MASCULINES
Le spectacle que donnent beaucoup de nos églises de France peut faire croire à un étranger que, chez nouSjlarehgion n'est plus qu'une rehgion de femmes et d'enfants. Dans les grandes villes, ce phénomène n'apparaît pas avec autant d'évidence que dans certaines de nos campagnes et dans la majorité des petites villes, mais là encore, sauf de très rares exceptions, est-ce que, quand on veut vraiment se rendre compte des éléments qui composent les foules, dont la vue nous enchante, on n'est pas obligé d'avouer que ce sontlesfemmes qui en fournissent la plus grande partie.
La présence d'un homme dans une église n'est plus, comme au temps de Montalembert, un événement. La France aujourd'hui compte des milUers de catholiques fidèles fermement attachés à leur foi. L'effectif des chrétiens pratiquants est même certainement beaucoup plus grand qu'il y a trente ans. « Les chiffres donnés par Taine, en 1890, dans son Régime moderne
l'apostolat nécessaire 17
ne correspondent plus du tout à la réalité, ni à Paris, ni en Province. Les chiffres actuels leur sont de beaucoup supérieurs ; et l'on constaterait qu'ils le sont aussi sans aucun doute à ceux de la seconde moitié du xix^ siècle, si l'on disposait pour cette période de statistiques comparatives un peu étendues.
En 1847, un prêtre bien connu, l'abbé Petitot, curé de Saint-Louis d'Antin, estimait à 2 millions seulement, sur une population de 32 millions, le nombre des Français allant à confesse. Cette appréciation pourra passer pour pessimiste ; mais l'abbé Bougaud — évêque lui-même plus tard, — écrivait sous le Second Empire: « Je connais un évêque qui, arrivant dans son diocèse, eut l'idée de se demander, sur les 400.000 âmes qui lui étaient confiées, combien il y en avait qui faisaient leurs Pâques. Il en trouva 37.000 ? » Et Mgr Dupanloup, dans une lettre pastorale de 1851, considère , dit-il-, « qu'il répond à Dieu de près de 350.000 âmes dont il y en a à peine 45. 000 qui remplissent leur devoir pascal. » Or, aujourd'hui, ce même diocèse d'Orléans en compte plus de 100. 000. Et, suivant l'autorité épiscopale, le nombre des communions fréquentes ou de dévotion y est quinze fois plus élevé qu'il n'était naguère (1). »
Dans les milieux intellectuels, beaucoup d'esprits, désabusés des orgueilleuses promesses de la science, reviennent au christianisme. Ce retour aux pratiques
(1) Vicomte d'Avenel : L'Eijlise française après quinze ans de se- [loration. — Revue des Deux-Mondes ,p. 145 146, 1" sept. 1921.
religieuses s'accentue surtout chez les jeunes gens de nos grandes écoles. Libres du côté du passé, n'étant pas, comme la plupart des hommes de la génération de 1870, enchaînés à des partis politiques, paganisés par une littérature et une philosophie antichrétiennes ou tyrannisés par de vieilles habitudes d'indifïérence, ils s'en vont vers les hauteurs portés par ce souffle divin qui, par une grâce de la divine ^Miséricorde, passe sur notre génération.
Et dans cette jeunesse les âmes d'élite deviennent bien vite des centres d'attraction, des foyers de lumière, et dans ces milieux où, hier encore, quand il s'agissait de religion, le rire était à la mode, le silence ou l'attaque une règle, aujourd'hui, c'est le respect pour des convictions qui transforment si merveilleusement des vies, c'estl'enthousiasme pour une doctrine qui répond si bien à toutes les nobles aspirations de l'âme humaine, c'est le prosélytisme pour une religion qui, en permettant de lutter victorieusement contre les passions génératrices de m^isères individuelles et de désordres sociaux, apporte la paix, le bonheur et la prospérité aux nations.
Je sais bien qu'il y a des régions en France oii la foi est encore robuste et où les pratiques religieuses sont aussi fidèlement observées que dans les pays les plus catholiques du monde. Je sais que les étrangers qui, si souvent, entendent parler de l'impiété de la France, sont profondément remués quand ils assistent à nos pèlerinages, à nos grandes cérémonies rehgieuses, à