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I. Le Devoir des Journalistes

• Les écrivains courageux qui défendent par la presse nos saintes croyances contre les attaques de l'incrédulité remplissent un véritable apostolat, et c'est faire acte de dévouement à la religion que de soutenir et de répandre les feuilles où ils servent les intérêts de la foi. »

(:Mgr FREPPELjévêque d'Angers.)

« Cette question de responsabilité est la plus grave qui puisse préoccuper un écrivain, la plus alarmante, et on tremblerait d'écrire si l'on songeait trop continuellement au mal que l'on peut faire... Il ne semble pas que la plupart des hommes de lettres... aient eu un suffîs lut elTroi de ce pouvoir de suggestion qu'ils exercent. »

(A. Hermant, Le Figaro,2 juillet 1918.)

I.a presse « serait un stimulant admirable d'activité, une source de vie inépuisable, un facteur de progrès comme jamais l'humanité n'en posséda, si elle comprenait et acceptait toujours la responsabilité de sa puissance ; si elle ne déviait pas elle-même toute la première des chemins où il faudrait ramener ce pays, et si, à côté des services très réels qu'elle nous rend, on ne la voyait point se livrer à des excès tels, qu'on se demande parfois — c'est ime tentation ! — s'il ne faut pas souhaiter de voir balayer toutes ces feuilles, comm.e on balaie, aux jours d'automne, les feuilles d'arbres qui ornaient si bien les derniers beaux jours, semblables, au bout du pétiole tremblant, à des lames d'or fragiles; mais qui gisent maintenant souillées de poussière, et engendrent la corruption ».

(P. SEnrihLAyic.Es, Le patriotisme et la vie sociale. — Le rôle de la presse. — Le journal, p. 196).

t Vous êtes des apôtres. Votre occupation, votre devoir, votre honneur sont de convertir des âmes et de les conduire dans ces grands

bras de Dieu, toujours ouverts pour recevoir les pêcheurs, toujours fermés poiu- retenir les justes. C'est votre mission...

(Léon Gautier, Voyage d'un catholique autour de sa chambre.)

« Il sera assurément très utile que des hommes instruits et pieux se consacrent à des publications quotidiennes ou périodiques ; les erreurs étant ainsi peu à peu et graduellement dissipées, la vérité se répandra. Les âmes engourdies se réveilleront, et la toi qu'elles cultivent en elles-mêmes pour leur salut, elles se mettront à la professer publiquement et à la défendre avec vaillance. Il faut que les laïques d'élite qui aiment l'Église, notre Mère commune, et qui, par leurs paroles ou leurs écrits, peuvent utilement soutenir les droits de la religion catholique, multiplient leurs travaux pour sa défense. » (Léon XIII, Ency. Xolilissima Gallorum Gens, 8 févr. 1884.)

« Il n'y a pas de plus belle mission que celle du joiu-naliste dans le monde d'aujourd'hui. Je bénis le sjmibole de votre office. Mes prédécesseurs consacraient les épées et les armes de guerriers chrétiens. Je suis heureux d'attirer des bénédictions sur la plume d'un journaliste chrétien. >

(Pie X, bénissant la plume stylographique que tenait en main un journaliste agenouille à ses pieds.)

t On nous jugerait poncifs et ridiculessi nous reprenions la vieille formule : <i La presse est un sacerdoce ! Tout de même, elle devrait être un instrument merveilleux d'éducation ».

Pourquoi ne rempiit-elle pas son rôle ? Faut-il accuser les lecteurs ou les journalistes ? Le public a, dit-on, les journaux qu'il mérite. On lui sert ce qui peut l'intéresser. Les choses sérieuses ne l'intéresscct pas. Est-ce bien sûr ?

Admettons que les responsabilités soient partagées. Ne pourrait-on concilier en tout cas les goûts des lecteurs superficiels avec ceux d'autres lecteurs qui s'obstinent h penser qu'il y a dans le monde d'autres sujets de préoccupations que les crimes passionnels, les courses et les matches ? »

(Ch. Chaumet, l'Avenir, 5 juillet 1921.)

« Mes chers confrères, vous tenez entre vos mains l'arme la plus puissante, la plus redoutable, la plume. Je ne crois guère, pour ma part, à la théorie d'Emile de Gùardin sur l'mnocuité de ia parole imprimée. Vous vous rappelez ie mot de Henri Heine : « Une petite goutte d'encre, tombant, comme une rosée, sur une pensée, la féconde et fait germer ce qui t^it penser ensuite des miniers, et peutêtre des millions d'hommes. »

(Paul Deschanei-, Discours au banquet de V Association des journalislcs parisiens, 18 mars 1920.)

L'Apostolat par la Presse.

Après la Résurrection, de nombreux disciples sont accourus en Galilée. Ils savent que c'est là que Jésus doit se manifester aux siens. Une joyeuse impatience les agite : réunis sur une m.ontagne, ils interrogent anxieusement l'horizon. Au loin^ c'est le lac de Génésareth, où des barques, à la voile tombante, se balancent mollement, comme des enfants qui s'endorment dans les bras de leurs mères. Une des embarcations s'approche de la rive, peut-être Jésus va-t-il en descendre ? Peut-être est-ce lui qui marche là-bas dans ce champ de trèfle rose dont la brise leur apporte les senteurs p'ûrfumées ? Cet homme dont le manteau flotte au vent et qui allègrement gravit le sentier, c'est peut-être le Maître ? Les apôtres échangeaient leurs pronostics quand soudain Jésus paraît au milieu d'eux ? Ils l'attendaient, ils le désiraient, et cependant leur foi est encore bien faible, puisqu'ils n'osent reconnaître le Sauveur ; beaucoup se troublent et reculent effrayés.

Jésus les rassure, et devant tout le peuple. Il les envoie à la conquête de l'univers : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations. Que tous les peuples entendent la bonne nouvelle, qu'ils observent tout ce

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que je vous ai commandé et qu'ils soient sau-vés (1) ».

L'Eglise catholique a été fidèle au mandat de son divin fondateur. Depuis les origines, et toujours, elle s'est faite l'infatigable propagatrice de sa foi. Dans cette œuvre de l'évangélisation des nations, elle n'a rien négligé de ce qui pouvait l'aider. Elle a lancé ses apôtres sur tous les chemins du monde. Rien ne l'arrête, ni les océans inexplorés.ni la cruauté des climats, ni la barbarie des peuples ; sans se lasser, elle crie à l'élite de ses fils : allez et enseignez. Ses enfants meurent à la tâche en transmettant d'une voix éteinte, mais joyeuse quand même, le mot d'ordre à ceux qui viennent les remplacer : allez, enseignez, plus loin, ne vous occupez pas de nos tombes, ce sont des pierres qui jalonnent la route de l'Evangile, Dieu lui-même en aura soin ; allez, les âmes vous appellent. L'Eglise a multiphé ses écoles et ses chaires, et à tous les carrefours de la vieille Europe elle a bâti des universités, formidables remparts pour la défense de la foi. L'imprimerie et le li\Te reçurent ses encouragements, dès leur apparition, c'étaient de nouvelles puissances de salut.

L'EgUse, si divinement audacieuse dans ses apostoliques initiatives, va-t-elle hésiter à se servir de cette puissance formidable qu'est le journal dans nos sociétés modernes ? Demandera-t-elle à la presse, ce gouvernail du. monde, comme l'appelle le Père Gratry, de l'aider à sauver les âmes qui se perdent ? Cette

(1) Saint Matthieu, chap. 28, 16-20

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voie triomphale par laquelle nous arrive chaque jour l'erreur, la vérité l'empruntera-t-elle pour rentrer un jour parmi nous ? Oui, l'Eglise s'en servira. Elle n'aura pas peur de cette jeune force,elle la disciplinera, elle en fera la messagère de la parole du Christ, car elle sait que rien n'arrive dans ce monde que par la Providence de Dieu, et que Dieu fait tout pour ses élus.

On a dit que saint Paul, s'il revenait parmi nous, se ferait journaliste. Je le crois vraiment. En effet, que faisait saint Paul ? Il laissait à d'autres, comme tous les apôtres, d'ailleurs, le soin d'administrer les sacrements ; lui, il semait le Verbe.

Et pour cela, il cherchait partout des chaires d'où il pût se faire entendre ; il en demandait à la synagogue, dans toutes les juiveries qu'il visitait ; il en demandait à l'aéropage d'Athènes ; il en demandait au théâtre de la grande diane d'Ephèse; il en demandait à la prison de Rome.

Supposez qu'on lui eût dit un jour : « Paul, Paul, il y a une chaire d'où l'on peut être entendu non seulement d'une petite synagogue, mais de toute l' Asie- Mineure, de la Syrie, de la Palestine, de l'Egypte, de la Grèce, de l'Italie ; du haut de cette chaire tu pourras prêcher ton Christ, annoncer la Croix, soulever les peuples vers la vérité, vers la justice, vers l'amour.» Je suis sûr que saint Paul aurait dit : « Où est-elle, cette chaire, que j'y monte ? » Et si on la lui avait montrée, il l'aurait escaladée en un clin d'œil, et il y

serait resté jusqu'à la fin de sa vie, comme les stylites au haut de leur colonne.

Cette chaire, elle n'existait pas du temps de saint Paul, mais elle existe aujourd'hui, c'est le journal. C'est à nous, qui avons au cœur le même amour de Dieu et de l'Eglise, la même passion pour la vérité divine, c'est à nous à faire ce qu'il aurait fait, et avec la vigueur et l'enthousiasme qu'il y aurait mis.

Les Papes, à maintes reprises, nous ont recommandé et ordonné l'utilisation chrétienne de la Presse.

« Au nombre des moyens les plus aptes à défendre la religion, disait le Pape Léon XIII, il n'en est pas, à notre sens, de plus efficace et de plus approprié à l'époque actuelle que celui qui consiste à répondre aux écrits par des écrits et à confondre ainsi les artifices des ennemis de la foi. Les méchants abusent des journaux pour la diffusion des mauvaises doctrines et la dépravation des mœurs, estimez de votre devoir d'user des mêmes moyens: eux, indignement, pour la destruction ; vous, saintement, pour l'édification. ))

« Le trait caractéristique de notre époque, écrivait Sa Sainteté le Pape Pie X, dans une lettre à l'archevêque de Québec, c'est que, pour tout ce qui regarde les façons de vivre et de penser, on s'inspire d'ordinaire des feuilles quotidiennes répandues partout. Il faut donc, pour guérir les maux de notre temps, employer des moyens qui soient appropriés à ces habitudes. C'est pourquoi, aux écrits, opposons les écrits ;

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aux journaux dont l'influence pernicieuse se fait sentir tous les jours, au moins le bon journal. Mettre de côté de semblables moyens, c'est se condamner à n'avoir aucune action sur le peuple et ne rien comprendre au caractère de son temps ; au contraire, celui-là se montrera juge excellent de son époque qui, pour semer la vérité dans les âmes et la propager parmi le peuple, saura se servir avec adresse, zèle et constance de la presse quotidienne.

LA PRESSE SEMEUSE DE VÉRrrÉ

La presse remplira ce rôle de missionnaire des temps nouveaux, si, tout d'abord, elle est une semeuse de vérité.

Les âmes soutirent de l'ignorance religieuse; la France en meurt. Aussi, le plus grand service qu'il nous soit permis de rendre aux âmes et à notre pays, c'est de les mettre en possession du trésor qu'ils ont gaspillé dans les débauches du doute et du scepticisme. Enseigner la vérité qui guidera les âmes dans leur marche vers la félicité éternelle, et qui fera triompher dans la société la justice, la bonté, la liberté, la fraternité, voilà bien la grande nécessité du temps présent.

Notre génération demande de la lumière. Longtemps elle a vécu sous le ciel froid de la libre-pensée, errant de système en système, et qu'y a-t-elle trouvé ? L'émancipation, la grandeur qu'elle rêvait ? Non ; mais le désenchantement du cœur, le démantèlement

de la conscience avec le débordement des moeurs qui en est le résultat.

Fatiguée de ces doctrines qui entraînent avec elles tant de déceptions, de soufïrances et de hontes; fatiguée de courir sur une route poussiéreuse dont elle ne voit et ne pressent pas l'issue et où tout est insécurité, elle s'est arrêtée ; couchée le long du chemin, sous un ciel triste et voilé,elle attend que le bon Samaritain vienne panser les blessures de sa pauvre intelligence.

Est-ce que le monde du travail ne demande pas, lui aussi,, d'avoir sa part et sa place au banquet de l'esprit ? Sans doute, il veut plus d'air, plus de pain, plus de bien-être, mais il réclame à grands cris plus de lumière et plus de vérité. Trop longtemps, certains ont cru qu'il ne rêvait qu'un paradis sur terre, et que le royaume des cieux était le dernier de ses soucis. Aujourd'hui, il commence à délaisser et à mépriser ceux qui le trompaient, et joyeux de la liberté reconquise, il reprend la route qui conduit à l'éternel bonheur.

C'est à nous, disciples du Christ venu ici-bas pour évangéliser les pau\Tes, d'entendre ces appels déchirants et plaintifs des âmes contemporaines,etde faire luire à leurs yeux enténébrés cette lumière si ardemmicnt désirée.

Quelle vérité faudra-t-il donner ?

Il fut de mode, en ces dernières années, de diminuer la vérité ; les uns, parce que dans son intégralité elle

est gênante ; les autres, sous prétexte qu'en la dépouillant de tout ce qui répugne à l'esprit du siècle, ils attireront plus facilement à eux les âmes assoiffées de vérité et de bonheur.

A quoi aboutit ce néo-christianisme, si fort en honneur dans un certain monde ?

Il y a, en chimie, deux opérations qui se ressemblent, mais qui sont tout à fait différentes. L'une s'appelle combinaison, l'autre mélange. Dans la première deux corps s'unissent et perdent leurs propriétés pour en produire un troisième, l'oxygène, par exemple, se combinant avec l'hydrogène pour former l'eau. Dans la seconde, chacun des corps que le chimiste unit garde des effets différents. C'est à cette deuxième opération, dit un spirituel auteur, que l'on peut comparer les demi-vérités. Elles ne sont pas le produit d'une combinaison de l'erreur et de la vérité, qui perdent leurs propriétés pour former un je ne sais quoi qui n'est ni l'un ni l'autre. Non, l'erreur et la vérité ne se combinent jamais : cette sorte d'oxygène et d'hydrogène ne fait jamais de l'eau ; à moins de l'entendre dans le sens figuré du cardinal Pie, à qui on exposait les doctrines trop conciliantes d'un écrivain qui posait pour la vérité : « Oui, dit le savant évêque, ce sont des vérités, mais ce sont des vérités à l'eau de rose. Les demi-vérités sont plutôt un mélange dans lequel chacun des composants garde ses propriétés : l'erreur restant l'erreur, et la vérité restant la vérité. Seulement le fait de leur juxtaposition a

souvent pour résultat de les faire prendre l'une pour l'autre. Cette illusion est d'un effet désastreux, car, étant donné ce qu'est la vérité et ce que nous sommes, ce n'est jamais la vérité qui gagne à ce contact. » Et c'est sans doute pour cette raison que Napoléon III, qui s'y entendait autant qu'un autre en fait de mélange, disait : « Ouvrez la porte à la vérité et au mensonge, c'est le mensonge qui entrera le premier. »

Toujours céder quand on a pour soi le vrai, c'est s'en aller toujours sans ramener personne à soi. Ça été une des plus périlleuses illusions de l'âge où nous vivons, de croire parfois que la vérité éclairera davantage, à mesure qu'elle sera plus timidement voilée, que le sel aura une action d'autant plus préservatrice qu'il sera plus alïadi. La fascination de l'erreur n'est rompue que par la fascination de la vérité, et la vérité ne fascinera que lorsque, au lieu d'être placée sous le boisseau, elle rayonnera du sommet le plus élevé des montagnes. La lumière, comme la vertu, devient très vite centre d'attraction ; et cela se fait, non lorsqu'elle est déguisée sous toutes les timidités, mais lorsqu'elle est parée et radieuse de toutes les franchises, armée de tous les courages.

Le Sauveur véritable, c'est le Christ de l'Evangile, non amoindri, non défiguré, mais tel qu'il est dans notre symbole. L'altérer, c'est l'anéantir et, ce n'est point ce Christ mutilé par la peur, sous le nom de prudence, qui, porté par de timides chrétiens, pourra sauver le monde moderne. Le Christianisme travesti

par des réserves et des réticences est radicalement impuissant. « Non, non, ce n'est pas là mon Christ, dit le rude Tertullien ; s'il est misérable, s'il est humilié, s'il est méprisé, c'est mon Christ, le mien, je le reconnais. Le vrai Jésus, c'est le Jésus qui scandalise mes passions, qui jette le trouble, le feu, la guerre dans l'âme, le Jésus humble, petit, abaissé de l'Evangile, de la Croix. »

Les apôtres, avec quoi sont-ils partis à la conquête du monde ? Ont-ils caché la croix sous leur manteau, ont-ils parlé seulement de la gloire de leur Maître ? Mais non. Partout, à la Grèce raffinée, à Rome orgueilLeuse, à toutes les nations, ils ont prêché Jésus crucifié. Ils ont rappelé les abaissements de la Passion. Ils n'ont rien dissimulé des sacrifices que le Maître demande à ceux qui veulent le suivre, et cependant, ils ont conquis le monde.

Nos modernes néo-chrétiens n'iront pas à la conquête du monde. Ils pourront émouvoir la sensibilité, mais faire de vrais chrétiens, jamais. Ce qui nous régénérera, c'est un christianisme intégral, non pas le nôtre à nous, mais celui de l'Eglise catholique. Les vrais sauveurs ce sont les vrais croyants.

Est-ce à dire qu'il faille remphr les colonnes de nos journaux d'études doctrinales ? Non. C'est le rôle des revues théologiques et philosophiques. Le journaliste catholique doit se faire le porte-voix de la parole du Pape, afin que cette parole de vie résonne claire et forte par delà toutes les frontières. Dans

toute la chrétienté, grâce au journal catholique, le Pape parlera à chacun de ses enfants ; et ceux mêmes qui n'ont pas le bonheur d'être ses fils prêteront une oreille attentive à cette voix, écho de celle du Christ. Le journaliste cathohque doit justifier et glorifier, à mesure qu'on les critique, les croyances et les droits de l'Eglise ; il doit rétablir dans leurs pleines lumières les points de sa glorieuse histoire qu'on s'acharne à dénaturer. En parlant des grands problèmes qui passionnent l'opinion ou des chétifs faits divers dont s'émeuvent les bonnes gens, en racontant l'histoire au jour le jour, il doit avoir cette préoccupation dominante qui guidait notre grand Bossuet lorsqu'il écrivait son histoire universelle : montrer Dieu conduisant, au milieu de la folle agitation des causes secondes, les hommes vers l'Eternité.

Le pain substantiel de la bonne doctrine arrivera ainsi à des milliers d'intelhgences. Dès la première heure du jour, avec bonne grâce et bonne humeur, sans engendrer l'ennui, le bon journal exercera son apostolat, amènera insensiblement les âmes égarées à la Vérité, à l'Eglise, à Dieu, et rendra meilleures celles qui déjà étaient fidèles.

LA PRESSE ÉVEILLEUSE d'ÉXERGIE

Semeuse de vérité, la presse cathohque doit être encore une éveilleuse d'énergie.

Que de Credo dorment dans les consciences chrétiennes comme des morts dans leur tombeau ! Pour

beaucoup de nos concitoyens, la foi n'est plus la maîtresse de la vie. Une des grandes causes de cet état de choses c'est la presse, je ne dis pas la presse hostile, c'est l'évidence même, mais la presse neutre.

Etrangère à notre vie catholique, elle exerce à la longue sur les âmes une action déprimante. Cette presse dont les multiples colonnes sont encombrées de faits divers insignifiants, quand ce n'est pas répugnants, qui donne une énorme importance aux moindres incidents de la vie politique, ignore la valeur et même l'existence de nos savants, les initiatives de nos comités, le travail patriotique et civilisateur de nos missionnaires et de nos religieux. Elle ne relate aucun symptôme du renouveau de la vieille foi chrétienne sur notre terre de France. Elle ne nous tient jamais le langage vengeur des faits qui ranimerait la confiance des croyants et réduirait au silence leurs détracteurs.

La presse catholique devra réveiller les endormis. A ceux qui se reposent dans une douce quiétude, journalistes catholiques, criez la pitié qui est au royaume de France ; faites entendre la voix douloureuse des persécutés et des spoliés ; montrez les ruines accumulées depuis de longues années, sur notre sol, par un sectarisme jamais fatigué ; faites parler les pierres profanées et les tombes violées ; dès qu'un attentat contre l'Eglise et la Liberté est commis ou simplement se prépare, protestez au nom des consciences catholiques indignées. On nous vole, on

nous piétine, on nous écrase, qu'on nous laisse au moins le droit de protester. Et dire qu'il y a des catholiques qui nous le refusent et qui veulent que nous nous taisions. Notre silence serait un crime et celui-là nous ne le commettrons jamais. Notre lâcheté en a trop, hélas, laissé commettre d'autres.

La presse catholique doit réconforter les découragés. Il y a si longtemps que nous sommes des vaincus ; beaucoup n'osent plus espérer en des jours meilleurs. A ces désespérés qui esquissent le geste de la reculade et s'apprêtent à quitter le champ de bataille criez, journalistes catholiques, que la victoire nous l'aurons quand nous voudrons. Montrez-leur d'où vient le triomphe de nos adversaires et l'omnipotence insolente du mal. Si nos ennemis triomphent, c'est qu'ils ont su s'associer pour triompher. Prêchez l'organisation des forces catholiques. En signalant le grand travail d'organisation qui s'élabore sur tous les points de notre territoire, vous éveillerez la confiance dans le résultat final.

En faisant pénétrer vos lecteurs dans la vie religieuse du pays, en les faisant assister, jour par jour, à la bataille engagée autour de nos églises et de nos foyers, en leur révélant, par des faits précis et nombreux, le renouveau chrétien, de ces catholiques honoraires, indifférents pour la cause de Dieu, vous ferez des chrétiens d'action ; de ces catholiques trop souvent découragés par l'échec de toutes leurs entreprises, épuisés par une longue série de revers, vous referez

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peu à peu des hommes de labeur acharné ; de ces catholiques sceptiques ou résignés vous ferez des enthousiastes que la lutte grise au lieu d'épouvanter ; de ces catholiques bons soldats de la cause de Dieu, en leur révélant les hauts faits de leUrs frères d'armes, vous ferez des militants intrépides; en leur montrant les trésors de science, de bonté, de vertu, de sainteté que renferme aujourd'hui notre Eglise, vous les rendrez fiers d'en être les fils aimants et dévoués. Voilà l'apostolat de la presse catholique : semer la vérité et éveiller des énergies, faire des croyants et forger des militants.

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