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LES VOYAGES

et des journaux, les conversations, dessiner dans la mémoire les grandes lignés du génie national. Sinon, à des impressions inexactes se surajoutent des images confuses et pour échapper à la confusion, on finit par se rejeter sur quelques idées préconçues, nécessairement fausses.

Si vous voyagez uniquement pour visiter de beaux sites, vous serez encore dupe de votre besoin d'agitation, car Fimagination se fatigue vite, et il vous arrivera devant les plus beaux paysages, de ne rien éprouver, par suite de votre sécheresse d'âme et de Tindigence de votre pensée. Comme la grâce, Fenthousiasme souffle quand il veut et non quand vous le voulez.il faut le mériter par Tétude et par la méditation.

Il prend rarement le rapide ouïe paquebot avec vous. C'est vous qui partez avec vos préoccupations, vos tristesses, votre état de santé médiocre : c'est là ce qui vous accompagne et peut-être qu'en face de la montagne sacrée de Fousi Yama, vous ne pourrez penser qu'à votre malle qui n'est pas arrivée ou à l'hôiel où Ton vous a maltraité. Sedet atra cura. Si tu as la jaunisse, tu verras tout en jaune. Tout paysage est un état d'âme. Si tu n'as en toi ni beauté, ni magnificence, tu n'en trouveras nulle part dans la nature. De nouveau nous voici en face de la vérité dominante, comme dans les Alpes on aperçoit le Mont-filanc à chaque détour de la route.

Cette vérité capitale, c'est que tu dois soigner, avant toutes choses, ton âme. Et pour ces soins, les voyages ne valent rien, car ils te livrent aux choses extérieures, donc hostiles ou du moins dissipantes. Reste donc chez toi. Vis et souris entre les tiens. Découvre chaque jour des horizons npuveaux par le travail et par la méditation. Reste tranquille dans ton village et tâche d'y trouver la paix dans la stabilité. Sache adorer chez toi « les plus simples des choses, les plus coutumières, les plus

chères 9^m i ton esprit et ^ tpu çœqr, çellç» quf Ml peyx voir, pbaque soir d'été, Iç long (J(5s rnj»ce^ çQurji 4'çatt, parmi k^ QoWms b4sse3 de te? viçjlle» çontréeu foiDilwle? : ajme-les, rçgarde-l<*9 e» toute sii»pliçiié. I^'AwMQae, l' Indus, le» Aodej^, Jç Caupfse ©e peuvent rien te donner de plus.. »

Prend* coHîme exeoiplç Teofaot qnj, ?'il n'a qu'un bateAu en papier, sait le tran^Wrwer en m nsvire de haut bord et pour gui le ruisseau qui passe au fond du verger tient lieu de fleuves §t d'Océan r Toute la sagesse consiste à laisser pjiûrir dans râwe de puissants sonti^ roents-

Si lu tiens à voyager, n'imite pas les touristes ridicules menés par une agence comme un troupeau de moutons. Vas Vinstaller dans quelque site choisi, et pendant l'année qui précède les vacwcea, prépare ton voyaga? étudie les géologues, les» botanistes, les poètes, les écrivains qui ont aimé iç pays où tu vas, ou des pays similaires. Arrivé, fais-toi bumblei afin que les view paysans, qui sont riches d'une longue expérience et qui résument en eu^ les traditions du pays et sa vie profonde, te fassent participer à leur§ irésor§.

Voyager intelligemment implique par conséquent qu'il faut fuir h promiscuité des snobs des Pal&ce et leur valetaille, Uur béiise et leur vanité sont contagieuses, comme une grippe morale.

La façon intelligente de voyager est de vivre dau$ uu

village, d'en partir deux ou trois fois par semaine avec sa femme et ses enfants ou avec qqelquQs amis choisis^ pour des randonnées libres. Au milieu de Tine^^iricable réseau des servitudes de la vie civilisée^ Thomme libre, c'est le vagabondt Iv'outil de sa liberté, c'est le sac qu'il porte sur son dos^ Imitons-le- l^e sac nous affrancbit de 1a nécessité de suivre les routf^s jalonnées parles hôtels i grice 9 lui, nous devexwns maîtres des forêts profondes, des montagnes et des valieus sa^uvages. Uu^ belle source

n^tis tent^ avi^c ^on e^u pi^re? Noup; faifons faalla «( E^ous 4éjawn<)»s frugalernent Uq bçaa pojpt d^ vqç

^'offrert-rfl ? Nous 1^ s^vpijroos longaerî^^^nt et pou$ p\^r gooq§ les malheureux, qui, tput s^u fqpd da la v»l|§^,

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ootre révejK

On fait ainsi prQvieÎQO d« »ouvapir§ r*ii^U3^* qfli s'accumulent dans la mémoire sans se nuire, parce qu'ils sont fortement liés à des impressions vigoureuses de santé, de joies élémentaires, de repos délicieux, de festins dont l'appétit fait les frais. Les incidents de la route sont des occasions de rire interminables, parce qu'on est débordant de vitalité. Quand j'ai quelques ennuis; je n'ai qu'à fermer les yeux pour qu'accourent, du fond de ma mémoire les souvenirs gonflés d'allégresse, frais et transparents, de randonnées de huit jours dans les Alpes, avec les inconfortables et hasardeux couchers dans les chalets des hauts alpages : tel de ces souvenirs, qui date de quarante ans, met incontinent en fuite les noirs soucis.

Quand une éducation bien comprise enverra-t-elle chaque année, sur les routes et les sentiers de France, de joyeuses équipes de jeunes gens cueillir une ample moisson de santé, d'énergie, de salubres impressions de beauté et de grandeur? Quand ils auront longuement appris à regarder et à comprendre le visage si beau, si varié de leur province, puis de la France, ils pourront aller voirie monde. Platon interdit « de pérégriner avant quarante ans » parce qu'avant cet âge, on ne sait pas extraire des spectaoles de la nature étrangère la keauté

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qu'ils recèlent, ni de la fréquentation des races différentes de nous les leçons qu'un homme solidement iustruit en peut tirer. Mais rien ne vaul comme beauté, comme grandeur, comme variété, les paysages de France. Puisqu'on ne pénètre dans la pleine compréhension d'un chef-d'œuvre qu'à force de travail^ de patience et aussi grâce à Taide des grands esprits qui nous ont précédés dans l'amour et l'admiration de l'œuvre, faisons de même pour les chefs-d'œuvre de la nature Installons-nous au milieu d'eux. Dans le calme, par le travail^ avec Tétude de ceux qui ont su adroireft méritons par noire ferveur que leur beauté se révèle à nous et qu'elle enrichisse notre âme.

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