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LA SOLUTION DU PROBLÈME

La solution idéale serait que les prêtres deviennent assez nombreux pour que, dans les grandes paroisses urbaines, la lourde charge des âmes soit répartie sur plus d'épaules et que dans nos camipagnes chaque église eût son pasteur.

Les jeunes gens entendront-ils les gémissements des tabernacles vides, les plaintes des morts délaissés, les appels mendiants des âmes avides de divin et qui meurent de faim, les soupirs des agonisants que l'au delà épouvante, les supplications des paroisses sans

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pasteur, les cris de détresse des églises délabrées dont les pierres tombent une à une ; entendront-ils les voix des défenseurs de la cité, les évêques, qui, d'une frontière à l'autre du pays, se croisent dans l'espace, ardentes, stridentes, poignantes et jettent comme au temps des invasions barbares, le cri d'alarme et rallient à la croix et à l'autel ; entendront-ils la voix de la France qui, de plus en plus hantée par le souvenir de sa grandeur passée, secoue le joug de ceux qui, par ambition, par sectarisme l'entraînent dans les bas-fonds de l'incrédulité où les âmes étouffent et meurent, pour remonter vers les hauteurs que domine la Croix et oii l'on respire et vit.

Est-ce un rêve que de croire, qu'après l'épreuve où notre race a senti renaître en elle, plus vigoureuses cjue jamais, les vertus qui, au cours de sa longue histoire, avaient fait sa force et sa gloire, il y aura dans toutes les classes de la société de nombreux jeunes gens qui entendront l'appel d'en haut les conviant au dévouement et au sacrifice (1). Convertisseurs par vocation, ils se jetteront au-devant de cette foule abandonnée l'arrêtant sur la pente des abîmes où elle se précipite. En lui enseignant le catéchisme, le décalogue, en la familiarisant avec l'Evangile, ils lui

(1) « Le sacerdoce doit être en ce moment la préoccupation souveraine de la société qui veut renaître. Que les hautes classes offrent laurs fils à l'aute) comme dans les temps passés. Qu'elles rendent à l'Eglise, en illustrations et en richesses, tout ce cfu'elles ont reçu. Elles s'acquitteront ainsi d'une dette immense qu'elles ont contractée envers la France et peut-être envers l'Europe, mais surtout envers Dieu. » (Joseph de Maisthe.)

feront reprendre son essor vers les splendeurs de la vie divine trop longtemps méconnue. Ils s'en iront à la recherche des enfants que Jésus aimait et en qui repose l'avenir de la patrie., ils les aimeront, les instruiront, et ces âmes si riches d'espoir au souffle de la grâce divine se dilateront, s'épanouiront.

Nos prières au Dieu qui d'un mot peut susciter des phalanges d'apôtres, notre générosité à donner au sanctuaire les enfants dont il a besoin, notre empressement à aplanir les difficultés matérielles et morales qui arrêtent certains sur la route qui conduit à l'autel, aideront à la réalisation de ce rêve.

Mais, en attendant le jour où l'Eglise de France aura tous les apôtres qui lui sont nécessaires,les laïcs, mus par un grand esprit de foi et d'apostolat, doivent venir au secours des prêtres qui rudement besognent, usent leurs forces et meurent au service des âmes trop nombreuses ou trop dispersées qui leur sont confiées. Ils ambitionneront l'honneur de devenir, sous la direction et le contrôle de l'autorité ecclésiastique, les auxiliaires du clergé dans son minist-ère, mais surtout dans l'enseignement de la religion aux enfants.

Les catéchistes ne sont pas une innovation dans l'Eglise. On en trouve au berceau même de notre religion .« Je ne parle pas seulement de ces illustres apôtres : Didymc, Pantenus, Origène, Clément, qui, bien que laïcs, alors, du moins pour la plupart, enseignaient cependant leurs frères dans les assemblées. Mais je parle de ces catéchistes privés, instituteurs bénévoles

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du foyer, quelquefois même de la rue et de la place publique, et que l'Orient désignait sous le nom de nautologues, parce qu'ils recrutaient l'équipage et les passagers du navire dont on faisait le symbole de l'Eglise. Je parie de ceux que l'Occident nommait Pères du symbole ou maîtres du symbole, parce que leur tâche était d'apprendre aux catéchumènes le symbole des apôtres, puis de les conduire à l'évêque avant le baptême, pour répondre auprès de lui de leur instruction. Aussi les appelait-on les offrants ou les présentants ; les garants de la foi. Catéchistes avant le baptême, parrains au baptême, patrons ou cautions après, ils continuaient leur patronage auprès des néophytes prolongeant et complétant ainsi le bienfait de leur œuvre (1) ^>

Français, pouvons-nous oublier ces admirables ^catéchistes qui, au temps de la Révolution, et même en plein règne de la Terreur, catéchisaient nos pères dans le secret de leur domicile, au péril de leur vie, pour les présenter ensuite à la première communion, célébrée la nuit, dans une cave, sous les grands arbres des épaisses forêts ou dans quelque grotte ignorée des montagnes, par un prêtre proscrit. Sans ces catéchistes héroïques que serait devenue la foi dans notre pays? Ils nous ont transmis le drapeau de la foi, souvent teint de leur sang. Les mains aujourd'hui manqueraient-elles pour le saisir, le garder et le sauver ?

Aujourd'hui comme autrefois, des hommes, des

l (1) Mgr Baunard ; loc. ciU

jeunes gens s'en iront dans nos faubourgs, jusque dans les misérables demeures et les mansardes presque inaccessibles où s'entassent les familles ouvrières, chercher les enfants qui ignorent le chemin de l'église, ne connaissent pas le nom de leur curé, et ils leur apprendront le catéchisme. Ils s'en iront à travers nos campagnes désolées, véritables pays de mission, où les cloches n'appellent plus que rarement aux divins mystères, et là où les prêtres pendant des siècles ont enseigné la doctrine de vie, ils essaieront de les suppléer, en attirant autour d'eux les petits paysans, qui écouteront d'abord avec un peu de méfiance, puis avec intérêt les élémentaires notions de la doctrine chrétienne.

NÉCESSITÉ DE l'aPOSTOLAT DES CATÉCHISTES

Instruire des ignorants, n'est-ce pas la première des œuvres spirituelles, la plus riche aumône que vous leur puissiez faire ?

u Que l'homme, dit le Père Lacordaire, donne son bien, la terre qu'il tient sous ses pieds, c'est beaucoup ; pourtant c'est le don d'une chose étrangère à lui. Qu'il donne son cœur, c'est davantage ; mais ce cœur, tout précieux qu'il soit, c'est le don d'une chose changeante et mortelle ; un temps viendra qu'il ne pourra plus faire même le mouvement qui est nécessaii'e pour se donner. Or, il y a dans l'homme quelque chose qui, tout en étant lui-même, est plus que lui, qui ne passe.

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ni ne change, ni ne meurt : que dis-je ? qui est plus qu'immortel, qui est éternel. Car, Leibniz l'a dit, rhomme est un composé de temps et d'éternité, et c'est par la vérité que l'éternité entre dans son composé. Fille de l'éternité, éternelle elle-même, la vérité est tombée dans le temps en tombant dans l'intelligence de l'homme, et, exposée par cette cohabitation à souffrir de notre nature, elle nous communique aussi les fruits de la sienne. Tandis que tout s'altère en nous, même les sentiments du cœur et les facultés de l'âme, la vérité y conserve son immuable vie, et, en la donnant aux autres, nous leur donnons quelque chose qui nous survit à nous-mêmes, qui survit à toute mort, qui fleurit dans les tombeaux, qui se pare des siècles comme de grâces survenues à la jeunesse de son éternité.

'S C'est pourquoi, le don de cette partie de nousmêmes est le don de soi par excellence, et la charité de la doctrine est la première charité (1). »

C'est une charité d'autant plus nécessaire que, sans elle, l'homme ne peut savoir ni d'où il vient ni où il va, par conséquent quelle orientation il faut donner à sa vie, et si cette vie vaut vraiment la peine d'être vécue.

Tandis que d'autres apprendront à l'enfant les connaissances humaines dont il a besoin pour assurer son avenir temporel, vous lui enseignerez ce qui lui

(1) p. Lacordaire : Conférences de N.-D. (1844), 24». De la charité d'apostolat produite dans l'âme par la doctrine catholique.

est nécessaire pour assurer son avenir éternel^ pour être vertueux malgré les passions qui l'ensorcellent, pour être heureux malgré les âpretés de l'existence ; et tout cela vous le trouverez dans ce livre^ qui, d'après Bossuet, contient plus de vérités essentielles que n'en bégayèrent Platon et Pythagore, le catéchisme.

(' Il y a un petit livre, disait le philosophe JoufTroy, qu'on fait apprendre aux enfants et sur lequel on les interroge à l'église. Lisez ce petit livre qui est le catéchisme ; vous y trouverez une solution de toutes les questions que j'ai posées, de toutes sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l'espèce humaine, il le sait ; où elle va, il le sait. Demandez à ce pauvre enfant qui, de sa vie, n'y a songé, pourquoi il est icibas et ce qu'il deviendra après sa mort ; il vous fera une réponse sublime qu'il ne comprendra pas (1), mais qui n'en est pas moins admirable. Demandezlui comment le monde a été créé et à quelle fm; pourquoi Dieu y a mis des animaux, des plantes ; comment la terre a été peuplée ; si c'est par une famille ou par plusieurs ; pourquoi les homm.es parlent plusieurs langues ; pourquoi ils souffrent, pourquoi ils se battent et comment tout cela finira : il le sait. Origine du monde, origine de l'espèce, question de races, destinée de l'homme en cette vie et en l'autre, rapports

(1) Cette restriction : qu'il ne comprendra pas, est une épigramme qui se réfute d'elle-même ; car s'il y a une chose que l'enfant chrétien comprenne sans efTort c'est qu'il est créé pour connaître Dieu, l'aimer, le servir et par ce moyen obtenir la vie éterneUe.{.\. de Margerie. Philosophie contemporaine).

de l'homme avec Dieu, devoirs de l'homme avec ses semblables, droits de l'homme sur la création, il n'ignore rien ; et, quand il sera grand, il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique et sur le droit des gens ; car tout cela sort, tout cela découle avec clarté et comme de soi-même du christianisme. Voilà ce que j'appelle une grande religion; je la reconnais à ce signe qu'elle ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent l'humanité (1). »

Le catéchisme contient, en effet, la plus profonde des théodicées.

Tandis que les philosophes athées errent dans le dédale des hypothèses les plus incohérentes, l'enfant sait l'histoire du ciel et de la terre, œuvre de Dieu créateur ; il sait que l'homme, créé à son image et à sa ressemblance, est le chef-d'œuvre sorti de ses mains, et que tout a été créé pour chanter la gloire de Dieu et pour aider l'homme à monter vers celui qui, après avoir été son principe, veut par amour être sa fin.

Le catcchism.e contient la plus claire et la plus efficace des morales.

Tandis que les philosophes athées se perdent en subtilités pour découvrir l'origine du devoir, la valeur de l'impératif catégorique, la relativité ou l'absolu de l'obligation morale, pour souder la nécessité idéale de cette obligation à la nécessité matérielle de la

(1) JovTFROY '.Mélanges philosophiques. T>u problème de la destinée humaine.

LA CONQUÊTE DES HOMMES. l8

loi physique, l'enfant apprend danis son catédiisme que Dieu, éta^t son Créateur, est par le fait même son Maître, et qu'étant son maître, il doit lui obéir, et que la conquête du bonheur ici-bas et là-haut est dans l'accomplissement de la volonté de Dieu, dans la pratique du Devoir. Et tous les commandements qui lui détaillent une à une les volontés divines à son égard, il ne les lit plus seulement sur les tables fulgurantes du vSinaï, il les entend tomber doucement des lèvres de Celui vers qui son cœur, que le mal n'a pas encore ravagé, s'en va naturellement, Jésus, le Dieu de la crèche et de Nazareth, le Dieu qui guérit les malades, nourrit les affamés, ressuscite les morts, appelle et caresse les petits enfants, et ce Jésus, qui lui a prouvé son amour en souffrant et en mourant, il l'aime et il sait qu'on le trouve dans son Eucharistie, qu'on lui parle quand on veut dans la prière, sûr d'êtreentendu et d'obtenir les grâces nécessaires pour observer fidèlenient les préceptes et les maximes de l'Evangile, pom' combattre victorieusement les passions mauvaises et atteindre le ciel promis.

Le catéchisme contient le secret du bonheur.

Tan.dis que des théoriciens athées rêvent d'un paradis sur terre, puisque tout finit à la tombe, l'enfant sait que si cette vie n'est pas exempte de souffrauices il aura sa part, s'il le veut, du royaume des GÎeux. En rnême temps qu'il apprend le code du bonheur de l'Evangile, si différent de celui du monde : Bienheureux les petits, les pauvres, les affamés, les

affligés, la pensée de la grande récompense du ciel le remplit d'aise et le réjouit. Elle lui donnera tous les termes avec lesquels il résoudra la difficile énigme de la douleur.

Ces pensées seront la lumière de sa vie, le baume de ses blessures, la force dans les tentations. Quand, à certaines heures, un horrible dégoût de la vie le mordra au cœur, et qu'il sentira son âme entraînée vers les bas-fonds, elles seront la paire d'ailes qui le fera remonter vers l'espérance (1).

Sans cette éducation religieuse, ce sont les ténèbres, la tristesse, les passions immondes qui s'en vont à l'assaut des âmes, les terra&sent et les jettent sur les chemins de l'erreur où elles s'égarent et finalement succombent. C'est vrai pour l'enfant du peuple qui grandit, c'est vrai aus^si pour les philosophes qui errent dans le dédale obscure des systèmes sans atteindre la vérité qui délivre.

« Bientôt, dit le Père Lacordaire en parlant de l'enfant du pauvre, le travail du corps l'arrachei'a aux exercices de l'intelligence, et s'il n'a reçu les germes précieux du bien avec une autorité qui ait pénétré son cœur, il ne tardera pas à perdre l'esprit de l'homme chrétien et civilisé, pour vivre dans une dé-

(1) Cf. C. CouBÉ- Gloire et Bicfifaits des Saints, p. 331-532. Lethielleux.

gradation que rien ne déguisera. Tous les vices s'empareront de son être avec une insouciance affreuse pour les choses de l'âme et la société n'aura plus, dans le peuple, qui doit être la source permanente de son renouvellement et de sa vigueur, qu'un fonds pourri par le matérialisme le plus abject. »

« Comment voulez- vous, dit Théodore Joufîroy, que l'homme vive en paix, quand sa raison, chargée de la conduite de la vie, tombe dans l'incertitude sur la vie elle-même, et ne sait rien de ce qu'il faut qu'elle sache pour remplir sa mission ? Comment vivre en paix quand on ne sait ni d"oii l'on vient, ni où l'on va, ni ce qu'on a à faire ici-bas ? quand on ignore ce que signifient et l'homme, et l'espace, et la création ? quand tout est énigme, mystère, sujet de doutes et d'alarmes ? Vi\Te en paix dans cette ignorance est chose contradictoire et impossible. »

« Cependant, se demande-t-il quelques pages plus haut, en jetant les yeux sur la société qui nous entoure, qu'y voyez-vous ? Où sont les hommes préoccupés du grand problème de la destinées humaine, les hommes que ce problème tourmente, les hommes que ce problème agite et élève, les hommes à qui ce problème prenne une de leurs pensées et dérobe une des minutes de leur temps ? »

Puis, avec un mépris qui rappelle les colères de Pascal et les amères ironies de Lamennais, ravalant jusqu'à la brute cet inerte troupeau qui traverse la vie sans en chercher le but : « A voir, dit-il, le spec-

tacle que nous présente la foule, et ces milliers d'êtres qui vivent au jour le jour, poursuivant les objets divers de leurs passions, très contents quand ils les ont atteints, très désappointés quand ils leur ont échappé, mais, heureux ou trompés, se prenant le lendemain d'ambitions toujours nouvelles, de désirs toujours renaissants, et poursuivant intrépidement leur rôle, sans songer jamais à se demander le sens de cette pièce qui leur donne tant de mal et dans laquelle ils fréquentent sans savoir pourquoi ; à voir, dis-je, cette réalité de la vie humaine, on croirait que, si le privilège de comprendre que nous avons une destinée est le fait qui distingue l'homme de l'animal, ce n'est guère que par exception qu'il prend le rang supérieur qui lui a été assigné (1). »

« 0 mon ami ! écrit Santa Rosa à M. Cousin, que nous sommes malheureux de n'être que de pauvres philosophes pour qui le prolongement de l'existence n'est qu'un espoir, un désir ardent, une prière fervente ! Je voudrais avoir les vertus et la foi de ma mère ! Raisonner, c'est douter et douter c'est souffrir. La foi est une espèce de miracle. Lorsqu'elle est forte, lorsqu'elle est vraie, qu'elle donne de bonheur ! Combien de fois, dans mon cabinet, je lève les yeux au ciel et je demande à Dieu de me révéler et surtout de me donner l'immortalité (2). »

(1) Mélanges philosophiques. Du proft/ëme de la destinée humaine, pp. 308-309, 338.

(2) Lettre de Santa-Rosa (Bourges, 15 sept.). Revue des Deux Mondes, 1840, p. 665

(1 Je vais avoir quarante ans, écrit-il dans une lettre que sa solennité semble désigtiér comme son testament philosophique ; j'ai beaucoup désiré le bonheur ; j*avais une immense faculté de le sentir, jlon amèré destinée est venue à la traverse. J'ai cependant iiii avenir. J'ai des enfants, j'aime et j*estime leiir rhère ; mes enfants me rendront heureux ou malheureux, au reste, si je succombe à mes maux, je ne crains pas lé vide^ l'horrible néant auquel je ne veux et ne peux croire, et que je repousse dès à présent et à jamais^ par volonté, par instinct, à défaut de démoiistraticiri positive (1). »

Ecdiitëz eriGore un poète devenu sceptique avant dix-liuit ans,et traduisant ses doutes et ses amertumes avec toute l'énergie de sdn talent. « 0 rêves dé rhon

(1) Lettre de Santa-Rosa (30 septembre 1825). Revue des Deux Mondes, p. 674.Quèl contraste entre cette lettre du sceptique Santa- Rosa et celle écrite par un philosophe croyant qui, lui aussi, atteignait sa quarantième année, Ozanam. Il était malade à Pise, où il se sentait mourir, il se souvenait lui aussi de sa femme, de son enfànti et se retenait à la vie par les mêmes liens qui rattachaient Santa- Rosa. Mais ce qni pôm- le philosophe sceptique n'était qu'im soilhait du cœur, était pour le chrétien un dogme incontestable, une expérience certaine.

* J'accoraphs aujourd'hui ma quarantième année, plus de la moitié du chemin ordinaire de la \-ie. Je sais que j'ai une femme jeune et bien-aiméci une charmante enfant, d'excellents frères, line secondé mère, beaucoup d'amis, une carrière honorable, des travaux conduits, précisément au point bù ils pouvaient servir de fondement à un anvrase longtemps rêvé. Laquelle, mon Dieu, faut-il que je vous imniolê de ces afTections mondaines ? Si je vendais m.es livres pour en donner le prix aux pauvres, si je consacrais le reste de ma vie à soulager les indigents, seriez-vous satisfait, Seigneiu-, et me laisseriez-vous la douceur de vieillir auprès de ma femme et d'élever mon enfant ? C'est moi qiiè vous a oulez ; je viens, Séîghëiir, je viens. ^ (Lettre citée par le P. Lacordaire. Xoli^e sur Ozanam).

Cf. IMgr Baun.\rd : Le Lfohie et ses Victimes. Santa-Rosà.

enfance, combien je vous regrette I Je ne puis vous oublier, puisque devant moi je n'ai que des ténèbres : le rayon du passé n'en est que plus cher à mon cœur (1) ; j'userai la mine de ma jeunesse jusqu'au dernier filon de son métal. Et après... bonso.^r ! J'ai vécu, je suis content... En vain des lèvres s'échappent les éclairs de l'esprit ; en vain la gaieté cherche à distraire le cœur dans ces heures de la nuit qui ne donnent plus le repos d'autrefois. C'est comme une guirlande de lierre qui environne une tonnelle en ruine. A l'intérieur, elle est verdoyante et fraîche, mais, par dessous, flétrie et grisâtre (2). Il ne faut qu'un rien pour faire retomber sur le cœur le poids que l'on voudrait, secouer pour toujours. Ce sera un son, une vibration musicale^ une soirée d'été, un doux printemps, une fleur, le vent ou l'océan qui viendra tout à coup rouvrir nos blessures et toucher la chaîne électrique dont les sombres anneaux nous enlacent (3). »

Cest une charité d'autant plus nécessaire, ajouterons-nous, que la société pas plus que V individu ne peut se passer de V instruction religieuse.

Les hommes devraient s'aimer les uns les autres, surtout quand ils sont les enfants d'une même patrie, unis par la communauté des mêmes intérêts et l'héri-

^1) Byron : Heures de. paresse, p. 9.

(2) Id. : Poésies diverses, p. 234,

(3) Id. : Chiid-Harold., chap. IV, str. 23.

tage indivis d'une longue histoire. « S'il n'y a rien de plus sociable que l'homme par sa nature, dit saint Augustin, par suite de ses passions, l'homme devient pour l'homme un véritable ennemi. >'

Au catéchisme, l'enfant apprendra une raison plus haute d'aimer son prochain. On lui enseignera que nous sommes tous les fils d'un même père qui e^t dans les cieux, et que nous sommes tous des frères, en la personne de Jésus-Christ. Et que, par conséquent, nous devons nous interdire tout ce qui peut être une cause de haine, de discorde ou d'inimitié, dans nos pensées, dans nos paroles, dans nos actes. Que si l'un de nos frères nous a offensé, nous devons 1-ii pardonner, si nous voulons nous-mêmes obtenir de Dieu le pardon de nos fautes. Il apprendra qu'enfant, il doit à ses parents le respect, l'obéissance et la vénération, comme plus tard, citoj^en, il devra se soumettre à toutes les autorités légitimes ; et que ce Dieu qui lui im.pose ces devoirs impose à ses parents l'obligation de le nourrir, de l'instruire, de l'aimer, de faire de lui un homme et un chrétien ; à ceux qui commandent, le devoir de se dévouer et, au besoin, de se sacrifier pour leurs sujets et leurs subordonnés; à ceux qui emploient leurs semblables d'être à leur égard justes et charitables; à ceux qu'il a comblés des biens de la fortune, le devoir de venir au secours des déshérités des biens de ce monde et de traiter les pauvres comme les préférés du royaume des cieux ; que ce Dieu a des anathèmes contre ceux qui ambition-

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lient le pouvoir non pour servir les petits mais pour les exploiter, contre ceux qui abusent de leurs richesses ou n'en usent que pour d'égoïstes jouissances.

Si cette doctrine était mieux connue et mieux pratiquée n'apporterait-elle pas un remède à ce malaise qui naît de l'impatience de tout joug, et qui met, en poussant le peuple à la révolte contre toute autorité, la société en péril ? Est-ce que la cordialité, l'afîection et la paix ne régneraient pas dans les familles et dans le monde, si le précepte du Sauveur : Aimezvous les uns les autres devenait une réalité ? Est-ce que cette haine contre les grands et les riches, dont la foule des petits se nourrit, ne disparaîtrait pas si ceux, qui, humainement parlant, sont placés plus haut, renonçaient à ces prétentions, à cette morgue, à cette hauteur qui froissent le peuple et si, dociles aux enseignements du catéchisme, ils se souvenaient pratiquement que ces petits sont leurs frères en Jésus- Christ ? Est-ce que le peuple, s'il était convaincu des vérités sublimes que renferme ce petit livre, et qui le relèvent si haut à ses propres yeux, ne cesserait pas d'envier la fortune qu'on lui présente comme la source du suprême bonheur qu'il doit se procurer par tous les moyens, par la violence, et tout en réclamant que justice lui soit faite, ne se résignerait pas à supporter les privations d'ici-bas, jusqu'à ce que se lève le jour de sa glorification ? Est-ce que, enfin, si le catéchisme était enseigné et pratiqué, les mœurs, au lieu de continuer à s'abaisser, ne se relèveraient pas ? Verrait-on

tant d'assassins précoces, de désespérés de douze ans qui se brûlent la cervelle après une dispute, de blasés de quinze ans ayant bu à la coupe de tous les mauvais plaisirs, désenchantés, dégoûtés, se suicidant froidement, tant de criminels de vingt ans perpétrant leurs forfaits avec un cynisme satanique, sans parler de ceux qui vont peupler les prisons et les bagnes ? Si les jeunes gens savaient que le mariage est un sa^ crement, qu'il est indissoluble, en verrait-on autant recourir au divorce, ou se contenter de l'union libre ? Un jour, l'enfant à qui vous aurez appris le catéchisme deviendra uii ouvrier, il entendra autour de lui hurler la tempête révolutionnaire, l'excitation à la révolte et à la guerre sociale. S'il ouvre alors son vieux catéchîsmie, ses pages jaunies lui rappelleront le Dieu d'amour qu'il a appris à connaître dans gon enfance, et qu'alors il priait celui qui nous ordonne d'aimer notre prochain, de chérir notre patrie et de ne pas déchirer son cœur par des luttes fratricides, et dans son âme agitée le calme se fera. Si l'hom^niie qu'on lui demande de haïr aujourd'hui c'est celui qui lui a, il y a quelques années à peine, appris à connaître Dieu, au souvenir de cette intimité des leçons de catéchisme, où son âme de pauvre a rencoiltré votre âme de riche sur les sommets de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, un souffle de paix passera, et sur ses lèvres les paroles de haine expireront (1).

(1) I On publie df tous côtés qu'il faut entrer en contact avec le peuple,queles castes supéHeures s'assureront la sympathie des hum-

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Etant donné rimportaricè individuelle et sociale de cette éducation qui dirige vers Dieu,

Cette première aurore, Ce réveil incertain d'un être qui s'ignore, (^e long regard de l'iiômrne interrogeant lés cîèùk, Ce vagué etichantemerit,- ces torrents d*espcrance Qui fascinent les yeux au seuil de l'existence,

vous comprenez pourquoi l'Eglise en tout temps a veillé avec un soin jaloux siir l'instruction religieuse des énfaiits.

« Faire l'éloge d'une telle instruction, écrivait le Pape Pie X, et montrer quel en est le prix devant Dieu Noiis paraît superflu. Certes, la pitié que nous témoignons aux pauvres en soulageant leur misère est grandement louée de Dieu ; mais qui niera la supériorité dii zèle et du labeur par lequel nous ménageons aux ârhes par notre enseignement et nos conseils

bles en se vouant à leiir service ; les catéchistes réalisent ce désir. Elles fréquentent la maison du paysan et de l'ouvrier ; elles donnent quelque chose de meilleur que le pain matériel ; elles donnent la foi de leur esprit, l'espérance et la charité de leut- Cœur, la connaissance et l'àmôUr de Dieti, le getme de la vie éternelle. Ellèâ s'adressent à l'être le plus chef des pauvres foyers, à l'enfant, non pas de loin, mais de près, nOn pas dans la solennité de la réunion publique, mais dans rintimité du tête-à-tête. Comment les parents ne seraient-ils pas touchés de la bonté qu'on témoigne à leurs fils, à leurs filles ? Corilment, dails ce cohimerce quotidien, dans cet échange continu dé jîfèfasées et de sentirhents, ne vèrtait-on pas toinber lés préjugés, les déliances, les hostilités qui ameutent lés unes côhtre les autres les différentes caté}*6ries de la société. (Idmmènt l'âme populaire ne séràitelle pas émue pat le spectacle de là vie chrétienne ? (P. JaMvier,- O. P. : L'Action catholique, p. 247-248, Lethiellèux;)

2S0 LA CONQUÊTE DES HOAniES

non les biens éphémères du corps, mais les biens éternels? Rien ne peut être plus désirable.ni plus agréable à Jésus-Christ, Sauveur des âmes, qui dit de lui-même^ par Isaïe : // m'a envoyé évangéliser les pauvres (1).

Aussi, « depuis saint Augustin, consacrant les premières années de son épiscopat à composer pour un diacre de l'Eglise de Carthage, chargé de faire le catéchisme dans cette capitale de l'Afrique, son beau livre De catechisandis rudihus, jusqu'à Bossuet (2), croyant honorer les derniers jours de son ministère et ajouter quelque chose à la gloire de tous ses travaux, en donnant aux enfants de son diocèse le célèbre catéchisme de Meaux ; depuis Origène et les fameux catéchèses d'Alexandrie, jusqu'à Fénelon(3); et depuis Bossuet et Fénelon jusqu'à notre époque, il n'y a eu sur ce point qu'une voix dans le Christianisme w.

« Ils entendraient de la même manière, non seulement les principes généraux.mais aussi les détails et la pratique; saint Augustin pensait comme Benoît XIV, Bossuet comme Origène,saint François de Sales comme saint Charles Borromée, le chancelier Gerson comme

(1) Encyclique Acerbo nimis.

(2) Ses innombrables travaux ne l'emijêchèrent pas de rédiger trois catéchismes. « Quel spectacle que celui de voir ce grand génie parler aux enfants comme une mère pleine de sollicitude et de tendresse, ne rien oublier et ne pas dédaigner d'entrer dans les plus minutieux détails qui peuvent leur être utiles ! » (Abbé Dementhon, p. 439.)

(3) A la fin d'une controverse célèbre, Fénelon écrivait à Bossuet : « Votre âge et mes infirmités. Monseigneur, nous feront bientôt comparaître tous les deux devant Celui que rien ne peut éblouir : trop heureux, à cette dernière heure, si nous avons toujours fait le catéchisme dans nos diocèses, povir apprendre aux pau\Tes \"illageois à craindre et à aimer Dieu. »

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saint Ignace et saint François Xavier, l'abbé Fleiiry, Massillon, Rollin, Lliomond comme saint Liguori, le vénérable Boudon comme Mgr Borderies, évêque de Versailles, qui fut au commencement du xix® siècle l'incomparable modèle des catéchistes (1). »

Jean Gerson, l'illustre chancelier de l'Université de Paris, passa les dernières années de sa vieillesse à catéchiser les petits enfants dans l'église Saint-Paul à Lyon ; de beaux esprits de son temps se scandalisèrent et attribuèrent ce zèle de Gerson à un aiïaiblissement de tête pardonnable, mais ridicule chez un vieillard.' Le chancelier répondit à l'étonnement des uns et aux sarcasmes des autres par le magnifique traité : De parvulis ail Christum trahendis, un des chefs-d'œuvre sortis de sa plume : « On traite Gerson de pauvre vieillard qui tombe dans l'enfance, parce qu'il s'occupe sans cesse des enfants, mais est-ce donc consumer en vain son temps et sa dignité que de faire le catéchisme. Qu'y a-t-il de plus grand et de plus utile que d'arracher ces jeunes âmes au démon et à l'enfer. Oui, sans doute, je pouriais travailler avec plus d'éclat, mais non avec plus d'efficacité. »

Lorsqu'il fut près de mourir, le saint docteur fit venir autour de lui ses chers enfants, leur donna ses derniers conseils et leur demanda de recommander à Dieu l'âme de son « pauvre serviteur Jean Gerson ». Il voulut être enseveli, tenant dans sa main glacée la baguette qu'il portait au catéchisme, et ayant près

(1) Mgr DuPANLOUP ! L'Œuvre par excellence, p. 14.

de lui, dans son cercueil, la sonnette dont il se servait pour rassembler les enfants dans les rues de Lyon : « Ces instruments, disait-il, me serviront de témoins devant le Seigneur, et protesteront contre l'inutilité de mes autres travaux. »

Saint François de Sales avait chargé un héraut vêtu d'une cotte d'arme bleue sur laquelle était écrit en lettres d'or le nom de Jésus d'aller par les rues en agitant une ciochette et de crier à voix haute .et sonore : « Venez à la doctrine chrétienne, petits enfants, on vous y enseignera le chemin du Paradis. »

Le Père de la Rivière; qui avait assisté à ces catéchismes, en parle naïvement dans la vie du saint évêque de Genève : <^ J'ai eu l'honneur de participer à ce bénit catéchisme; oncquene viz pareil spectacle. Cet aimable et vraim.ent bon père était assis sur un trône de quelque cinq degrés ; toute l'armée enfantine l'environnait... C'était un contentement non pareil d'ouïr combien familièrement il exposait le^ rudiments de notre foi ; à chaque propos, les riches comparaisons lui naissaient en la bouche pour s'exprimer ; il regardait son petit monde et son petit monde le regardait ; il se rendait enfant avec eux, pour former en eux l'homme intérieur et parfait selon Jésus-Christ. »

Les encouragements que Rome prodigue à cet apostolat nous disent assez le prix qu'elle y attache. Elle a ouvert pour lui le trésor de ses indulgences : « Sept ans et sept quarantaines, cloaque fois, à tout fidèle qjui.

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s'étant coufcssé et ayant communié, explique la doctrine chrétienne. — Indulgence plénière pour ceux qui ont cette louable habitude de faire le catéchisme, et qu'ils pourront gagner aux fêtes de Noël, Pâques et des apôtres Pierre et Paul. — Sept ans chaque fois aux maîtres des écoles qui, Jes dimaaches et Les jours de fête, conduisent les écoliers au catéchisme et le leur apprennent. — Cent jours chaque fois que les maîtres font le catéchisme dans leurs classes les jours ouvriers. — Cent jours chaque fois à tous ceux qui, pendant une demi-heure, étudient la doctrine chrétienne, ou pour l'enseigner aux autres ou pour s'en instruire soi-même (1), etc. .» Cette abondance des trésors de l'Eglise répanduî^ sur ces docteurs de bonne volonté ne semble- t-elle pas déjà un acomipte et un gage de la splendeur que le prophète promet à ceux qui auront instruit un grand nombre de leurs frères et qui, comme des étoiles, seront entourés d'éclat pendant l'éternité. »

c'est une mission consolante

C'est une mission très humble que d'enseigner le catéchisme, ce travail d'âme à âme n'a, en effet, rien d'éclatant, c'est une mission ingrate, à cause de l'ignoranjce souvent absolue de l'enfant vis-à-vis de tout

(l) Cf. La Bulle de saint Pie V : Ex debitç pasioralis Qfficii,Q octobre 1575. — La Bulle de Paul V : Ex credito nobis, 6 oct. 1607. — Le Père Maurel ; Les Indulgences, p. : 218-219.

ce qui touche aux choses de la rehgion, — combien ne savent même pas faire le signe de la croix ! — à cause de la lenteur d'esprit de certains enfants, dont l'intelligence a de la peine à sortir des brumes épaisses où les fautes des parents l'ont ensevelie; à cause des distractions qui font que l'enfant fixe difficilement son attention sur un sujet sérieux, à la leçon, il préfère ses jeux, au maître, ses camarades ; à cause du milieu dont il subit l'influence. ^Malgré toutes les difiicultés, c'est aussi et surtout une mission consolante.

L'âme du petit, comme une fleur aux premiers rayons du soleil m.atinal. s'ou\Te à la vie. Son intelligence curieuse est facilement séduite par les visions de l'infini ; dans sa mémoire plus vive, les choses marquent facilement leur empreinte, sa volonté flexible se laisse plus aisément guider, son cœur vierge encore est accessible aux généreux sentiments. La vérité, sous le vêtement d'un fait concret, d'une image frappante, s'imprime dans cette âme comme le cachet sur une cire molle et tendue, y laissant des traces que, dans la suite, le temps n'effacera plus.

Devant cette âme jeune, vous éprouverez la joie du semeur qui s'en va, le cœur joyeux, jetant à pleines mains la semence dans le sillon qui tressaille d'aise sous le pied qui le foule, la joie de l'artiste qui contemple un primitif, qui assiste à l'éclosion sur une toile ou dans un bloc de marbre d'une noble pensée, joie plus divine qu'humaine, puisqu'elle a sa source dans la vision d'une intelligence qui monte vers les

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hauteurs de la divinité, d'un cœur qui se dilate pour recevoir l'infini, de tout un être qui se transfigure sous la touche mystérieuse de Dieu.

« Cher ministère de l'enfance^écrit Mgr Dupanloup, ô aimables et précieuses âmes des petits enfants. Je les ai beaucoup aimées, je les aimerai toujours. C'est là, au catéchisme,que j'ai appris à connaître la beauté des âmes ; et cette beauté naïve qu'elles ont alors surpasse tout. C'est là qu'elles m'ont apparu avec ce charme inexprimable dont l'innocence et la grâce de Dieu embellissent le premier âge ; c'est là qu'un humble et obscur dévouement trouva dans des milliers de jeunes cœurs une docilité si confiante, une reconnaissance si vive, une fidélité si constante, et qui dure encore. Aussi mon ministère auprès de ces chères âmes d'enfants est-il mon plus doux souvenir ici-bas, et rien ne sera jamais comparable pour moi au bonheur d'avoir été l'ami, le précepteur et l'âpôtre de l'Enfance (1). »

(1) Mgr Dupanloup : L'Œuvre par excellence, VIII.

« Dans ma lonj^ue carrière, — écrit Mgr Dupanloup, évoquant les impressions de sa jeunesse sacerdotale, à propos du catéchisme des enfants de la Première Communion, — j'ai beaucoup prêché, j'ai vu de grands auditoires, d'immenses assemblées de fidèles, recueillis autour de la chaire sacrée ; j'ai vu parfois aussi, grâce à Dieu, les grands fruits de la parole sainte, l'émotion des cœurs, les touches visibles de la grâce, des conversions extraordinaires ; et, je dois l'avouer, j'ai trouvé là une douceur telle qu'elle fait oublier à un homme apostolique toutes ses fatigues ; et néanmoins, je dois le dire, rien de tout cela n'est comparable pour moi aux imi)ressions, aux souvenirs du catéchisme de semaine ; nulle prédication, si solennelle qu'elle soit, nul ministère, si consolant qu'il soit, ne peut, à mon sens du moins, égaler celui-là ; parce que j'ai vu là et de plus près, et plus intimement que nulle part ailleurs, ce qu'il y a de plus beau ici-bas,

A ceux qui pourraient se décourager, en constatant les piètres résultats obtenus, — ils se sont dévoués pendant des mois et des années, et voilà que parmi ces enfants beaucoup désertent l'égiise, au lendemain même du jour où ils les ont conduits à la Table sainte, — je dirai vous n'êtes pas au-dessus du ?>Iaître, il en sera de vos efforts comme de la semence de l'Evangile.

Ici, vous verrez des résultats merveilleux, votre catéchiste deviendra un apôtre qui, par ses exemples et par ses paroles, enseignera à son tour la vérité à ses camarades, qui portera le divin dans sa famille. Et là, où la parole du prêtre et du catéchiste serait sans effets, la vérité portée par des lèvres enfantines, par une voix où Ton reconnaît le son de sa propre voix et les appels de son propre cœur, produira du fruit. Au contact de cette pureté, le fo3'er domestique se purifiera, les lèvres accoutumées au blasphème resteront muettes, et, par respect pour déjeunes consciences, on observera les préceptes de l'Eglise. Et qui sait, ce cœur qui a été ému quand vous lui parliez du bon Jésus, entendra peut-être un jour une voix d'en-haut l'appelant au grand labeur de l'apostolat sacerdotal î Xe serez-vous pas amplement récompensé de toutes vos peines si, un jour, vous entendez ces lèvres, à qui vous avez appris à bégayer les premières

de plus grand, de plus attachant ; les âmes, et Dieu dans les âmes... répanouissement de leurs facultés les plus belles et de leurs plus ^ives puissances ; la noblesse, la grandeiu- et le fond divin de ces âmes immortelles... »

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vérités, annoncer, du haut do la chaire chrétienne, la doctrine catholique au peuple assemblé, si agenouillé, vous recevez d'abondantes bénédictions des mains à qui vous avez appris à tracer le premier signe de croix

Là, vous assisterez à Técroulement de toutes vos espérances Le chrétien que vous avez essayé dé former deviendra un indiiïérent, peut-être même un impie. La semence divine sera étoufîée sous les épines des idées malsaines et des passions. Eh bien ! est-ce que, même dans ce cas, vous pouvez dire que vous avez travaillé en vain ? Non. Vous ne pouvez pas prévoir les retours oiïensifs de la vérité. Vous ne connaissez pas tous les divins sti'atagèmes de la Miséricorde de Dieu. Laissez soufflerie vent de l'adversité, et cette foi qui sommeillait, comme un charbon sous la cendre, se rallumera vivace. Laissez venir la dernière agonie, et les souvenirs de la première enfance revenant à la surface de cette âme la jetteront dans les bras de Celui qui pardonne à tous les prodigues qui se frappent la poitrine, à tous les larrons qui crient vers lui et lui demandent, malgré leurs crimes, une place dans son Paradis. « S'il en est qui, jusqu'à la fin, semblent renier le Dieu dont vous leur avez appris le nom et la bonté, ne désespérez pas encore. Dans le cœur du Maître que nous adorons il y a des trésors inépuisables de miséricorde; le moindre souffle descendu de l'éternité suffira à rallumer mystérieusement la flajnme que jadis vous avez fait jaillir de ces consciences, à exciter

en ces poitrines soulevées par le râle suprême le sentiment qui mène au repentir et au salut (1). »

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