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APOSTOLAT NÉCESSAIRE

nos congrès. En sentant vibrer cette âme française qu'il croyait morte, ils se demandent s'il est.à l'heure actuelle, un autre pays sur terre où la foi soit aussi ardente, la charité aussi vive, le dévouement aussi spontané et aussi total.

Ce n'est pas moi, dont l'oreille est constamment tendue pour surprendre sur les lèvres de m.es concitoyens la moindre parole en faveur du renouveau religieux, dont les yeuxsont toujours en éveil pour découvrir le plus petit geste en sa faveur, ce n'est pas moi, confident et ami d'une si nombreuse jeunesse dont la vie harmonieuse m'enchante et dont l'activité me transporte, qui assiste si souvent à ces drames poignants où une ame, aux prises avec le divin, après avoir longtemps lutté s'avoue vaincue et se donne entièrement au Dieu vainqueur, qui assiste, du haut des chaires de nos églises ou mêlé à la foule de nos congrès à tant d'émouvantes manifestations, ce n'est pas moi qui nierai ce qu'il y a de bien chez nous. Je le constate. J'en suis heureux. J'en remercie la Providence. Si je me laissais aller à mon tempérament plutôt optimiste, et à cet instinct oratoire que porte en lui tout descendant do Gaulois,! e serais tenté de mêler ma voix à toutes celles de ces prêtres ou de ces laïcs qui, généralisant volontiers ce qu'ils ont sous les yeux, proclament, en triomphants accents, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Etre optimiste ce n'est pas être aveugle. Au lieu de nous obstiner dans des fictions, de vivre sur de vieilles

additions qui, en donnant à l'esprit une satisfaction passagère, le dispensent des résolutions énergiques, soyons vrais avec nous-mêmes. Essayons de nous arracher un moment à ces spectacles trompeurs, chassons les illusions faciles et regardons la vérité en face, et nous constaterons aisément que la grande majorité de nos hommes ne sont plus chrétiens. Je me garderai de donner des chiffres, ou bien ils feraient sourire, comme ont dû faire sourire dans les évêchés et les presbytères certains de ceux que donnent M. le vicomte d'Avenel, dans la Revue des Deux Mondes, ou bien ils épouvanteraient, comme m'épouvantent moi-même ceux que je parviens à établir quand je fais le bilan religieux d'une paroisse, après y avoir prêché des missions ou des retraites, ou ceux que me donnent pour tel ou tel miUeu qu'ils connaissent parfaitement des prêtres pour qui un homme n'est qu'un homme.

Au point de vue religieux, on peut diviser les hommes de France en quatre catégories.

Ceux qui croient et qui pratiquent, les vrais fidèles qui n'ont pas peur de se montrer tels qu'ils sont et dont la vie tout entière rend le son du sacrifice. C'est la minorité. Elle est plus ou moins compacte suivant les pays et les milieux, elle s'accroît tous les jours d'unités de valeur, grâce à nos œuvres, grâce aussi aux récents événements (1).

Ceux qui ne croient pas, qui haïssent, dont le rêve

(1) Cf.Sur l'état d'âme des combattants au point de vue religieux. • — Dans la Mobilication des berceaux. Je chapitre: Vive la France.

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est d'anéantir l'Église et jusqu'au dernier vestige de l'idée religieuse. C'est une très petite minorité dont le nombre diminue sensiblement. Le bruit qu'elle fait, les moyens d'action dont elle dispose encore nous trompent sur son importance.

Entre ces deux extrêmes se trouvent ceux qui ne pratiquent que par intermittence, qui fréquentent l'église aux jours de grandes fêtes et recourent au ministère du prêtre dans les grandes circonstances de la vie. Malgré ces quelques habitudes extérieures, leurs âmes sont vides et sans pensée. Les causes de cet état d'âmes sont multiples. Pour les uns, la religion est gênante, pour les autres, manquant d'une solide formation religieuse, ils se laissent entraîner par rindifîérentisme de leur milieu, et le christianism.e n'est pas pour eux une vie mais seulement un vêtement que les convenances sociales demandent de revêtir dans certaines solennités. C'est le grand nombre dans la petite bourgeoisie, dans le m^onde du commerce et chez les employés.

Enfin, il y a les m.asses ouvrières des quartiers populeux de nos grandes cités qui grandissent sans catéchisme, sans première communion, et, ce qui était rare autrefois, sans baptême, et qui, par conséquent ignorant tout de la religion, passent à côté d'elle comme on passe à côté d'un inconnu. Dans ces miheux, ceux qui ont été élevés chrétiennement dans leurs toutes premières années, enveloppés par l'athéisme, terrorisés parfois par l'incrédulité brutale, s'ils gardent le

respect silencieux pour le culte de leur enfance, n'ont plus dans le cœur qu'une religion sans valeur dont les traits s'efiacent de plus en plus et dont les derniers vestiges finiront par disparaître.

Le grand nombre de nos concitoyens au point de vue religieux flotte donc entre les deux minorités extrêmes, les uns se rapprochant plus ou moins de la foi totale, les autres de la négation absolue.

Si on voulait dresser une carte de la France religieuse, on verrait la teinte sombre des îlots de mécréants tacher la carte ici ou là, puis les régions religieuses étendant leur couleur d'espérance au milieu d'immenses régions où s'étale affreusement monotone le terne de l'indifîérentisme.

l'urgente BESOGNE

Étant donné que l'homme est la tête de la société, que son influence sur la société, non seulement politiquement mais moralemxeni parlant, est indiscutable ; étant donné qu'à l'heure actuelle la grande masse des hommes ne vit plus chrétiennement, si nous voulons que Jésus-Christ règne à nouveau sur notre pays, il est nécessaire de rechristianiser les âmes viriles. Si nous n'entreprenons pas résoiamxent cette besogne, c'est presque en vain que nous travaillerons. Tant que nous n'aurons pas les hommes nous n'aurons rien ou presque rien, mais^ dès que nous les aurons, nous aurons tout.

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Certains ont cru et croient encore que le salut viendra par les enfants. Les enfants ne sont-ils pas les hommes de demain ? Élevés chrétiennement, ils vivront chrétiennement.

Je ne veux pas contester la nécessité de l'école chrétienne ; j'estime qu'on ne s'occupera jamais assez de l'ame des enfants. Il faut bien cependant reconnaître que l'école ne nous a pas donné ce que nous attendions.

Pendant toute une partie du siècle dernier, nous avons eu entre les m.ains la presque totalité des enfants du peuple. Dans nos écoles nous pouvions les former avec tout le soin nécessaire, et dans toutes les écoles de l'Etat, nous avions nos entrées libres. Nous avons eu dans nos collèges catholiques plus de la moitié des enfants de la bourgeoisie. Prêtres et religieux se sont dévoués à leur éducation et à leur formation. Nous devrions donc avoir, malgré le déchet inévitable, une grosse majorité de chrétiens pratiquants. Hélas ! il n'en est rien et ce sont les enfants que nous avons élevés qui, devenus électeurs ou législateurs, ont été les artisans des lois de laïcisation .

Obligés de constater ce fait que, malgré l'école, la masse nous échappait de plus en plus, nous nous sommées dit que si nous avions plus longtemps l'enfant entre les mains, surtout à cet âge où se dessinent dans son âme comme sur son visage les traits qui ne feront que s'accentuer en grandissant, nous arriverions à un meilleur résultat, et nous avons fondé les œuvres post-

scolaires. Elles devaient être un remède à l'insiifTisance de l'école.

Personne ne peut nier, — et nos adversaires euxmêmes nous rendent cette justice, — que pour fonder ces oeuvres, pour les multiplier, pour les perfectionner, les catholiques ont donné sans compter et leur temps et leur argent. Le jeune clergé aidé par des laïcs au dévouement inlassable, s'y est mis de tout son cœur. Au service des jeunes âmes, il a consacré avec enthousiasme les plus actives années de son ministère sacerdotal. A quel résultat est-on arrivé ? Je n'oserais le dire moi-même, c'est ^Igr Gibier, l'évêque de Versailles, qui affirme que sur le nombre des enfants qui fréquentent nos patronages, — et c'est la minorité des enfants — il n'y en a que de cinq à dix pour cent qui persévèrent (1).

On cherchera où l'on voudra la cause de cet insuccès relatif. Les uns diront que l'on ne s'est pas suffisamment préoccupé d'orienter les enfants vers la vie pratique, que pour les ouvriers le patronage n'a pas été la préparation, le chemin du syndicat chrétien sauveur ; les autres affirmeront que l'enseignement religieux y a été insuffisant, et qu'au lieu d'essayer une démonstration de la vérité religieuse appropriée à ces jeunes intelligences, on s'est trop souvent contenté d'exhortations pieuses, et ils ajouteront que la

(1) Sur l'Apostolat des hommes on lira dans la série des ou%Tages « Siir les devoirs de l'heure présente » publiée par Mgr Gibier, chez Lethielleux, d'intéressants chapitres.

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formation morale, se bornant trop fréquemment à des pratiques religieuses régulières, manquait de virilité ; en un mot qu'on n'a pas suffisamment profité de ces années de formation pour faire de ces enfants des convaincus, capables de résister aux entraînements du plaisir et de la première crise venue des passions, des hommes de caractère, armés pour devenir, dans leur milieu, des entraîneurs.

A mon avis, la grande cause de notre insuccès relatif réside ailleurs. Sortis de nos écoles, de nos patronages, de nos collèges, les jeunes gens se trouvent dans les usines, dans les magasins, dans les bureaux, dans le monde, mêlés à des hommes qui, en grand nombre, ne pratiquent pas leur religion, qui s'en moquent ou qui l'attaquent, au milieu d'hom.mes pour qui la vertu n'est qu'un mot, la chasteté du jeune homme un mythe et la fidélité dans le mariage une duperie. Comment voulez-vous que le contact permanent avec ce milieu démoralisateur, où le vice s'étale en plein jour et s'offre à vous sous toutes les formes, n'obscurcisse pas les intelligences, n'ébranle pas les volontés et ne fasse pas chavirer les cœurs ? Il se passera pour le jeune homme dans le monde ce qui se passe pour l'enfant dans la famille, quand il voit l'indifférence de son père. En constatant que la plupart des hommes faits ont abandonné leurs devoirs religieux, que des hommes sérieux et considérés se passent de religion, il se dira qu'on a exagéré à l'école, au patronage, au collège ses obligations, qu'il ne voit pas pourquoi au milieu de tous

il serait une exception, et une à une, jusqu'à la dernière, il abandonne ses pratiques religieuses.

C'est pourquoi, — l'expérience et la logique le demandent, — tout en donnant nos soins à l'éducation religieuse des enfants, à l'école et au catéchisme, tout en nous occupant intelligemmxent desœu\Tes post-scolaires, patronages, sociétés sportives, cercles, il faut, pour donner à la jeunesse l'exemple d'hommes vivant chrétiennement dont elle a besoin, essayer la conquête des hommes. Autrement, nous roulerons indéfiniment dans un cercle. Nous formerons une enfance que le miheu déformera aussitôt et ainsi de génération en génération, à moins qu'un jour les hommes faits refusent de nous donner leurs enfants. Nos œuvres de jeunesse se complètent donc nécessairement par des œuvres d'hommes. Pour établir ces œuvres d'hom.mes n'attendons pas que nos jeunes gens soient métamorphosés en hommes, c'est de suite qu'il faut agir (1).

(1) Je ne nie pas, comme on pourrait le croire, l'utilité de l'apostolat féminin. Loin de là, je crois même qu'à l'heure actuelle il est très opportun de redoubler de \igilance et d'activité sur ce terrain. Autrefois, tandis que l'homme désertait l'église, la femme la fréquentait, tandis que l'homme s'acharnait à démolir l'édifice religieux,la femme, en se dévouant aux œuvres, s'efforçait de réparer les brèches. On est en train de nous changer tout cela. La fenmie n'est pas sortie indemne de la guerre comme on pourrait le croire ; autant et peut-être plus que l'homme elle a été ébranlée par l'ovuagan. Les cas sont nombreux où les femmes sont sorties de l'épreuve moins chrétiennes de sentiments et de pratique, moins délicates de conscience. Il faut donc essayer de remonter le courant et ramener la femme à l'idéal religieux qui a fait hier sa beauté et sa force.

De plus, les sectes ennemies qui avaient négligé le monde féminin parce qu'il ne comptait pour rien dans la politique, jwévoyant des changements inévitables, la femjne, en effet, de^■iendra à bref délai, électrice et exigible, veulent à tout prix que la femme, comme elles le

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disent, ne soit pas un instrument de domination entre les mains de rî^'.glise, et c'est ce qui explique tout ce qu'on fait aujourd'hui pour la démoraliser et la déchristianiser. Lectures, modes (voir dans les Modes actuelles, les chapitres sur les origines de la mode et les modes inconvenantes), théAtres, sports, tout est hon pour arriver à ce but. Luttons contre toutes ces causes de décliéance, car nous savons par expérience que la femme, si elle est naturellement plus religieuse que l'homme, tombe plus vite et s'enfonce davantage dans le vice et l'ignominie le jour où elle s'éloigne de Dieu et de rÉglise,et nous avons besoin pour l'œuvre de rechristianisation du pays de femmes et de mères chrétiennes.

Ce que je demande, c'est que, dans notre apostolat, nous ne fassions pas aux œuvres féminines, parce qu'elles sont plus faciles, une part trop grande, mais que nous fassions aux hommes la part à laquelle ils ont droit et dont ils ont grand besoin.

L'Apostolat laïque,

O Christ, dans notre champ/je vais près du chemin. Après les moissonneurs choisis de votre main. Glaner quelques épis du grain sacré qui reste. Et pétrir aux enfants un peu de pain céleste.

(Victor de Laprade, Odes et poèmes.)

« O Dieu, jusqu'à quand un homme, quel qu'il soit, recevant de Dieu un rayon quelconque de vie, ou la force, ou la jeunesse, ou la santé, ou la science, ou la foi, ou tout autre don de la grAce, ou seulement l'or et rar8ent,croira-t-il que ce rayon doit s'arrêter à lui et s'enfouir en lui, et refusera-t-il de comprendre que tout rayon venant de Dieu est vme force à transmettre. »

(PÈRE Gratry.)

On raconte qu'un jour le saint pape Pie X, au cours d'une conversation avec plusieurs cardinaux, leur demandait quel était, t\ leur sens, le moyen le plus sur de régénérer la société contemporaine. L'un des cardinaux opina pour l'école catholique ; l'autre pour la multiplication des églises ; un troisième pour le recrutement des prêtres. Pie X fit à chacun d'eux une réponse négative. Puis, il ajouta : « Ce qui est présentement le plus nécessaire, c'est d'avoir dans chaque paroisse un groupe de laïcs éclairés, .résolus, intrépides, vraiment apôtres. »

(Ed. Lecompte, Nos voyageurs.)

«C'est l'heure alors, pour le laïque, de s'attarder avec recueillement sur les textes évangéliques qui nous montrent le Baptiste jouant un rôle de précurseur dans le futur sillon du Messie. Il savait, le Baptiste, que celui auquel il traçait les voies était plus grand que lui ; il protestait, aussi, n'être pas la lumière, mais un simple témoin de cette lumière. Ainsi s'épanouissait l'humilité de ce superbe homme d'action, une humilité qui ne servait pas de masque à l'indolence, mais qui, tout au contraire, lui donnait conscience de sa véritable place, des

vraies limitas et de l'exacte portée de sa fonction, qui soutenait ses énergies loin de les intimider, et les guidait loin de les paralyser ; et si le Baptiste nous étonne par son impétuosité conquérante d'avantcoureur, il nous confond, plus encore, par le sentiment précis de ce qu'il était, en regard et au prix de celui qui est. Siu- tous les terrains où les apôtres laïques précédent l'action directe de l'Église enseignante— de l'Église plus grande qu'eux, de l'Église plus lumineuse qu'eux — ce genre d'humilité s'impose à leur conscience, pour les défendre, tantôt contre une orgueilleuse joie d'agir, qui risquerait de les égarer, tantôt contre certains scrupules, contre certaines hésitations apeurées, qui pourraient stériliser leur bon vouloir, et pour les garantir, aussi, contre les susceptibilités de ceux qui, ne faisant rien trouvent mauvais et presque fautif qu'on se mêle de quelque chose. , (G. GoYAU, Autour du catholicisme social, IV, pages 9.)

L'Apostolat Laïque.

Quand on parle d'apostolat à des iaïques, certains croient ou feignent de croire, pour cacher leur paresseuse indolence derrière une apparence de raison, qu'il s'agit d'une besogne uniquement réservée à ceux à qui le Christ a confié la diffusion de la vérité et l'extension du royaume de Dieu parmi îcs âmes. C'est aux prêtres, en effet, que le Christ a dit : « Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde. Allez, enseignez toutes les nations. » Ce sont les prêtres qui, dans l'Église, sont officiellement chargés de prêcher la vérité et de diriger les fidèles. Ils en ont reçu le mandat spécial et incommunicable le jour de leur ordination sacerdotale. Mais si le laïque n'a pas à enseigner la vérité comme docteur, s'il n'a pas à administrer les sacrements, il a cependant autre chose à faire que de formuler des vœux platoniques pour le succès de l'Évangile. Il doit s'intéresser au salut des âmes de ses frères et aux intérêts de l'Église. « Nous savons, dit le pape Pie X, que Dieu a recommandé à chacun le soin de son prochain. Ce ne sont donc pas seulement les hommes revêtus du sacerdoce qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes, mais tous sans exception (1). »

En tout chrétien, de par le fait du baptême que

(1) Pie X : Encycl. E supremi Apostoîatus cathedra.

saint Jérôme appelle « le saccrcioce du laïque )\ il doit y avoir un apôtre.

Qu'est-ce qu'un chrétien ? demande le catéchisme. « C'est celui qui, étant baptisé, croit et professe la doctrine chrétienne. »

Professer une doctrine, ce n'est pas seulement en avouer la croyance, ni même en accomplir les préceptes. C'est, dit le dictionnaire de Littré : « l'enseigner pubhquement >>, c'est la propager, l'apprendre à ceux qui ne la connaissent pas, la soutenir contre ceux qui la comballent.

La pratique du catholicisme supposa donc deux choses, le service personnel rendu à la doctrine, et sa défense et sa propagation, la foi dans le cœur et la profession par les lèvres : l'une qui est le premier pas vers la justification, l'autre qui est nécessaire pour le salut (1). a II est vrai, dit le cardinal Pie, la simple obligation de croire exige rigoureusement que le laïque connaisse au moins les articles les plus élémentaires du catéchisme chrétien, par conséquent, qu'il soit suiTisamment instruit sur l'existence de l'ordre surnaturel et révélé, sur l'obligation de se soumettre à cet ordre, enfin, sur l'insuffisance de la religion naturelle et des vertus humaines, pour l'obtention du salut et de la vie éternelle. Tout doute, toute indifférence, sur cette question capitale, c'est la destruction de la racine même de la foi. Mais, assurément, parce que l'homme du monde sera intérieurement fidèle aux

(1) Saint Paul aux Romains, X, 9-10.

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doctrines de son baptême, la nature de ses relations extérieures n'en sera pas renversée. Et quant à la nécessité de professer extérieuiement et ouvertement cette même foi, les chrétiens du siècle peuvent encore se rassurer : les principes que pose l'Église ne les obligent point à se considérer comme des prêtres qui seraient en chaire ou dans un confessionnal. Ce précepte, comme tout précepte affirmatif, disent les théologiens, doit être envisagé à deux points de vue. En tant qu'il implique une prohibition; son obligation est de tous les jours, de tous les instants et de toutes les situations delà vie : il n'est jamais permis au chrétien de rien faire, ni de rien dire, ni de rien écrire, qui soit une négation de sa cro^^ance. Au contraire, en tant qu'il commande un acte positif, le précepte, quoique permanent et continu, n'oblige pas à toute heure et à tout moment. « Il n'est pas de nécessité de salut, dit saint Thomas (1), de professer sa foi partout et toujours; mais ce qui est de nécessité de salut, c'est de la professer à son heure et en son lieu, à savoir quand, par l'omission de cette déclaration de sa croyance, on préjudicierait à l'honneur dû à Dieu ou à l'utilité religieuse et morale du prochain. Par exemple, si quelqu'un étant interrogé sur sa foi se taisait, et qu'on pût en conclure qu'il n'a pas la foi, ou que la foi n'est pas vraie, ou qu'il pût résulter de ce silence que le prochain fût détourné

(1) Somme, théologique: II" II® q. III art. 2.

d'embrasser la foi ou exposé à la perdre ; alors l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain demandent que l'homme ne se contente pas de l'adhésion intérieure de son âme à la vérité divine, mais il doit la confesser extérieurement. li le doit, car enfin, ou il y est tenu dans ces circonstances, ou il faut dire qu'il n'y est tenu jamais (1). »

On ne peut nier qu'à notre époque ce devoir de confesser sa foi ne soit plus impérieux qu'en aucun autre temps.

Il ne s'agit plus simplement aujourd'hui d'un conflit entre l'Église catholique et l'État, commiC en ont vu d'autres époques, ni d'une lutte confessionnelle, d'une dispute philosophique soutenue contre l'autorité d'une doctrine et d'une Église sous prétexte d'assurer la liberté de conscience, mais de battre en brèche et finalement d'anéantir l'idée chrétienne elle-môm.e.

Nous voyons ceux que les prophètes et les apôtres ont si énergiquem.ent stigmatisés : les fabricateurs de mensonges, les propagateurs de dogmxes pervers, les misérables qui trafiquent des âmes par l'artifice de leurs discours, les empoisonneurs dont les écrits courent le monde comme une gangrène envahissante, s'attaquer à tout ce que nous aimons, nos prêtres, le Pape, l'Église, à tout ce que nous croyons, nos dogm.es, nos sacrements, Jésus-Christ.

Au milieu de ce chaos d'opinions, de cette mêlée de doctrines, de cet amoncellement d'injures, quelque

(1) Gard. Pie : 2« Instruction sunodale. Tome II, p.143-145.

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chose subsistait intact, et il était nécessaire de l'abattre pour clTaccr jusqu'au dernier vestige de l'idée religieuse. Il fallait que le nom qu'on peut lire le soir dans le ciel bleu, dans le scintillement des étoiles, qui éclate au milieu de la foudre et des éclairs dans les nuits d'orage, que chante la campagne au printemps dans la verdure nouvelle des champs, dans l'harmon'e et le gazouillis des oiseaux, qui est gravé au plus intime de l'âme humaine, dans ce sanctuaire inviolable de la conscience et qui revient souvent sur les lèvres humaines aux heures heureuses mais surtout aux heures d'agonie, il fallait que ce nom, le nom de Dieu soit elïacé du vocabulaire de l'homme. Et aujourd'hui, ce n'est plus au catholicisme, ce n'est même plus au Dieu des chrétiens, c'est au Dieu des simples déistes que la guerre est déclarée. C'est l'Etre suprême devant lequel s'inclinaient les révolutionnaires de 93 que l'on veut supprimer. Notre génération, après avoir secoué le joug de la religion positive, franchit la dernière étape qui doit la conduire à l'athéisme absolu.

«Au nom du progrès, la société moderne est ainsi, dans notre pays, rejetée deux mille ans en arrière, vers le temps où le paganisme abritait la barbarie sous les dehors d'une civilisation élégante et rafTinée.

« Mais la vue précise de ce débat fondam^ental échappe trop souvent aux regards distraits de ceux qui, pourtant, y sont les premiers intéressés : et elle leur échappe parce qu'ils n'ont plus eux-mêmes qu'un christianisme amoindri, qui s'accommode sans peine

d'une vie de plus en plus réduite, et se dissout peu à peu dans une sorte de paganisme inconscient.

«Aucune illusionne saurait cependant excuser cet aveuglement. Les faits, sans qu'il soit nécessaire de les énumérer, parlent assez haut.

« Si donc.la question se pose ainsi, s'il s'agit d'une lutte entre l'idée religieuse et sa négatian, comment les chrétiens pourraient-ils s'en désintéresser? Entre deux conceptions, si radicalement opposées de la vie individuelle et sociale, comment pourraient-ils s'abstenir et prétendre à une placide neutralité ?

c Le devoir civique se confond ici avec le devoir chrétien. Le débat ouvert dans la nation l'atteint aux sources de son existence, agite les conditions de sa durée, bouleverse son histoire traditionnelle ; il met en jeu son avenir, comme l'âme de ses fils. Le citoyen, pas plus que le chrétien, n'y peut demeurer étranger

. Dans une discorde si profonde, l'indifférence devient une trahison ; et telle est, en effet, la pesante responsabilité qui, devant l'histoire, attend ceux dont une molle insouciance étiole les énergies, en les livrant à la mortelle douceur d'une vie volontairement inutile.

« Il faut donc prendre parti, et prendre parti pour le citoyen comme pour le chrétien, ce n'est pas seulement avoir une opinion, c'est, pour reprendre ce mot du catéchisme, la professer, et, partant, la propager et la défendre. ))

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Qui donc parle ainsi ? Ce n'est pas un prêtre, c'est un laïque, c'est Albert de Mun, et il s'adresse non pas à des prêtres, ni à des séminaristes, ni même à une élite fermée, mais à des laïques catholiques appartenant à toutes les classes de la société (1).

T ajoute que cet apostolat est d'autant plus nécessaire qu'il est parfois le seul qui puisse atteindre les âmes.

Vous pourrez l'exercer là-même où le prêtre ne peut pénétrer. Le prêtre, en France du moins, ne va pas à l'usine ni sur les chantiers, il ne fréquente ni les bureaux, ni les cafés. Et là, que d'hommes qu'on ne voit jamais à l'Église et à plus forte raison dans les œuvres catholiques, et par conséquent que le prêtre ne verra jamais. Sans doute, le prêtre les rencontre souvent dahs la rue ; mais comment aborder ceux qui passent indifférents à côté de lui. Pour beaucoup d'ouvriers, et même pour beaucoup d'hommes du monde, le prêtre est un inconnu, quand il n'est pas un ennemi. La soutane, si elle ne dit rien à certains, est pour d'autres un épouvantail ou un emblème gêneur. C'est le Décalogue, c'est l'Évangile, c'est l'Éternité qui passent, c'est-à-dire tout ce à quoi on voudrait ne plus jamais penser, et tout ce que, à certaines heures, on voudrait supprimer. Ils haïssent le prêtre, parce qu'il sert Celui qui a les paroles de la vérité éternelle.

(1) De MuN Discours, III* série : pages 40 h 50. Lethiellcux,

« Quoi ! celai-cl prétend qu'il voit de la clarté I

Il dit qu'il voit de loin venir la Vérité...

Quoi ! sa prunelle est sainte et serait la première

Qu'éblouirait l'auguste et lointaine lumière !

L'abîme est noir pour nous, et pour lui serait bleu !...

Si ce n'est pas un fou, ce serait donc un dieu !

A bas ! Et cris, fureurs, sarcasm.es, affronts, suf^plices !

Les ignorants naïfs et les savants complices,

Tous, car c'est l'homme auquel on ne pardonne point,

Arrivent, et chacun avec sa pierre au poing... (1)

Votre apostolat aura cette qualité, absolument nécessaire et sanslaquelle tout apostolat est voué à l'insuccès, il sera adapté au milieu. Vivant parmi ces hommes de votre âge et de votre condition vous connaissez mieux que le prêtre les besoins de leurs âmes, les difficultés qui les arrêtent au seuil de l'Église. Vous saurez mieux cjue lui le langage qu'il faut leur tenir. Tous les jours vous entendez leurs griefs contre la religion. La connaissance de leurs lectures et de leurs fréquentations habituelles vous amènent à découvrir les sources où s'alimentent leurs objections. Il vous est donc plus facile de faire tomber les uns et de réfuter les autres.

De plus, votre présence au milieu d'eux, où vous êtes chez vous au même titre qu'eux, ne les intrigue pas. Ils ne peuvent pas vous prêter des motifs intéressés ni soupçonner chez vous des vues de prosélytisme. Votre apostolat, sous quelque forme qu'il

(1) Victor Hugo: Légende des siècles.

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s'exerce peut donc s'accomplir sans éveiller de défiance.

« Ce sont surtout les laïcs, écrivait Montalembert à Xavier de Mérode, qui peuvent déconcerter et confondre les ennemis de l'Église, précisément parce qu'ils n'ont pas l'air de défendre leur propre chose, dans ce ' 'ècle stupide, où, pour l'immense majorité des hom- .es éclairés, la religion n'est que l'affaire des prêtres, leur gagne-pain, leur patrimoine exclusif. »

K L'humanité de nos jours, écrivait Ozanam en 1835, me semble comparable au voyageur dont parie l'Evangile. Elle aussi, tandis qu'elle poursuivait sa route dans les chemins que le Christ lui a tracés, elle est assaillie pas des ravisseurs, par des larrons de la pensée, par des hom.mes méchants qui lui ont ravi ce qu'elle possédait : le trésor de la foi et de l'amour... ; et ils l'ont laissée nue et gémissante, couchée au bord du sentier. Les prêtres et les lévites ont passé ; et cette fois, comme ils étaient des prêtres et des lévites véritables, ils se sont approchés de cet être souffrant et ils ont voulu le guérir ; mais dans son délire, il les a méconnus et repoussés. A notre tour, faibles Samaritains que nous som^mes, profanes et gens de peu de foi, nous osons cependant aborder ce grand malade. Peut-être ne s' effrayer a-t-il point de nous ! Essayons de sonder ses plaies et d'y verser l'huile ; faisons retentir à son oreille des paroles de consolation et de paix ; et puis, quand ses yeux se seront dessillés, nous le remettrons entre les mains de ceux que Dieu a cons-

titués les gardiens et les médecins des âmes, qui sont ainsi en quelque sorte nos hôteliers dans le pèlerinage d'ici-bas, puisqu'ils donnent à nos esprits errants et aiïamés la parole sainte pour nourriture et l'espérance d'un monde meilleur pour abri... Voilà ce qui nous est proposé. Voilà la vocation sublime que la Providence nous a faite ! »

Vous qui croyez en Dieu, vous qui l'aimez, et qui par expérience connaissez les bienfaits de cette croyance et de cet amour, pouvez-vous habiter au milieu d'hommes qui sont vos frères et que Dieu vous commande d'aimer, sans essayer de leur faire partager votre trésor? Vous vivez dans la lumière, pouvez-vous les laisser s'agiter dans la nuit ? Vous qui êtes heureux m.algré les souffrances inévitables de la vie, les'laisserez-vous traîner le boulet de leurs misères sans faire luire à leurs yeux les clartés de l'au delà qui donnent à notre existence son véritable sens ? N'entendezvous pas les appels de ces âmes que vous frôlez tous les jours, et qui, mémiC dans leurs erreurs, dans leurs passions, ont comme la nostalgie de l'infini, du divin.

Si vous saviez la tristesse du prêtre quand il passe au milieu de ces imm.enses agglomérations qu'il ne peut atteindre que par le désir, lorsque, dans nos grandes cités ou\Tières, il rencontre ces innombrables cortèges d'hom^mes qu'il ne connaît pas et des rangs desquels partent des injures à son adresse ; si vous entendiez les soupirs de son âm.e ardente, lorsque, à genoux aux pieds de son crucifix, il méditela parole du Maître:

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' J'ai soif des âmes», comme vous viendriez à son secours en vous efforçant d'amener jusqu'à la porte de son église les hommes que la haine, l'indifférence, mais surtout la peur en tiennent éloignés. Quand, aidé par un ami, un homme a franchi le seuil de l'église, sa conquête spirituelle n'est plus qu'une affaire de temps ou mieux elle est déjà commencée. « L'Église a ceci d'admirable, écrivait M. H. Lavedan, qu'on en sort toujours, si peu qu'on y reste, meilleur ou moins mauvais qu'on y est entré. Ces confessionnaux, où l'on n'entre pas, vous arrachent des lambeaux de meâ ciilpâ. Les prie-Dieu, d'où l'on s'écarte avec orgueil, agenouillent vos pensées. Ces murs, ces dalles, ces voûtes imprégnées de tant de piété, d'élans, de vœux, de soupirs, d'espoirs et de bénédictions, au point qu'ils en suintent par tous leurs pores, vous jettent sur les épaules jusqu'au fond du cœur, leur sort bienfaisant ; et, si endurci que l'on soit dans le désordre, il y a une profonde douceur à se sentir chrétien, ne serait-ce que par la filière de la race, les souvenirs d'enfance, l'écho lointain d'un cantique, l'exemple oublié des parents, l'image exhumée des morts. »

Pour vous déterminer à devenir des apôtres, j'ajouterai une dernière raison, à laquelle on ne pense pas. En améliorant, en rechristianisant le milieu dans lequel vous vivez, vous travaillez pour vos enfants. Très vraisemblablement votre milieu sera le leur. Ils travailleront dans votre usine, habiteront votre ville

et toujours et partout ils resteront citoyens du pays de France. Si vous voulez que vos enfants ne soient pas un jour pervertis par ce milieu ; si vous voulez qu'ils gardent plus facilement intact le patrimoine de croyances et de vertus que vous vous efforcez de leur : léguer, purifiez l'air qu'ils respirent, assainissez, moralisez, christianisez la grande maison française qu'ils habiteront.

Entrez dans cette armée de l'apostolat. Et sous la conduite des prêtres qui en sont les chefs, soyez de bons et utiles soldats. Prenez sur vos épaules une part du fardeau qui aujourd'hui écrase les épaules des prêtres, hélas ! trop peu nombreux. En aidant ainsi les prêtres, en facilitant leur ministère, vous travaillez à votre façon, à l'œuvre voulue par Dieu, à celle de la Rédemption.

« Qu'est-ce que Jésus-Christ est venu faire en ce monde? demandait Léon XIII devant Ollé-Laprune. Il est venu sauver les âmes, sauver les nations. Qu'est-ce que son vicaire doit faire? La même chose. Tous les chrétiens doivent travailler à la m.ême œuvre (1). »

(1) « Pour cette restauration de toutes choses en Jésus-Christ, voyez quel appui apporteront à TÉglise ces troupes choisies de catholiques qui se proposent précisément de réunir ensemble toutes les forces vives, dans le biit de combattre par tous les moyens justes et légaux la civilisation antichrétienne, réparer par tous les moyens les désordres si graves qui en dérivent ; replacer Jésus-Christ dans la famille, dans l'école, dans la société ; rétablir le principe de l'autorité humaine comme représentant celle de Dieu ; prendre souverainement à cœur les intérêts du peuple et particulièrement ceux de la classe ouvrière et agricole, non seulement en inculquant au cœur de tous le principe religieux, seule source vraie de consolation dans les an-

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pjoisses de la vie, mais en s'efTorçant de sécher leurs larmes, d'adoucir leurs peines, d'améliorer leur condition économique par de sages mesures ; s'employer par conséquent ù rendre les lois publiques plus conformes ù la justice, à corrige^ ou à supprimer celles qui ne le sont pas ; défendre enfin et soutenir avec un esprit vraiment catholique les droits de Dieu en toutes choses et les droits non moins sacres de l'Église.

« L'ensemble de toutes ces œuvres dont les principaux soutiens et promoteurs sont des laïques catholiques, constitue précisément ce que l'on a coutume de désigner par un terme spécial et assurément très noble : Action catholique ou Action des catholiques. j> Pie X : Ency. Il fermo proposito.

La Conquête de l'Opinion,

« Vous m'appelez votre Maître et votre Seigneur, et vous avez raison, je le suis en effet, car je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez comme vous m'avez vu faire. >

(Evang. Saint Jean. XîII-14.)

« En toutes choses, offrez-vous en exemple et édifiez par vos bonnes œuvres. »

(Saint Paxjl k Tite, II-7.)

« La parole, c'est peu ; l'exemple voilà le grand moyen d'action, » (S. Augustin. En;;rr. XXXII in ps. CXIX,5.)

« l.e peuple se gouverne par des exemples plutôt que par des lois, et par des influences plutôt que par des sanctions. »

^ (De Donald.)

« Je m'efforcerai de faire du bien dans le monde par mon exemple par mon influence, par ma parole, par mes écrits. Je voudrais qu'Ozanam fût mon modèle. Élève de l'École normale, universitaire en relations amicales avec mes anciens maîtres, et connu cependant comme catliolique, je serai comme un trait d'union. Il y a du bien à faire dans cette situation-ln. »

(Oixé-Laprune.)

« Arbore ton drapeau tout de suite, écrivait à son fils, élève de l'École Polytechnique, le colonel Paqueron, afin que l'on sache qui tu es. Il faut qu'après quarante-huit heures, aucun de tes camarades n'ait un doute à ton sujet et n'ait à se demander ce que tu penses. Sois toujours chrétien, simplement, franchement : pas de faiblesse surtout, car quand on a l'honneur d'être chrétien, il ne s'agit pas de se faire pardonner ou tolérer, mais bien de se faire respecter. N'aie pas peur de passer pour singulier. Voilà plus de quarante ans, qu?, pour ma part, je suis très singulier, et ni Dieu, ni les hommes ne m'en ont encore puni. »

'^ L'exemple d'un seul officiej: chrétien fait tache d'hui'e dans un régiment. »

(Général de Sonis.)

iA CONOtJÈTE DES HOMMES. — A

t Maître Robert, disait saint Louis, m'est avis que ce mot d'honnête homme est si grande chose et si bonne, que même à le prononcer 11 empht la bouche. »

(JoiNviLLE, édit. de Wailly, page 19.)

« Le secret de toute l'action de saint Dominique, c'était sa soif intense et cette \ie intérieure que révélèrent avec admiration ceux qui en avaient été les témoins quotidiens. Encore plus que ses solides argumentations, l'exemple de ses vertus ramena à l'Eglise les foules qu'il prêchait. C'est ce moyen d'apostolat qu'il avait surtout recommandé aux missionnaires cisterciens. « Ce ne sera pas seulement par des paroles que vous ramènerez à la foi des hommes qui veulent des fîxemples. Voyez les hérétiques I C'est par leur affectation de sainteté et de pauvreté évangélique qu'ils persuadent les simples. Si vou> leur donnez un spectacle contraire, vous édifierez peu, vous détruirez beaucoup. »

Comme ces paroles restent, après sept siècles, pleines de vie et d'actualité :

(J. GuiRAUD. Le Centenaire Dominicain. — La Croix du 9 février 1922.)

La Conquête de l'Opinion.

Nous voyons bien comment les prêtres travaillent à la conquête des âmes, ils prêchent, ils dirigent les âmes, ils administrent les sacrements, ils organisent des œuvres,mais,nous laïques, que devrons-nous faire pour exercer autour de nous, sans sortir de notre condition et sans usurper des pouvoirs qui ne sont pas les nôtres, une véritable influence ?

Je pourrais vous répondre : Mettez au service de la vérité, de l'Église toutes les ressources matérielles, intellectuelles et morales dont vous disposez ; ou me contenter de vous rappeler ce que disait Bossuet aux grands du xvii^ siècle :« Considérons donc, chrétiens, tout ce que Dieu a mis en nous de pouvoir, et, le regardant en nos mains comme le talent dont nous devons compte, prenons une sainte résolution de le faire profiter pour sa gloire, c'est-à-dire pour le bien de ses enfants (1). »

Vous trouveriez que le conseil est bien vague, et vous auriez raison. Vous voulez quelque chose de plus précis. Vous désirez exercer une légitime influence sur votre milieu, sur votre temps, eh bien ! travaillez à la conquête de ce qui gouverne le monde : V opinion publique.

S'il y a aujourd'hui tant d'hommes, dans le peuple

(1) Bossuet : Carême des Carmélites. — Sermon sur l'Ambition^ tome III, p. 657. Edit. Lebarcq.

et dans les classes élevées, à l'usine et dans la famille, dans les campagnes comme dans les villes, dans les assemblées législatives comme dans les académies, qui s'abstiennent de pratiquer ieurreligion, qui hésitent à s'agenouiller au pied du Crucifix, qui s'éloignent de l'Église et font profession d' athéisme, c'est qu'ils subissent l'inlluence des idées régnantes.

L'opinion pubhque discute, ricane, nie, blasphème, les hommes discutent, ricanent, nient, blasphèment. Sur leurs lè\Tes,on retrouve les phrases et les mots mis en circulation par celle que Pascal appelle « la reine du monde ;>. Dans leur rire sonore et forcé, on entend comme un écho des ricanements des mauvais sujets qui s'imposent par leur audace. A travers leurs gestes, gauches encore, on reconnaît le personnage devant lequel tous s'incUnent.Sous ce souffle terrible,les âmes de ces hommes si jaloux de leur autorité, de ces Français si passionnés pour leur indépendance s'inclinent comme s'inclinent, aux jours d'ouragan, les épis lourds, et les convictions tombent comme tombent les grains de blé. Ce n'est pas en vain qu'on joue à l'athéisme. Le masque finalement colle à la peau.

Terrible force pour le mal quand elle est mal dirigée, l'opinion pubhque peut devenir un puissant instrument au service de la vertu et de la vérité.

Ayons le courage de reconnaître que si l'opinion est devenue indifférente et même hostile à la religion cathohque, c'est bien notre faute.

Jadis, l'opinion pubhque était en notre faveur. Le

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peuple était docile aux enseignements de la foi. Le mal existait, mais on savait que c'était le mal, et personne n'avait la pensée de le glorifier publiquement. Les misères étaientindividuelles, elles n'étaientpas collectives.Comment alors aurait-on pu imaginer qu'il n'en serait pas toujours ainsi et qu'un jour l'opinion pût devenirhostile.Etc'estcependant ce qui est arrivé (1). Au lieu de bien la tenir en mains, insouciants, nous avons lâché les guides. Et sur tous les chemins de France, les fabricateurs de l'opinion antireligieuse se sont mis en route. Timidement d'abord, puis ouvertement, ils ont semé les idées malsaines. Et nous, persuadés que la vérité se défend toute seule, nous avons laissé les conférenciers attaquer notre foi, sans leur opposer de contradicteurs. Le mauvais journal a pu pénétrer facilement dans nos foyers, et ce n'est que tardivement que nous avons songé à lui opposer son contre-poison, le bon journal. Nous avons fait la for- Ci) « Si l'on nous demandait d'énoncer la cause première de la décomposition dont nous souffrons, écrit Lysis, après avoir décrit les ravages exercés par les politiciens qui se sont abattus sur la France, comme une nuée de sauterelles, force nous serait d'aller plus loin et de dire que la responsabilité des maux actuels incombe, en dernière analysc,â la bourgeoisie qui n'a pas su jouer son rôle de classe directrice dans certains domaines, qui sont devenus, par suite de l'évolution du monde, les plus essentiels.

Cette impuissance apparaît dans la situation actuelle ; il n'est pas possible à l'homme qui réfléchit de ne pas trouver stupéfiant que la direction des esprits soit de nos jours l'œuvre d'une poignée d'agitî! tours d'une moralité médiocre et de chétives connaissances, qui sont laissés libres de manipuler l'opinion, comme ils l'entendent, en dehors de toute concurrence et sans rencontrer la moindre résistance de la part des hommes qui possèdent une instruction supérieure et, remplissant des fonctions élevées, représentent l'élite de la nation incontestablement par leurs capacités. »

tune des mauvais livres, en les lisant par curiosité et en n'ayant pas la crânerie de leur déclarer ouvertement la guerre ou tout au moins d'organiser autour d'eux et de leurs auteurs la conspiration du silence. Est-ce que nous avons toujours eu, nous les meilleurs, pour les hommes et les choses, les institutions et les vérités, tout le respect que nous leur devions ? Nous laissant aller trop facilement à cette manie bien française du dénigrement, est-ce que nous n'avons pas critiqué,sans d'ailleurs penser à la portée de nos paroles un peu gouailleuses, ce que nous vénérions dans le fond de nos cœurs ? Devant le monde qui nous regardait, est-ce que nous avons toujours eu les attitudes que dictaient notre conscience et nos convictions ? L'inertie et la couardise des bons, la malice et la hardiesse des méchants, l'esprit versatile et moutonnier de la masse, en voilà bien assez pour expliquer comment ce peuple, hier encore chrétien, est devenu si rapidement irréligieux ou tout au moins indifférent. A l'heure actuelle, si nous voulons ramener les hommes à la vérité et à la pratique de la religion, il est absolument nécessaire de nous emparer de l'opinion pubUque, pour la modifier et l'orienter vers le catholicisme. Créons un miheu favorable à la diffusion de la vérité, qui rende plus facile la pratique de la vertu CL pour lequel il paraîtra aussi naturel d'être un chrétien pratiquant qu'il paraît naturel aujourd'hui de ne pas l'être. C'est aux laïques qu'incombe ce travail de transformation du monde.

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