‹ La conquête du bonheurChapitre 106 sur 133 · AUTRES SPECTACLES · texte numérisé non relu

AUTRES SPECTACLES

raient comme la pluie avive les couleurs pour la joie des yeux. Ils sentiraient la beauté des orages, des tempêtes, de la neige, celle même des brouillards qui donnent aux paysages coutumiers une délicatesse exquise. Nos rivières et nos fleuves, si variés, qui ont chacun leur personnar lité, les enchanteraient. Il a fallu les peintres modernes pour nous révéler la beauté des nuages. Combien de pauvres d'imagination sont sourds à la mélodie de la pluie et aux modulations du vent !

Pour une âme artiste, tout est sujet à ravissement. Même la route, en apparence monotone, sait émouvoir de Miomandre :

« La chair de la route est d'un grain dense et délicat^ suave au regard comme la peau des blondes. Elle brille comme si elle était parsemée de mica. Et, parfois, par certaines journées insoutenables, sa poussière offre l'éclat pur du camphre chanté par les poètes orientaux.

Pas une ne se ressemble et on les aime toutes... Et chacune elle-même varie, d un angélus à l'autre, et selon chaque jour de chaque saison. Celles qui traversent des plaines tristes sont aimables en elles-mêmes et consolent des pays où elles vivent.

Elles ondulent avec coquetterie, elles se font sentiers, corniches, esplanades, elles se nouent autour des mon-tagnes, ouvrent dans le noir des forêts une trouée de lumière, hésitent devant les lacs avant de leur faire enfin une ceinture toute blanche.

À la plus déshéritée^ il reste encore son ciel, plein sans cesse de féerie et aussi, à droite et à gauche, ces herbes modestes et ces fleurs^ au parfum de miel, aux formes d'orchidées en miniature : le trèfle rose, le serpolet plein d'arôme, la scabieuse mauve, le mélilot d'or et cent autres dont on ne sait pas le nom ».

Nous ne pouvons qu'indiquer combien par apathie, par ignorance, nous laissons incultes les magnifiques

2â3 l'amour d& la nature

facultés d'enthousiasme et d'admiration qui, faute d'exercice, meurent en nous !

LES ALPëS

Heureusement beaucoup de citadins s'échappent aux vacances de leur milieu de laideur. Prisonniers durement privés du contact avec la nature, contact essentiel au bonheur, ils viennent demander aux Alpes de raviver la braise presque éteinte du sens de la vie naturelle.

Je me considère comme favorisé d'être né à Ghamoûix, « la Mecque de l'alpinisme » l'uU des deux pôles de la beauté, comme dit Ruskin^ et d'avoir passé mon enfance et ma jeuuesse au pied de mon clocher tiatal, le plus hardi et le plus majestueux du monde, le Mont-Blanc.

Les grandes Alpes sont les montagues les plus jeunes d'Europe, donc les moins « usées ». D'où leur caractère : leurs parois sont presque verticales et forment des précipices effrayants. De Saussure raconte les impressions qu'il éprouva au sommet du Mont-Blanc :

a Ce que je vis avec la plus grande clarté, c'est l'en- ^ semble de toutes les hautes cimes dont je désirais depuis si longtemps conneutre l'organisation... je n'en croyais pas mes yeux, il me semblait que c'était un rêve, lorsque je voyais sous mes pieds ces cimes majestueuses, ces redoutables aiguilles, le Midi, 1 Argentière, le Géant, dont les bases mêmes avaient été pour moi d'un accès si difficile et si dangereux. Je saisissais leurs rapports, leur liaison, leur structure et un seul regard levait des doutes que des anuées de travail n'avaient pu éclaircir* ».

Le lent refroidissement du globe terrestre, laissant sans support une immense bande de terre, eellè^i s'est effondrée. Quand on regarde du sommet du Buet, les

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