RECOMPENSES
Qu'importent toutes ces souffrances ! Dieu est là, qui compte toutes les larmes de vos yeux, tous les sanglots de vos poitrines, toutes les heures sacrifiées de votre vie, et qui ne dem.ande qu'à récompenser au centuple tout ce que vous avez fait pour la cause de la Sainte Eglise.
Le Divin jMaître, il faut bien l'avouer, a été bon pour vous.
Il a béni votre œuvre. Le petit grain de sénevé, jeté en terre, rue des Poissonceaux, est devenu le grand arbre, aux puissantes racines, aux vertes frondaisons et aux fruits savoureux, de la rue d'Angleterre. Cet arbre ne demande qu'à grandir encore. La sève monte toujours, généreuse, et parfois on entend l'écorce qui craque sous sa poussée victorieuse.
Il a béni votre œuvre en lui donnant une large place dans le mouvement de rénovation religieuse de notre pays de Flandre. Et cette part, personne ne vous la contestera. S'il y a d'autres ouvriers, même dans le champ de la presse, qui vaillamment besognent pour le Christ et pour l'Eglise, parmi tous vous êtes au premier rang, vous y êtes obligés, de par l'emblème qui est en tête de vos colonnes, emblème sacré que vous baisez pieusement avant d'écrire, que nous baisons avant de vous lire.
La récompense ici-bas, ce sont ces flatteuses appro-
bâtions de vos pères dans la foi; ce sont les lettres du toujours vaillant Mgr Péchenard, du docte et intrépide Mgr Lobbedey; c'est celle de celui qui, sur l'antique siège de Cambrai, fait entendre les mêmes mots d'ordre, qui, sur les lèvres de Mgr Dclamaire, entraînaient les soldats au combat ; c'est celle du très aimé Mgr de Lydda, douce et sereine, elle semble être un message de l'éternité, un rayon de la radieuse lumière du paradis.
La récompense ici-bas, ce sont les prières qui, ardentes, s'en vont vers Dieu pour vous aujourd'hui. Les entendez-vous, ces prières, doux murmure qui monte des cloîtres, disséminés sur les chemins de l'exil ? On y prie pour les défenseurs de la liberté et pour ceux qui déjà jalonnent la route triomphale du retour. Les entendez-vous, ces prières, impérieuses supplications qui s'échappent des poitrines de tous ces hommes que vous avez entraînés sur les champs de bataille et qui supplient Dieu de leur conserver des chefs dont ils ont besoin et qu'ils aiment de tout leur cœur ? Les entendez-vous, ces prières de tous vos frères dans le sacerdoce qui essaient, en se servant d'une divine monnaie, de vous payer un peu de la dette de reconnaissance qu'ils vous doivent pour le bien que vous avez fait aux âmes qui leur sont confiées ? L'entendez-vous, cette puissante et formidable clameur qui couvre toutes les autres et les met à l'unisson ? c'est celle du Sang du Christ offert ce matin pour vous par tant de prêtres qui comprennent qu'il
ne suffit pas de vous aider en payant de leur bourse, ce qui est bien, en payant de leur personne, ce qui est mieux, mais que votre œuvre, étant surnaturelle avant tout, il est nécessaire d'en parler à Dieu pour le remercier des grâces dont il vous a comblés au cours de ces vingt-cinq ans et pour le prier de vous les dispenser à l'avenir avec autant de prodigalité.
Ces récompenses d'ici-bas, que sont-elles à côté de celles que vous réserve l'éternité ?
N'est-ce pas assombrir l'éclat de cette fête que d'évoquer cette vision de l'au delà, si troublante pour certains ? Pour nous, exilés sur cette terre, rien n'est réconfortant comme d'entrevoir la patrie pour laquelle nous luttons et nous peinons. C'est à ce havre de grâces que Dieu vous attend pour vous rendre, au delà de toute mesure, tout ce que vous aurez fait pour lui et pour les siens.
Vous souvenez-vous de cette scène merveilleuse que raconte l'Evangile ?
Le Fils de l'homme est assis sur son trône, entouré de tous ses anges ; toutes les nations de la terre sont là en sa présence. A sa droite, il place les brebis fidèles, à sa gauche les boucs de la réprobation.
— Venez, les bénis de mon Père, dit-il à ceux qui sont à sa droite, posséder le royaum.e qui vous est préparé depuis la création du monde.
Et comme les élus s'étonnent, eux qui, aux jours de leur vie militante, s'imaginaient faire si peu pour Dieu, Jésus les rassure :
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— J'avais faim, et vous m'avez donné à manger. J'avais soif et vous m'avez donné à boire. J'étais étranger et vous m'avez recueilli. J'étais nu et vous m'avez revêtu. J'étais malade et vous m'avez assisté. J'étais prisonnier et vous êtes venus à moi.
Et alors les justes lui répondent : « Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu ayant faim, ayant soif, étant nu, malade ou prisonnier ? Nous ne vous avons pas servi comme Marthe, nous ne vous avons pas désaltéré comme la Samaritaine, nous n'avons pas soutenu votre Croix comme le Cyrénéen, nous n'avons pas essuyé votre face comme Véronique, nous ne vous avons pas revêtu d'un suaire comme Joseph d'Arimathie, ni enveloppé de précieux aromates comme Nicodème !
— En vérité, je vous le dis, reprend le Sauveur, quand vous avez fait cela à un seul de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait (1).
Si le Christ récompense ainsi la charité corporelle, quelle ne sera pas la récompense réservée à ceux qui auront nourri, non seulement des corps, mais des âmes, à ceux qui auront fait luire dans les ombres de cette terre la lumière qui éclaire les chemins conduisant à l'éternité, qui auront arraché des âmes au mal pour les jeter palpitantes de vie entre les mains de Dieu. Votre récompense sera grande au ciel. Tous ceux qui, à cause de vos écrits, auront dit : « J'irai
(1) Evang. Saint-Matth., XXV, 31-46.
vers mon Père », seront là pour plaider votre cause auprès du Souverain Juge.
Que cette pensée de l'éternité vous soutienne dans vos rudes labeurs, qu'elle vous excite à travailler da- 1 vantage.'Duc in altum, au large, toujours plus avant, Messieurs les Rédacteurs de la Croix ! Duc in altum, au large, plus avant, vous les collaborateurs, qui rêvez d'avoir part à la récompense promise aux apôtres. Hardis pionniers de la cause catholique et de la rechristianisation de la France, écrivez, travaillez, non pour la gloire, non pour l'immortalité, mais pour Jésus-Christ, mais pour l'éternité (1).
(1) Discours prononcé le 17 février 1914, en Téglise Sainte-Catherine de Lille, pour les fêtes jubilaires de la Croix du Xori, fondée en 1889 par M. le Chanoine Masquelier (Cyr, de !a Croix de Paris.)
L'Apostolat par la Presse.
//, Le devoir du public,
« A notre époque, le peuple ne se forme guère d'opinion et ne règle guère sa vie que d'après la lecture quotidienne des journaux. D'un côté, les hommes sont envahis d'une insatiable avidité de lire ; de l'autre, un torrent de mauvais écrits se répand en toute licence. C'est à peine si on peut évaluer quels ravages il en résulte pour l'honnêteté des mœm-s, quel détriment en est produit pour l'intégrité de la religion. »