaires.” LE
Cependant l'Australie fut la seule colonie qui s'unit au Canada pour répondre, à la Conférence, aux demandes pour des contingents que ce serait l'affaire de chaque colonie de juger elle-même “lorsque surgirait le besoin, comment et dans quelle mesure elle devrait rendre assistance.”
Cette fois encore le principe de l’autonomie pure devait régler la question.
Cinq années s’écoulèrent et à la dernière conférence on finit par admettre que Sir Wilfrid Laurier avait raison; le Bureau de la Guerre lui-même fut convaincu. :
Le Dr. Smartt de la Colonie du Cap voulait que quelques-uns des effectifs coloniaux fussent engagés avec la condition que ces troupes pourraient être employées en service étranger.
Sir Frederic Borden s'opposa à cette proposition et M. Haldane, Secrétaire de la guerre, admit le bien fondé de son opposition en disant: “A qui ces troupes seraient-elles responsables de leurs actes? Qui aurait l'autorité de es appeler en service quand la guerre éclaterait?” 5 8
Le Canada, comme l’a fait comprendre Sir Wilfrid Laurier, entend que ses officiers aient la direction de sa milice.