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LE HASARD DÉCIDE DE NOTRE VIE

comme disaient les scolastiqiies dans leur lanpfage précis, et la cause formelle. Comme notre alpiniste pourt|ui le chaos s'ordonne suivant quelques grandes lignes, le sage découvre ainsi lorganisation fondamentale de la réalitA spirituelle.

En elïet, il a acquis la totalité de la sagesse découverte par des générations de penseurs une fois qu*il a compris qu une seule réalité a de Timportance dans la conquête du bonheur, à savoir la cause formelle, la forme de Vâme qui reçoit. Les causes efficientes^ succèsmondains,fortune,pouvoîr,n'ontpar elles-mêmes aucune réalité. L'eau épouse nécessairement la forme du vase où on la met, de même, ce qui est extérieur à rame prend nécessairement la forme de Tâme. On désire une chose parce qu'on l'aime, et s'il n'y a pas dans rame un mouvement prévenant, une tendance, une sorte d'élan vers la chose, la chose demeure indifférente. Un repas succulent provoque une sensation de répulsion chez qui souffre de l'estomac, tandis qu'un repas frugal est délicieux pour lappétit qui vient après un riide exercice. Quelles émotions un inculte trouvera-t-il à écouter la Symphonie avec chœurs? Que peuvent évoquer les Alpes dans lame d un obèse incapable de mouvement? Quelles satisfactions donnerait le pouvoir à un scrupuleux? La beauté de la nature et les joies de la vie saine continuent-elles à être senties par ces vieillards rabat-joie « en qui la tristesse eovieillie a pénétré jusqu'à la moelle des os, fané le visage et flétri lame tout ensemble de telle façon que rien n'est plus agréable en eux? Toutes les joies se fondent en cette auière passion comme la beauté d'une perle se dissout dans le vinaigre^. »

D'ailleurs la folie ou l'hystérie lournisseiU une preuve parles contraires puisque des aliénés ont de la pafebion

%, Jraité de la Constance. GuiUaumç du Yfiîr.

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pour (le*i ordores r^éptignantes et (|tiè dans lés établissements fie jeunes filles les bâtons de craie sbrll dévorés pat" les anormales.

Comment peut-on perdre de vue cette vérité ptitUGTdiale que les causes extérieures de plaisir sont inexistantes poiir nous si notre âme éi^t inapte à allef au devant d'elles par le désir. Ne sâit-on pas que le mondé eitérleur lui-même, qui totalise toiites no$ sensations, est relatif à nous-mêmes? SI notfe oreille était construite de façon à ne percevoir que les Vibrations snpérient'ès à trente-huit mille par seconde, tous lés sons actuels seraient ineitist^lnts pour nous, et nous cdntemplefions sans rien entendre, les gestes de Torchestre jouant la Damnation de Pauèt de BerlîoÉ. Si nos yeux étalent Constitués de façon à ne percevoir que les Vibrations de rinfra-violet, notre monde actuel des coulenfs serait totalement aboli.

La seule chose, donc, qui importe pour notre bonheur, c'est Ift qualité, la formé de Tâme : le monde extérieur est en fonction de cette forme. Vôilâ pourquoi les a tnrbsltifs », ahuris ,et ahanants, toujours partis à la recherche du jardin des Hespérides-et des terres in(?onnues de bonheur paradisiaques, Sont de perpétuels déçus : d'est qu'ils demandent aux choses extérieures le bonheur qui n'est qu'en soi. Cequ il faut soigner, c'est donc la cause formelle, c'est-à-dire l^me. Il n'y a rien qdi au sens absolu, soit beau ou laid, digne d'amour on d'avetsion. Tout dépend de meslendànces, de mes sentiments. Aussi le vieux Pindare avait il raison de dire qu^fel'étre vêrllslble est le comniencement d'une gratide vertu, i

Nous voici ramenés à la question capitale. L'état de l'âme a seul de l'importance dans la question du bonheur — mais peut*on agir sur cet état de l'âme et le

LA QUfiSTlOIY CAPITALE 269

modifié!* s'il n'est pas bon ? Celte qnestiôii qui domine Féducatioû de lâ volonté, dordine du ûiéme coup Idqueé^ tion de Tédueatlon déis enfants et éelle de la eanquète du bonheur. Vous mê promettez, dit Hume, de me rendre heureux c< mais mon bonheur ne dépend^il pas de ma constitution interne ? Il faut donc qiie VOus ayeal Tort de me refondre et que vos règles puissent fté eréér de nouveau*. »

Chaôuu des mots qu'emploie Humé AaM ce passage me paraît dénué de sens. Constitution interne n'a aucune signification. C'est une expression aussi vague que le mot caractère. Évidemment l'auteur suppose que le caractère est un bloc. Or, te cahaciètt n'est qu'uh mot, un îtïot commode mais dangereux pour les gens qui pensent avec des mots. Descendons jusqu'au! réalistes qu'il représente et nous ne trouverons qu une incohérente et volumineuse horde de tendances, dé senti*^ ments, d'idées, d'hdblluded qui constituent la Vie psychologique. SI vous étudiez un groupe d'enfâiit» bien équilibrés, vous remarquerez chez tous les mêtnéÈ éléments, les mêmes sentiments. En regardant plus attentivement vous discernerez chez certains une iùcli* nation dominante, mais vous vous souviendrez que ces éiifants ont déjà subi une longue déformation puisque des enfants de deux ans sont déjà gravement gauchis par une éducation absurde. Soyefc donc prUdent avant d'affirmer qu'une tendance n'est pas deveîiue dominante par suite d'une mauvaise habitude.

Toutefois^ même en tenaut compte de cette possibilité d'erreur, nous pouvons admettre qU'uné tendance t orgueil, Irascibilité, sensualité, prédomine dans Tâme d'un enfant. Est-ce à dire qu'on ne puisàe rien pour eïl contrecarrer le développement? Simple officier devlen*dra-t-elle nécessairement Napoléon P'?

i» Les Quatre Philosophes^

Nous ne prétendons pas que non, car, si on la laisse aller, par un phénomène bien connu d'attraction, elle peut grouper peu à peu autour d'elle la force des autres penchants et devenir irrésistible. C'est cet état que présentent les déséquilibrés, les violents, les orgueilleux chez qui, dans le vide laissé par la raison, une passion s'enfle comme une vessie sous la cloche pneumatique. Mais souvent une seconde d'attention donnée ou refusée décide lequel des deux systèmes de sentiments et d'idées chassera l'autre.

Les résultats prodigieux obtenus par l'éducation des Spartiates, par celle des noviciats de jésuites, par celle des moines bouddhistes prouvent, non la toute-puissance, mais l'énorme puissance d'une éducation persévérante.

La question est plus épineuse du point de vue de la conquête du bonheur, parce que notre livre s'adresse à des jeunes gens chez qui des tendances mauvaises ont pu déjà se fortifier durant des années de non-surveillance, ou d'éducation à rebours. Mais notre conviction, fondée sur l'expérience, c'est qu'on peut obtenir 4s.sûimème presque tout, à la condition de savoir s'xprMdrie.* C'est à toi, jeune homme, de ne pas la^i^sfir., ton âjne dans l'état de malformation où Ta conduite une éducation manquée. ^!.*=-

La plus belle intelligence, si elle reste inculte durant des années, est semblable à une terre négligée où ne poussent plus que ronces et chardons. Il en est de même des sentiments : l'âme inculte ne produit que passions désordonnées et instincts aveugles.

Si, dans le train ordinaire des choses « le naturel et le tempérament font presque tout » et si « les « maximes générales n'ont guère de pouvoir sur nous lorsqu'elles ne s'accordent pas avec nos penchants », cela ne doit pas nous surprendre, car rien qui en vaille la peine, ne s'obtient sans efforts. « Dieu, tu nous vends tous les

biens au prix de Tefforl. * » « Ne saîs-tu pas, dit Socrate*, que le monde est plein de gens qui ignorent le métier dont ils font profession? Qu'il y en a, mais bien peu, qui le sachent et qui méritent qu'on fasse cas d'eux. » Or, qui se donne la peine d'apprendre son iLétier d'homme ? « Chacun court ailleurs et à Ta venir, d'autant que nul n'est arrivé à soy '. »

Ce n'est pas notre éducation dispersée, et notre vie contemporaine stupidement extériorisée qui nous donnent le conseil du poète : tecum habita'^.

L'expérience nous enseigne la profonde efficacité des influences secrètes et insensibles de la culture des sentiments entreprise avec persévérance. Il faut refuser de voir la clarté du jour pour contester la puissance prodigieuse de l'association des idées dans le développement ou dans l'affaiblissement des sentiments.

On criera au rouet! Pour prendre la résolution de combattre un sentiment, il faut avoir de la volonté ! Eh oui I il faut avoir de la volonté pour en acquérir, comme il faut avoir un peu d'argent pour en gagner beaucoup. Comme me le disait un voleur en observation à Sainte- Anne, « le plus dur à se procurer, c'est le premier billet de mille. Une fois qu'on Ta, les autres viennent tout seuls ! » Il en est de même pour la volonté : avec un tout petit peu, on en conquiert un peu plus — et ainsi de gain en gain : le plus dur c'est le premier billet de mille... les autres accourent comme fascinés par lui.

Mais de même qu'autour des sensations fondamentales :joie de l'effort vainqueur, de la fatigue domptée, du danger affronté, l'alpiniste organise une phalange de sentiments et d'idées associées : beauté et majesté des

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