‹ La conquête des hommesChapitre 2 sur 32 · L*APOSTOLAT NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

L*APOSTOLAT NÉCESSAIRE

dans la verdure au carrefour des chemins de nos campagnes, depuis nos grandes cités jusqu'à nos vieux villages bâtis souvent à l'ombre d'un clocher ou d'un monastère, tout proclame de qui nous sommes et ce que nous avons été au cours des siècles. C'est aux principes, aux inspirations, aux vertus qui lui viennent de l'Évangile et du catholicisme que la France est redevable de toutes ses prospérités de l'ordre naturel, de toutes ses splendeurs de l'ordre intellectuel, de toutes ses gloires de l'ordre moral. Notre vie substantielle actuelle s'ahmente et s'abreuve encore à cette source inépuisée et c'est grâce à elle que nous conservons, malgré tout, une influence dans le monde, et c'est parce que nous avons de la moelle évangélique plein les os que nous avons pu résister à toutes les entreprises de démoralisation.

La logique n'est donc pas chez ceux qui, ne comprenant rien à la mentalité du peuple français, traitent avec infiniment moins d'égards la question religieuse que le service postal ou hygiénique, et qui, désireux de travailler à la prospérité et à la grandeur de la France, ne préconisent et ne favorisent que des œuvres ayant en vue le progrès matériel (1) ; elle est chez

(1) Que les politi(iu8s du jour s'ingénient k rêver des constitutions nouvelles, des lois, des coups d'état, nous leur dirons ce que disait Saint-Marc-Girardin il y a plus d'un demi siècle: «Vous qui voulez changer les lois et le gouvernement, changez-vous du même coup vos vices en vertus ? Devenez-vous plus sages, plus scrupuleux, plus honnêtes ? Renoncez-vous à vos erreurs et à vos préjugés ? »

Car de prétendre améliorer la société, si les individus ne s'améliorent pas « c'est vouloir faire un bon tout avec de mauvaises parties.

ceux qui affirment avec Psichari que : « La loyauté devant la France mène vite à la loyauté devant le Christ. Qui aime la France adhère au Christ (1) )>\ elle est chez ceux qui disent que la France ne peut se relever et vi\Te sans le Christ^ et dont tous les efforts n'ont qu'un but : rattacher l'âme française à son vrai point d'appui, le Christ, persuadés qu'ils sont que la France sera la première des nations chrétiennes ou qu'elle ne sera rien.

Rendre le Christ à la France, voilà la grande besogne à laquelle l'abbé Perreyve conviait déjà les jeunes gens de sa génération.

c Avez-vous bien pensé à la grandeur des destins qui vous attendent ? Quand rœu\Te de la destruction sera fmie dans notre tremblante Europe... ce sera l'heure de retrouver les fondements du temple et de relever ses murs pour la paix du siècle à venir. C'est vous, jeunes hommes, qu'attend une si grande heure du monde ; c'est sur vous qu'elle a compté !

a Que jetterez-vous dans ces fondements où le siècle prochain espère trouver son repos ? Prenez garde...

fonder la cité de Dieu sur les sept péchés capitaux », — c'est une utopie.

Ce n'est pas de changer le régime qu'il s'agit avant tout, c'est de changer les hommes.

e Le mal n'est pas surtout dans le gouvernement, le mal est dans les gouvernés. Le mal vient de ce que les gouvernés sont ingouvernables. »

» Seul, le christianisme ci\ihse le monde, en faisant de l'autorité une chose in\iolable et de l'obéissance une chose sainte. Quelle puissance, hors celle-là, peut avoir l'espoir de sauver le monde ?i (Donoso Cortès, Discours ■ — Situation générale de l'Europe, p. 401.)

(1) Et. Psichari : Le voyage du Centurion.

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Ah ! que les trava ux, que les larmes, que le sang de vos pères vous aient alors instruits ! Plaise à Dieu que vous ayez compris que les fondements des sociétés humaines sont choses sacrées, et que c'est trop peu, pour la solide grandeur des générations qui doivent y vivre, que d'y jeter de l'or, de la puissance, du progrès, de la gloire, même du génie !

« Il y en a un qui est la pierre angulaire : Hic estlapis. Quiconque a voulu bâtir sans cette pierre n'a rien élevé que le premier vent n'ait dispersé, que le premier torrent n'ait détruit. Celui-là, rien ne le remplace.

« Voyez l'histoire de vos pères. Quiconque a fait sans lui de la gloire n'a réussi qu'à déchaîner sur la terre le monstre sanglant des batailles sans fm ; quiconque a fait sans lui de l'industrie n'a réussi qu'à abrutir les hommes, à transformer le monde en chaudière, et les âmes immortelles en rouages souffrants et irrités, qui tonnent, blasphèment et se brisent dans la nuit ; quiconque a fait sans lui de la science, s'est enfoui dans les sables de la raison pure et de l'altière critique... C'est que Celui dont je parle leur manquait !

« Amis, c'est Celui-là surtout qu'il faut connaître et dont il faut porter le nom éternel dans les fondements de l'édifice à venir.

« Toutes nos grandeurs passées ont connu ce nom divin ; nos épreuves et nos périls le savent aujourd'hui plus que jamais : c'est le nom du Seigneur Jésus-Christ. »

La besogne urgente, c'est donc de rechristianiser les âmes françaises. J'ajoute que, dans cette grande œuvre d'évangélisation, ce qui doit surtout nous préoccuper c'est de ramener au Christ les hommes. Tant que les âmes viriles ne seront pas ramenées à la religion, notre pays ne sera pas sauvé, mais continuera de s'acheminer vers les abîmes.

Sans nier l'influence de la femmxe,dont le zèle industrieux fait souvent des merveilles pour l'extension du règne de Dieu, sans nier celle de la mère dans la formation et l'éducation rehgieuse de ses enfants, il faut bien reconnaître que le rôle de l'homme est capital, et que pour prévaloir dans la profession, dans la famille, dans la société^ la religion a besoin de l'autorité et de Texemple des hommes.

Si, chef d'une industrie ou d'une grande entreprise commerciale, l'homme est irréligieux ou indifférent, est-ce que ceux qui dépendent de lui et qui ont constamment les yeux fixés sur sa vie intime pour en surprendre les secrets et les mobiles ne se laisseront pas influencer par son attitude en face de la religion et de la morale ? Sans parler de ceux qui abusent de leur pouvoir pour faire pression sur la conscience de leurs subordonnés, est-ce que ceux mêmes qui se font un scrupule d'intervenir de quelque façon que ce soit dans la vie privée des homimes qu'ils emploient et leur

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laissent toute liberté pour accomplir leurs devoirs religieux, n'auront pas une néfaste influence ? Leur abstention servira souvent de prétexte à beaucoup pour s'éloigner de la religion, les uns parce qu'ils s'imagineront entrer ainsi dans les bonnes grâces de leur maître, les autres, esprits simplistes, parce qu'ils se diront que ce qui n'est pas bon pour lui ne doit pas l'être pour eux.

Que dire de ceux qui par leur profession entrent si facilement dans la vie intime de leurs clients ? Médecins ou avocats, ils peuvent donner des conseils en opposition formelle avec les lois de Dieu et de l'Église et mettre ainsi les âmes dans l'impossibilité matérielle de pratiquer leur religion, et les conduire sur les voies de l'apostasie.

Quelle influence n'ont pas les écrivains et les journalistes ? Véritables éducateurs de la masse et directeurs de la conscience publique, ils peuvent, en se faisant les propagateurs de l'erreur et du vice, battre en brèche dans les âmes les convictions religieuses et corrompre les cœurs.

U homme est époux. Que sera-ce si, impie, il abuse de l'autorité que son caractère lui donne, pour élever une barrière entre la religion et le cœur de sa femme, pour s'opposer à la pratique des devoirs religieux, pour travailler à jeter le doute dans une pauvre âme, qui gardait ses croyances comme un trésor ? Que serace si, libertin, abusant de l'incroyable puissance d'amour, il jette le trouble dans une conscience délicate

et droite, oblige sa femme à partager tous ses plaisirs mauvais et la met dans la poignante alternative ou de lui déplaire en résistant à des désirs inopportuns, ou de transgresser le précepte divin, si elle cède aux instances qui lui sont faites. Ne pas offenser Dieu qu'elle aime par-dessus tout, ne pas déplaire à son mari qu'elle aime, après Dieu, plus que tout, voilà ce qu'elle voudrait concilier. Kélas ! il faudrait un miracle pour qu'elle s'en tire toujours sans avoirrien perdu, ou de l'intégrité de ses sentiments ou de la tranquillité de sa vie ? Et à supposer quel'homme laisse à sa femme, comme il s'y est engagé au jour du mariage, toute liberté de pratiquer sa religion et de s'occuper de bonnes œuvres, l'intimité, ce trésor de la vie commune, pourra-t-elle jamais être comi^îète entre les époux ? Je sais qu'il y a des femmes qui, à force de délicatesse, de bonté, de prières parviennent à convertir leur mari. J'en connais. Mais si quelquesunes obtiennent ce résultat, il y en a beaucoup plus tjui, après avoir un instant lutté, fmissent pour avoir la paix, par vouloir ce que veulent leur maris, et cessent d'être chrétiennes autrement que de nom. U homme est père. Tel père, tel fils, dit le vieux proverbe, et sauf de très rares exceptions, nous le voyons se vérifier. A supposer que cet homme irréligieux ou indifférent non seulement ne s'oppose pas à l'éducation religieuse de son fils, mais ^xige qu'il soit élevé chrétiennement, quelle solidité peut avoir C€t enseig.iement s'il n'est pas étayé par les exemples pater-

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nels ? Comment cet enfant se préoccuperait-il de Dieu ayant sous les yeux un père, c'est-à-dire l'idéal absolu, dont il entend peut-être les blasphèmes, qu'il ne voit jamais s'agenouiller devant le Père qui est aux cieux, à l'école duquel il apprend avec d'autant plus de certitude qu'on n'a pas l'intention de lui enseigner cela, que celui à qui il adresse ses prières n'existe pas pratiquement, n'a point de place dans l'ordre des réalités positives. A l'âge où les vertus et les principes qu'on lui a enseignés le gêneront, se souvenant de ce qu'il a si souvent constaté chez son père, il jetera par dessus bord pratiques et théories, en se disant que toutes ces belles sentences ne sont que des formules de mensonge et d'asservissement et que la sagesse prêchée aux enfants, au nom de laquelle on les a morigénés et punis n'est qu'un mystification. Si tant de jeunes gens sombrent dans l'apostasie et le vice, les pères qui ont enseigné des vérités qu'ils ne croyaient pas, qui ont prêché des vertus qu'ils ne pratiquaient pas, n'en sont-ils pas responsables ?

Uhomme est citoyen. C'est lui qui en France actuellement encore a le monopole des droits politiques et de la direction des affaires publiques. Électeur, s'il n'est pas chrétien, il enverra siéger aux parlements des hommes qui se désintéresseront des grands problèmes religieux ou qui seront les adversaires de l'Église ; législateur, ignorant des principes chrétiens, il élaborera ou votera des lois qui ne tiendront aucun compte des droits légitimes des consciences catho-

liques ou qui les combattront. Sectaire, il fera, partout où pourra s'exercer son influence, œuvre de sectarisme. Il chassera Dieu de l'éducation de l'enfant, du chevet des malades, de toutes nos grandes institutions sociales, et il contribuera ainsi à faire de notre pays un pays pratiquement athée.

BILAN DE l'État religieux des masses

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