LES FREINS INFERIEURS
Les enfants nous donnent le bon ex.ei(iple, au moins en ce qui concerne les animaux familiers : ils aiment |es chats aux pieds de velours et leur beauté p^trideDoe; les cliiens sont des camarades et les petits paysans vivent daus la familiarité des animaux de basse-cour. Mais déjà, ils prennent l'habitude de ae regarder que les êtres qui sont de leur entourage immédiat el à la façon des sordides qui se privent de tout, ils préparent par étourderie et par dispersion, par débilité mentale, la vie indigente et mome qui sera la leur. Â peine feront-ils attention à la beauté des oiseaux, h la robe japned'oret au chapeau âe cardinal du chardonneret, au magnifique plumage du martin-pêcheur. Us n'iront jamais écouler dans les guérets les chants enivrés de l'alouetiâ. A plus forte raison ue remarqueront-ils pgs les poissons agiles, les reptiles, les insectes diaprés. Ils ne sentiront jamais, su retour des troupeaux, la beauté paj&ible des bœufs puissants et des vaches aux pis goqflés de lait. « Un enfant de six à sept ans. beau comme un ange et les épaules couvertes sur sa blouse, d'une peau d'agneau qui le faisait ressembler au petit saint Je^n- Bapliste des peintres de la Renaissance, marchait dans le sillon parallèle à la charrue et piquait le flanc des bœufs avec une gaule longue et légère, armée d'un aiguillon peu acéré. Les Sers animaux frémissaient sous la petite main do l'enfant et faisaient grincer les jougs et les courroies liés à leur front, en imprimant au timon de violentes secousses. Lorsqu'une racine arrêtait le soc, le laboureur criait d'une voix puissante, appelant chaque bête par son nom, mais plutôt pour calmer que pour
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exciter, car les bœufs irrités par cette brusque résistance bondissaient, creusaient la terre de leurs larges pieds fourchus et se seraient jetés de côté... si, de la voix et de Taiguillon le jeuoe homme n'eût maintenu les quatre premiers tandis que Tenfant gouvernait les quatre autres. Il criait aussi, le pauvret, d'une voix qu'il voulait rendre terrible et qui restait douce comme sa figure angélique. Tout cela était beau de force ou de grâce : le paysage, l'homme, l'enfant, les taureaux sous le joug et malgré cette lutte puissante où la terre était vaincue, il y avait un sentiment de douceur et de calme profond qui planait sur toute chose ^ ».
fortunatoi nimium^ sua si bona norint Agricolas!,..
Secura quiés^ et nescia falleve mta,,.
Mais il serait nécessaire que l'éducation fût bien comprise et qu'elle éveillât dès Tentance, dans l'âme du jeune paysan, les puissants instincts poétiques que nous laissons s'atrophier! Il faudrait que des livres bien faits missent à sa portée les découvertes dans Tordre de la beauté faites par les poètes, par les écrivains, par les grands peintres, par les hommes de grand cœur et d'intelligence qui ont été des initiateurs, et qui ont regardé et senti les spectacles ravissants ou splendides que la nature, avec une prodigalité royale, offre à nos yeux et à nos oreilles.
autres spectacles
Ainsi initiés, nos jeunes gens ne laisseraient perdre aucune splendeur sans en nourrir leur âme. Il n'est pas jusqu'aux jours de pluie qu'ils ne goûteraient. Ils ver-
1, George Sand.