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LA CONQUETE DE L OPINION

ments quoditiens dont nous exagérons l'importance à plaisir pour les dégonfler en paroles, flatus vocis, souffle de la voix.Une sorte de curiosité maladive nous empêche d'entendre les conseils réitérés de l'expérience qui nous avertit que ce que qu'on appelle r actualité ressemble, aux oreilles près, à la fable du Chameau et des Bâtons flottants.

On avait mis des gens au guet Qui, voyant sur les eaux, de loin, certain objet,

Ne purent s'empêcher de dire

Que c'était un puissant navire.

Quelques moments après, l'objet devint brûlot,

Et puis nacelle, et puis ballot,

Enfin bâtons, flottant sur l'onde...

De loin, c'est quelque chose, et de près ce n'est rien (1),

« Ces petits courants d'opinion tantôt découlent de l'opinion publique, tantôt s'y déversent par les canaux les plus inattendus ; ils produisent des effets, qui paraissent insignifiants, mais qui ont cependant une importance pour s'orienter dans la direction générale des esprits (2). »

La conversation familière peut exercer et exerce en faitune incontestabieinfiuence surl'opinion publique. Mais cette influence est centuplée si celui qui parle applique ses principes et ses théories dans sa vie publique et privée ; si la vie de celui qui déplore l'injus-

(1) La Fontaine : Fables, IV-16.

(2) H. MoYSSET : loc. cit., p. 148.

tice, qui flétrit l'immoralité, qui blâm.e l'ambition, qui parle de la religion et de ses bienfaits est pleine de justice, de vertus, de désintéressement, si elle est vraiment chrétienne. Sinon, ceux qui l'entourent répondront aux plus beaux discours par un branlement de tête et un haussement d'épaules. La foule regarde en même temps qu'elle écoute. L'exemple est le langage qui persuadera ceux mêmes que la parole laissait indifférents. Et cet exemple, s'il n'est point passager, accidentel, mais habituel, journalier entraînera presque fatalement dans la voie du bien. Aussi, le Père Lacordaire disait-il très justement : « L'apôtre n'est pas seulement un homme qui enseigne la religion au moyen de la parole : c'est un homme qui prêche l'Evangile par tout son être et dont la seule présence est déjà une bienfaisante apparition de Jésus-Christ. »

D'où VIENT CETTE PUISSANCE DE l'eXEMPLE ?

Elle a, dit-on, sa racine et sa source dans la nature même de l'homme qui naturellement est porté à l'imitation. Consciemment ou inconsciemment, il adopte ses pensées, ses goûts, sa conduite, ses habitudes à ceux du milieu dans lequel il vit. Si je suis amené insensiblement à adopter les mœurs, les manières de parler et d'agir d'un camarade, un homme élevé en dignité, en autorité exercera sur moi une attraction plus puissante.

C'est \Tai pour le bien comme pour le mal. Le bon

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exemple trouve dans notre nature le concours des tendances élevées, des sentiments nobles, des habitudes honnêtes et généreuses. Le mauvais exemple a pour complices et auxiliaires les erreurs de l'esprit, les défaillances de la volonté, les instincts pervers, les passions si facilement soulevées par tout ce qui les flatte. Si le vertueux dit : j'ai été porté au bien par tel exemple, le criminel affirme souvent : j'ai été entraîné au mal. Combien d'anciens combattants peuvent dire aujourd'hui si, à certaines heures, nous avons été. sur les champs de bataille, héroïquement audacieux, si nous avons méprisé la mort, c'est que nous étions électrisés par la conduite d'un camarade ou d'un chef. Si d'autres s'accusent dans le fond de leur conscience de certaines faiblesses qu'ils regretteront toujoursjls ajoutent presque aussitôt, nous avons été affolés à la vue de camarades qui se sauvaient. Nous les avons suivis sans savoir ce que nous faisions.

En 1870, après le combat de Champigny, qui avait duré trois jours, des soldats se débandaient, escortant les blessés qui déniaient de plus en plus nombreux. C'est alors que, sentant qu'avec une rivière à dos, la Marne, une déroute serait une débâcle, le général DucTot voulut, par son exemple, électriser ceux qui faiblissaient, a Nous le vîmes, écrit un de ses aides de camp, s'élancer au triple galop, l'épée à la main, et dépasser la ligne de nos tirailleurs. Puis là, droit, campé sur son cheval, passant son épée sous son bras, et s'arrêtant au milieu de la mitraille qui pleuvait de

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toutes parts: (Quand vous voudrez! » s'écria-t-il en se retournant vers ceux qui hésitaient à marcher en avant. Et il resta là, en attendant la mort cjui ne voulut pas de lui. ^lais son courage ranima les courages fléchissants. L'armée reprit l'ofiensive avec vigueur, et quand il descendit de cheval, le soir à six heures, sans avoir pris d'autre nourriture qu'une tablette de chocolat, nous avions repoussé les Prussiens et nous couchions sur les positions occupées, le matin, par leur avant-garde (1). ^

De plus, l'exemple porte avec lui une démonstration dont l'évidence s'impose. A ceux qui me parlent de devoir, de vertu, je puis toujours, me retranchant derrière le rempart de difficultés que j'affirme insurmontables, répondre que c'est impossible. Les faits, au contraire, me démontrent d'une façon indiscutable que mes raisons ne sont que des prétextes pour cacher ma lâcheté et que la vertu, vécue par un homme qui me ressemble, qui vit dans mon milieu, qui rencontre les mêmes difficultés que moi, est possible pour moi comme pour lui. Pourquoi les difficultés qui ne l'arrêtent pas me barreraient-elles le chemin ? C'est l'exemple des saints qui acheva la conversion de saint Augustin. « Une chose l'arrêtait, dit Bourdaloue (2); mais cette seule difficulté lui paraissait insurmontable, et suspendait en lui toutes les opérations de la grâce. Dieu lui disait intérieurement qu'il

(1) A.Larthe : Chrétiens célèbres au xix« siècle.

(2) RovRDALOUE : Sermon sur la Sainteté, tome I.

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en viendrait à bout ; mais intérieurement il se répondait à lui-même que c'était un effort au-dessus de son l)ouvoir. Dans cette contestation, si je puis parler de la sorte, dans ce combat entre Dieu et lui, il demeurait toujours ennemi de Dieu, et toujours esclave de sa passion et de son péché. Enfin la grâce victorieuse de Jésus-Christ lui livra un dernier assaut, et ce dernier assaut l'emporta. Ce fut dans cette merveilleuse vision que lui-même il nous a décrite. Il crut voir la sainteté avec un visage majestueux, qui se présentait à lui, qui lui faisait de pressants reproches, qui lui montrait un nombre presque infini d^ vierges dont elle était accompagnée, et semblait lui dire, pour exciter son courage et pour réveiller sa confiance : Tu non poteris quod isti et istae ? Et quoi ! ne pourrez-vous pas ce que ceux-ci et celles-ci ont pu ? Cette voix, chrétiens, fut la voix de Dieu : et comme la voix de Dieu renverse les cèdres et brise les rochers, Augustin n'y put résister : cet esprit qu'il avait conservé jusque dans ses plus grands égarements ne put tenir contre une telle conviction. Il se laissa persuader, il se laissa toucher ; il se détermina à vouloir,, et à vouloir en effet ce qu'il n'avait encore voulu qu'en apparence ; et désormais il le voulut si parfaitement, si efficacement, que rien dans la suite n'ébranla son cœur et la fermeté de sa résolution (1). »

(1) Monique avait parlé h Dieu dans la prière : Augustin résistait encore. Ambroisc avait parlé du haut de l'ambon ; Augustin résistait toujours. iVîais voici que Pontitianius vient un jour le voir, lui raconte les merveilles de la Thébaïde, la vertu des solitaires d'Egypte,

Ce que les saints ont été pour Augustin, il faut que nous, qui sommes résolus à travailler à l'extension du règne de Dieu sur la terre, nous le soyions pour les hommes au milieu desquels nous vivons et qui ne croient pas plus à la sainteté des héros chrétiens d'autrefois qu'à la sincérité des catholiques d'aujourd'hui. Féburier l'a été pour Veuillot. « L'exemple de Féburier, écrivait de Rome Louis Veuillot à son frère Eugène, le mettant au courant de sa marche vers le catholicisme, contribue beaucoup à me faire désirer un changement. »

Les consciences d'une multitude de nos contemporains sont dans la nuit. Les préjugés remplacent les principes dans la direction de la vie. Les âmes ignorent la grande loi du devoir ou ne se soumettent plus à ses divines exigences. Elles s'en vont au hasard, n'ayant pour règle que le caprice. Il faut que nos vie3 soient pour ces âmes enténébrées une lumière. Dans leur ignorance, dans leurs doutes, il faut qu'elles n'aient qu'à tourner les yeux vers nous pour voir clairement de quel côté elles doivent s'orienter pour être dans le bon chemin. Nous serons comme ces phares qui, sur nos falaises sauvages, jamais ne s'éteignent, jamais ne pâlissent, et qui, dans les nuits orageuses,

du grand Antoine, Augustin, le rebelle de la grâce, s'émeut, a Que faisons-nous ? dit-il à Alypius. Qu'est-ce que cela ? Les ignorants se lèvent et forcent le ciel ; et nous, nous voilà vautrés dans la chair et dans le sang ! Est-ce honte de les sui^Te ? X'avons-nous pas plutôt honte de ne pas les suivre ? Et se parlant à lui-même, il ajoute : c Pourquoi ne ferais-tu pas comme ceux-ci? v (Confessions, liv.VIII, chap. VI-VIIM9.)

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guident les marins vers le port. « Que votre lumière, disait saint Paul, luise devant les hommes, qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient Dieu à leur tour (1). »

Il en est d'autres parmi les hommes qui voient clairement leurs devoirs, et qui, suivant le poète antique, n'ayant pas le courage d'accomplir le bien qu'ils approuvent, qu'ils estiment, qu'ils désirent, s'en vont, solhcités par les passions inférieures ou par des influences extérieures malsaines, vers ce qu'il y a de pire. Qu'est-ce qu'il manque à ces indécis,à ces lâches ? une main ferme qui prenne la leur et les entraîne vers les sommets du devoir et de la vertu. Cette main, c'est celle de l'apôtre qui entraîne au bien par ses exemples.

Sans doute, on ne fait pas le bien parce qu'il est difficile à faire, parce que la nature a des répugnances à la lutte, mais c'est surtout parce qu'il n'est pas à la mode. Dans certaines contrées, quand on demande aux paysans pourquoi ils abandonnent l'Église, ils répondent avec une candeur déconcertante : « Ce n'est plus la mode, chez nous ». L'ouvrier fait à peu près la même réponse quand on lui demande pourquoi il cesse de pratiquer sa religion depuis qu'il fréquente tel miheu, qu'il travaille dans telle usine, ou qu'il est affilié à tel syndicat :« Voyez-vous, les camarades n'y vont pas. On ne peut cependant pas se singulariser I » Si le paysan et l'ouvrier parlaient de convictions,

(1) Saint Paul aux Éphésiens, chap. V-16.

s'ils nous opposaient de sérieuses objections, nous pourrions essa^^er de les convaincre par le raisonnement. Il ne s'agit pas de cela. Ils ne s'inquiètent nullement de savoir si les doctrines sont vraies ou fausses. C'est l'opinion du jour qui leur impose et leur manière de penser et celle d'agir. C'est pourquoi, dans la plupart des cas, il n'y a que par l'apostolat de l'exemple qu'on puisse efficacement travailler à remettre tout ce monde dans le droit chemin, parce que par lui nous mettrons à la mode la vertu et la pratique de la religion. Et tel qui rougit aujourd'hui de faire le bien, de paraître chrétien, demain rougira de n'être pas dans le mouvement. Créons donc par nos exemples le mouvement qui entraînera les volontés vers la vertu.

Comment ?

Pratiquez vraiment, loyalement votre rehgion ; que vos principes chrétiens rayonnent dans toute votre existence. « Que votre visage, votre langue, votre esprit, vos sens et toute votre énergie deviennent, ainsi que le demande la liturgie, autant d'organes toujours actifs de témoignage et de louange (1). » Si vous êtes bons envers les petits, les humbles, les déshérités, justes et généreux envers ceux que vous emplo}' ez, prompts à rendre service à ceux qui sont dans l'emxbarras, dévoués avec désintéressement au soulagement de toutes les misères, charitables dans vos paroles envers tous, ne croyez-vous pas que vous de-

(1) Hymne de Tierce.

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viendrez, et la religion par vous, très rapidement sympathiques ? Les clartés de ces vertus que les hommes ont encore en si haute estime et qu'ils apprécient d'autant plus qu'elles sont rares dans un monde où l'orgueil, l'égoïsme, le mensonge régnent en m.aîtres, les aideront à pénétrer dans les profondeurs d'une religion dont ils ne connaissent que l'extérieur et souvent les petits côtés qui sont le fait de la faiblesse humaine et qu'ils attribuent à la religion elle-même (1). Ils auront tout d'abord moins de préventions méchantes contre une religion dont les fidèles pratiquent des vertus dont ils recueillent journellement les bienfaits. Quand ils connaîtront des chrétiens sincères, ils ne l'accuseront plus d'être un ramassis d'hypocrites qui ne se servent d'elle que par intérêt ou pour cacher les

(1) <• Une âme au regard tout simple, une âme limpide et sans replis dissimulés provoquera d'abord chez nos observateurs le cordial respect de sa religion : et puis bientôt la sympathie attentive à ses paroles et à ses actes de foi. Au lieu de la considérer avec cette méfiance en arrêt qui éconduit les raisons de croire et qui tue l'édification, les témoins de sa candeur en subiront le charme.

Dans un temps comme le nôtre, ce charme est une grande force de tout apostolat. Nos modernes docteurs en apologétique réclament à bon droit qu'on prépare les âmes, et notamment les volontés, à rc'cevoirl e don de la foi : la loyauté clirétienne doit compter parmi ces influences persuasives. Nous sommes tous chargés de cette sorte de ministère dans les cercles variés de nos relations personnelles : c'est œuvre de laïc aussi bien que de prêtre ; et de femme aussi bien que d'homme ; et d'ouvrier aussi bien que de gentleman, et de jeunesse aussi bien que d'Age mûr.

('omme cette œuvre est opportune dans la grande crise religieuse où se débat notre pays ! Les exigences morales des âmes laïcisées, des âmes désafîectées s'harmonisent ici avec les exigences de la juslice naturelle et de la piété chrétienne. On peutj on doit se rencontrer dans le culte de la loyauté; c'est un acheminement poiu' se retrouver ensemble dans le culte achevé du seul vrai Dieu. »(P. Sciiwalm, O. P., Aux sources de Vactiviic in le q raie, pp. 15 et 16. Lethielleux.)

désordres de leur vie. Et finalement la sympathie qu'ils éprouveront pour les hommes se traduira en respect pour la foi qui les inspire. La vie des chrétiens est pour nos païens d'aujourd'hui comme elle l'était pour les païens d'autrefois comme une démonstration de la foi. La splendeur des vertus prouve la vérité des croyances. On croit volontiers à la parole de ceux qui, contrairement aux pharisiens de l'Évangile et de tous les temps, pratiquent ce qu'ils enseignent. Devant leur vie austère et joyeuse. on s'étonne,on admire et souvent on se convertit.

« Lorsque, disait déjà Platon, j'entends parler de la science ou de la vertu par un homme digne de ce nom et qui sait se tenir lui-même à la hauteur de ses discours, alors c'est pour moi un charme inexprimable quand je songe que celui qui parle et les propos qu'il tient sont entre eux dans une convenance et une harmonie parfaites. Cet homme ofîre l'image d'un concert sublime qu'il ne tire ni de sa lyre, ni d'un autre instrument, mais de sa vie tout entière m.ontée sur le ton le plus pur. Dès qu'il ouvre la bouche, c'est une jouissance pour moi et l'on dirait à me voir que je suis insatiable de discours tant je saisis avidement toutes ses paroles. Mais celui qui fait le contraire, plus il parle avec éloquence, plus il m'est insupportable et alors il me semble que je déteste les discours (1). »

Si les catholiques sérieux, par leur vie seule, apaisent les haines, diminuent les préventions, font aimer

(Ij Platon, Lâchés.

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la religion, les catholiques superficiels qui associent avec une incroyable désinvolture le culte du plaisir avec le culte de Dieuy qui malgré les difficultés du temps présent ne songent qu'à s'amuser (l),font blasl)hémer la religion. Leur vie est d'autant plus âprement passée au crible de la plus rigoureuse critique qu'elle est marquée de l'étiquette catholique, et que beaucoup, pour s'autoriser à mener une existence peu édifiante, ont tout intérêt à constater que les catholiques, qui prétendent avoir des principes, ne valent pas mieux que les autres. Les cathohques pratiquants,qui, sous prétexte qu'ils sont appliqués à la prière, dévoués

(1) « Ne soyez pas, je vous en conjure, du nombre de ces chrétiens légers, frivoles, superficiels, qui se croient quittes de leurs obligations envers Dieu et envers son Église parce que, en lisant le matin dans leur journal les détails navrants de quelque nouvel exploit des sectaires contre nos droits et nos libertés, il auront éprouvé et même exprimé une sincère indignation — ce qui ne les empêchera pas, quelques heures après, de dépenser beaucoup pour un grand dîner, pour une soirée, pour une toilette de bal, pour des objets de luxe, parfaitement inutiles ; de ces chrétiens qui, pendant que leur mère est plongée dans la désolation et pleure, comme Rachel, des larmes inconsolables, parce qu'on lui arrache ses enfants pour les jeter en proie aux plus pernicieuses influences du positivisme athée qui prétend s'imposer à l'œuvre de l'éducation, ne se font aucun scrupule de se livrer, comme par le passé, h leurs plaisirs favoris.

Un auteur du cinquième siècle, contemporain de Tépoque où les splendeurs de l'Empire s'effondraient sous les coups des barbares, vSalvien, a prononcé une sentence terrible contre cette société que les plus affreuses calamités n'empêchaient pas de vouloir s'amuser à tout prix. Voici ce que dit ce prêtre de Marseille : « Le peuple romain meurt et il rit. Populus romaniis nioritiir et riâel. >>

Oh ! mes frères bien-aimés, ne nous exposons pas à une telle flétrissure, et par conséquent, ne nous rendons pas coupables d'une telle ignominie ! Que les douloureux événements, dont nous sommes les témoins, nous servent de leçon ! Qu'ils nous ramènent aux pensées austères, et, comme le disait Bossuet : « à l'incompréhensible sérieux de la vie chrétienne, s

Cardinal Perraud : Alloc. Cathédrale d'Autun, 27 décembre

aux bonnes œuvres, dédaignent l'honnêteté, le respect de la parole, la délicatesse rendent la religion impopulaire et impuissante.

« Nous déplorons les défaites du christianisme dans la société contemporaine, disait Monseigneur Baudrillart (l),et,certes, nous avons raison de le faire. Mais à qui la faute ? Nous accusons nos adversaires... Volontiers aussi on rejette la faute sur le clergé, et certains catholiques ne s'en privent pas. Je vous concède que nous avons des torts ; qu'il y a des prêtres peu instruits et peu éclairés, d'autres par trop dépourvus de désintéressement et de zèle ; que, si tous les prêtres réalisaient l'idéal de leur sacerdoce, la religion s'en trouverait mieux; mais encore n'exagérons pas ! Cherchons dans notre mémoire, que de prêtres nous ont fait du bien ! Que de pasteurs dévoués, que d'ardents missionnaires, que de vrais apôtres il nous a été donné de rencontrer ! Et, à mon tour, moi, prêtre, j'ai le droit de me tourner vers vous, jeunes gens, vers vous,hommies du m.onde,et vous demander si la façon peu sérieuse dont certains d'entre vous entendent la vie chrétienne n'est pas l'une des causes principales de son recul dans notre patrie ?. . Quelques-uns sont une éhte admirable, d'un dévouement sans bornes, toujours sur la brèche, payant de leur personne, donnant l'exemple des plus rares vertus... Les autres n'ont que des vertus vulgaires, quand ils ne partagent

(1) Discourra prononcé à la Messe de rentrée de l'Institut Catholique de Paris, le 3 novembre 1910.

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pas les défaillances et parfois jusqu'aux vices, de ceux qui ne sont pas chrétiens ; ils donnent leur nom aux œuvres chrétiennes par une sorte de snobisme, par convenance sociale, et même par un reste de foi praliquc, mais au fond ils ne songent qu'à mener une vie (iouce, agréable et facile, à jouir en un mot. Et c'est précisément ce contraste entre les œuvres que l'on patronne et la vie que l'on mène qui est désastreuse ; car le laïque, pour agir efficacement, a encore plus besoin de vertu que le prêtre ; le prêtre a son pouvoir d'ordre ; le laïque n'a que son action personnelle ; il n'a d'influence moralisante et christianisante que dans la mesure de sa vertu et de l'im.pression qu'il donne de la profondeur de ses convictions. »

N'oublions jamais que la grande objection contre la religion dans les milieux populaires, c'est la vie de certains riches, trop nombreux, hélas ! qui, tout en faisant profession de christianisme. vivent en païens. Le peuple reviendrait plus facilement à la foi si les riches étaient foncièrement religieux. Tant que les classes dirigeantes ne seront pas convaincues de cette élémentaire vérité, tant qu'elles ne mettront pas leur vie en harmonie avec leurs convictions, c'est presque en vain que nous travaillerons à la rechristianisation du peuple. Que pourraient la littérature la plus élevée, la presse la plus fidèle à sa mission, les conseils les plus éclairés, les œuvres multiphées sous les formes les plus utiles et les plus attrayantes, l'éloge le plus éloquent de la vertu, si les faits et les mauvais exemples.

le scandale contredisent toutes ces influences si précieuses et les retournent pour ainsi dire comme de terribles accusations contre ceux qui s'en servent ?

N'oublions pas non plus que, dans les classes dirigeantes, beaucoup d'âmes sont arrêtées dans leur marche vers la vérité, par la médiocrité de vie de certains chrétiens qui, par leur nom, par leur situation à la tête des œuvres, incarnent dans un pays l'idée cathoHque. Le monde est exigeant à notre endroit. Ce qu'il tolère chez les siens il ne le tolère pas chez nous. Et il a raison. Le Christ lui-même n'a-t-il pas dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux)i(l).

Madame Swetchine, qui connaissait ces exigences, voulait que le plus grand des chrétiens soit nécessairement le plus parfait des honnêtes gens. « Je ne reconnais aux cathohqucs qu'un seul droit, disaitelle, c'est celui de faire mieux que les autres. )U( Je veux bien qu'on soit un saint, mais je veux qu'on soit d'abord et superlativement un honnête homme (2). »

L'exemple, ce grand moyen d'apostolat, est donc à notre disposition. A l'exemple du Christ, «qui a commencé à faire et à enseigner », employons sa souveraine puissance pour gagner les âmes. Sa force n'a pas de limites. L'impulsion donnée sur un point se continue et s'étend sur tous les points en contact,

(1) Evangile de Saint Mathieu, V, 20.

(2) Madame Swetchine, II. 80.

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comme les cercles concentriques qui, sur une masse d'eau, s'engendrent en grandissant. Un exemple donné, c'est le coup de pierre dans l'eau. Celui qui a été le témoin a reçu une impression, et, cette impression, il la communique à son tour ; si bien que, de l'un à l'autre, votre acte peut élargir votre cercle d'influence à l'infini, par une suite de contre-coups qui ne s'arrêtent plus.

Un jour de l'année 1831, un jeune homme de 18 ans, dont l'âme était plus ou moins atteinte de ce que le Père Gratry a appelé la crise de la foi, entre dans l'église Saint-Étienne-du-I\Iont à Paris. Il aperçoit agenouillé dans un coin, près du sanctuaire, un vieillard qui, pieusement, récitait son chapelet. Il s'approche et reconnaît Ampère, son idéal. Ampère qui était pour lui la science et le génie en personne. Cette vision l'émeut jusqu'au fond de l'âme ; il s'agenouille sans bruit derrière le maître; la prière et les larmes jailhssent de son cœur. C'était la pleine victoire de la foi et de l'amour de Dieu, et Ozanam, car c'était lui, se plaisait à redire ensuite : « Le chapelet d'Ampère a plus fait sur moi que tous les livres et que tous les sermons. » Où s'arrêtent les conséquences heureuses de l'exemple d'Ampère ? Dieu seul le sait.

Vous demanderez-vous maintenant conmient vous pouvez être utiles à la cause du bien? Et un seul instant la pensée d'être un inutile dans la grande armée chrétienne pourra-t-elle à l'avenir effleurer votre esprit ? Non. Vous savez qu'en étant ce que vous devez

être^ sans même rien faire d'extraordinaire, vous pouvez gagner des adeptes à la vertu. Montrez à tous ceux qui vivent autour de vous combien la vertu est belle, conciliable avec les devoirs d'états, avec les relations de société. ^Montrez au monde ce que c'est qu'un honnête homme et un vrai chrétien ; par là vous amènerez des âmes au Christ. Et si ces exemples se multiphent, si les \Tais chrétiens deviennent une élite nombreuse,ia masse se laissera conquérir et entraîner et le règne de Dieu arrivera.

L'Apostolat par le Livre

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