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retranche la masse des lectures utilisées et qui sont visiblement étrangères à Texpérience directe de Tauleur, la pauvreté des renseignements vivants louche à l'indigence. Les erreurs y pullulent *. C'est ainsi que Chateaubriand a écrit sur les paysages de TAmérique du Nord {Atala) des pages comiques. « Nous avancions avec peine, sous une voûte de smilax, parmi des ceps de vigne, deâ indigos... des lianes rampantes qui entravaient nos pieds comme des filets... les serpents à sonnettes bruissaient de toutes parts... » Or les buffles, Tantilope, Tours, ingénieurs sagaces, avaient tracé des chemins aussi larges qu'une double voie de chemin de fer et les animaux se taisaient — et pour cause! — Tout les détails du « paysage » de Chateaubriand sont faux^. Quant aux observations sur la population d'un pays, elles sont impossibles à qui ne fait que passer. Nul n'a le droit d'en écrire s'il ne connaît l'histoire et la langue du pays jusque dans ses nuances délicates. Quand vous interrogez un étranger, ce sont presque toujours ses réticences et ce qu'il ne dit pas et la gêne qu'il éprouve à ne pas le dire qui ont de la valeur. Aussi, comme l'art d'observer et de découvrir la réalité sous les apparences est aussi rare que le don d'observer en sciences, il n'est pas un livre de voyage sur cent qu'il ne soit hasardeux de lire. Limer notre cervelle contre celle d' autrui, c'est une opération très compliquée. Pour comprendre par exemple le Japon ou la Chine, il faut une connaissance approfondie de la géographie et de l'histoire du pays et une sympathie éclairée pour le Bouddhisme.il faut, de plus, connaître la langue, habiter le pays, laisser peu à peu la lecture des livres de valeur
1, Outre-mer^ de Paul Bourget, a créé une légende $ur TAmérîque. Il a écrit avant d'arriver. Voir, p. 1S5-; « Lettre» d'un vieil Américain à un Français i», traduction Duplan, Paris 1917.
2. Voir John Finley, Les Français au cœur de V Amérique, ch. VIII, Sur la piste des coureurs des bois.