‹ La conquête du bonheurChapitre 103 sur 133 · Theragâthâ · texte numérisé non relu

Theragâthâ

du bouleau. Partout éclate la prodigalité des fougères, des mousses, des licbeus. La forêt contient une grande richesse d'essences, de formes. On y a partout le sentiment de la vigueur patiente, de la vie intense. A regarder les lignes maîtresses des arbres, on devine quels vents les tourmentent : les pins penchés de la vallée du Rhône accusent la violence du mistral et tel arolle, déjeté, tourmenté, aux racines énormes, se maintient contre la neige et les tempêtes à la limite où cesse la végétation dans les Alpes et son histoire, sa résistance désespérée mais tout de même victorieuse, est inscrite dans ses formes de lutteur aux muscles hypertrophiés.

Chaque arbre a sa beauté propre :

a Je me mis à dessiner très soigneusement un jeune tremble... et à mesure que je dessinais... les belles lignes pures... devenaient toujours plus belles, à mesure que, Tune après l'autre, elles se détachaient de Tensemble et prenaient place dans l'air... je m'apercevais qu'elles « se composaient » d'elles-mêmes, qu'elles obéissaient à des lois délicates... Que tous les arbres de la forêt fussent plus beaux que les plus fins réseaux gothiques, que les décors des vases grecs, que les plus merveilleuse^ broderies de l'Orient, que les plus admirables peintures des plus grands maîtres de l'Occident, c'était la fin de tout ce que j'avais pensé jusque-là *... »

Si Ton quitte des yeux les grands arbres, quelle vie fourmillante! ce ne sont qu'insectes, que rampements, glissements, bourdonnements, bruissements d'ailes Pardessus tout, le chant des oiseaux ivres de joie et partout un indéfinissable murmure, une symphonie étrange qui s'enfle et qni meurt, faite de la voix de chaque arbre, jcar chaque arbre répond au vent par une musique caractéristique.

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