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UN EXEMPLE

Pour vous dire ce que doit être le journalisme catholique, j'aurais pu, me semble-t-il, procéder d'une autre manière : vous donner un exemple et en tirer des conclusions. Cet exemple aurait été la vie de la Croix du Nord durant les vingt-cinq années qui viennent de s'écouler.

La Croix du Nord, en effet, a été une semeuse de vérité,

La position que, dès les premiers jours, elle a prise sur les hauteurs de la pure et pleine doctrine, elle l'a tenue persévéramment, au dire de ce juge compétent qu'est Mgr Baunard. Toujours, en tout et partout, elle s'est fait la messagère de la vérité divine. Quelque dure que cette vérité puisse paraître à certaines

heures, elle ne l'a jamais atténuée ; dût-elle entraîner au Non possumus des divines résistances. Sans respect humain, elle a affirmé la voix de Dieu et à tous elle en a rappelé les austères exigences dans la vie privée comme dans les vies familiale et sociale.

Cette vérité intégrale elle l'a puisée aux sources mêmes d'où elle émane. L'autorité du Pape, non seulement vous la proclamez publiquement dans votre Credo, mais vous la reconnaissez pratiquement dans vos écrits. Votre pensée personnelle s'efïace, votre volonté propre s'incline devant la sagesse supérieure et la haute puissance de Celui qui, de par Dieu, tient en mains le gouvernail de la barque de Pierre, et, sans hésitation, toujours, hier et aujourd'hui, sous Léon XIII comme sous Pie X, vous avez fait vôtres toutes les directions pontificales. Votre obéissance au Pape et à vos pasteurs légitimes s'élève plus haut qu'une simple docilité respectueuse, elle s'achève en confiance.

Continuez. Dans cette voie, il n'y a pas à craindre de faire fausse route. Cette voie, c'est la voie abrégée qui mène à la solution, pour nous logique, de tous les grands problèmes. Et que peut-il, après tout, nous tant coûter de nous soumettre sans murmure, sans réserve, sans arrière-pensée, à une autorité qui pour nous est l'autorité même de Dieu ?

L'Eglise, dans l'ordre moral et religieux, est notre lumière, notre soleil visible réfléchissant sur nous les rayons de notre Soleil invisible. La lumière, c'est moi,

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dit le Christ dans son Evangile. Et moi, dit l'Eglise, je suis le Christ dans l'humanité.

La Croix du Nord a été aussi une éveilleuse d'énergies.

Son programme de toujours a été : face à l'ennemi ; face aux corrupteurs et aux pervertisseurs des âmes; face aux ennemis de la Patrie et de la société ; face aux sectes antichrétiennes et aux sectaires. Jamais un attentat contre la vérité et contre la liberté n'a pu se commettre sans qu'aussitôt la Croix du Nord n'ait fait entendre d'opportunes, légitimes et fières protestations. Que de rudes batailles elle a livrées durant ces vingt-cinq ans ; batailles pour défendre la sainteté et l'indissolubilité du mariage ; batailles pour défendre les immunités cléricales foulées aux pieds par l'appel des séminaristes à la caserne ; batailles pour défendre les congrégations indignement spoliées par des lois iniques ; batailles pour défendre la liberté d'association cyniquement refusée aux Ordres religieux ; batailles pour défendre l'innocence injustement attaquée ; batailles pour défendre le patrimoine de l'Eglise, la hberté de ses prêtres ; batailles pour défendre nos sanctuaires et nos tabernacles contre les profanateurs.

Vous n'avez pas laissé vos lecteurs s'endormir dans une paix trompeuse, bercés par de fausses promesses, énervés par l'anémiante doctrine d'un apaisement qui ne répare rien des ruines accumulées, mais pendant lequel on demande à ceux qu'on continue à

voler de ne pas crier au voleur et à ceux qu'on continue d'écorcher de ne pas se plaindre trop bruyamment. Vous les avez tenus constamment en éveil. Sentinelles placées aux avant-postes, vous avez signalé toujours l'ennemi, le frappant en plein visage quand il cherchait la bataille, le démasquant sans pitié quand il paraissait sous des déguisements trompeurs ; vous êtes restés fièrement, crânement, fidèles au poste où la confiance du Chef vous avait placés, vous tenant constamment sur le rempart et souvent sur la brèche, parant les coups dirigés contre les œuvres et les hommes, ripostant d'estoc et de taille, sans cependant jamais dépasser la mesure que fixe la charité chrétienne.

Vous ne vous êtes pas contentés de garantir nos chrétiennes populations du Nord contre la maladie du sommeil si souvent dénoncée par Mgr Delamaire, vous les avez poussées de toutes vos forces à l'action religieuse et à l'action sociale catholique. Aidés, encouragés par vous, If^s hommes d' œuvre sont entrés résolument dans la voie des conquêtes. Portés par le bel et réconfortant optimisme qui circule dans vos colonnes, ils n'ont pu douter de la victoire. Leurs exemples et vos exhortations ont suscité des légions d'apôtres qui, dans nos villes et dans nos campagnes, travaillent avec ardeur et avec succès à rétabhr, pierre par pierre, une France chrétienne.

Vous avez fait, Messieurs de la Croix du Nord, de la belle besogne. Permettez-moi de vous le dire dans

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la sainte indépendance de mon niinislère apostolique, en face des autels de ce Dieu qui un jour nous jugera tous, en face des grands morts dont nous pleurons toujours la perte et dont nous glorifions la mémoire, en face de tout ce peuple, en face de tous ces prêtres qui auraient pu mieux que moi apporter ici l'irréfutable témoignage des faits, en face de votre Evoque, votre Père très aimé, dont vous êtes les fils soumis et qui, comme ses illustres prédécesseurs, ]\Igr Thibaudier, Mgr Sonnois et Mgr Delamaire, vous aime et vous encourage, et qui compte beaucoup sur vous pour l'aider dans son rude labeur apostolique. Vous avez fait de la belle besogne, mais au prix de quels sacrifices ! « Crucifions-nous à notre plume ! » Cette parole du P. Lacordaire est vraie pour tous les écrivains, mais combien plus pour vous, courageux artisans de la presse ! « Le journalisme est un supplice de jour et de nuit », disait Louis Veuillot, qui s'y connaissait. Vous y userez vos forces physiques. Il faudra souffrir aussi pour rester toujours dans cet esprit de mesure et de sagesse qui est essentiellement l'esprit de l'Evangile, alors qu'humainement parlant, il serait si doux, et peut-être si avantageux, de jeter à terre un adversaire, ou de remettre vertement en place un de ces redresseurs de torts qui se donnent la joie facile de tout dénigrer et de tout démolir. Il faudra souffrir aussi de se voir méconnu, quand ce n'est pas combattu, par ceux-là même que vous protégez en recevant les horions qui leur sont destinés.

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