V. Essais II
SOYONS STOÏÛUEâ 273
l'esprit chevaleresque. C'est en France qu'est éclose cette fleur de la civilisation, la générosité, le désintéressement. Quelle récompense pour cette glorieuse tradition qu'un grand écrivain anglais ait pu écrire « Que nous soyons les alliés de ces merveilleuses populations — voilà qui devrait suffire à nous rendre heureux de vivre en ces temps. Que l'Angleterre soit l'alliée de la France, voilà le plus grand privilège que le destin ait jamais accordé aux descendants de Hengist et de Horsa... car dans le monde entier, il n'y a que la France qui compte, indéniablement... cela grâce à l'honneur, à l'esprit de sacrifice, à la prpbité et à Tactivité du peuple français^ »•
Sauf durant l'époque de la chevalerie, où l'éducation morale était admirable et sauf l'éducation vraiment religieuse qui a donné à l'homme le sens de la vie spirituelle, on peut dire que dans le brouhaha et le tohu-bohu de la vie contemporaine, on a élevé le jeune Français en vue d'autre chose que lui-même, en vue de choses misérables quand on les compare à la valeur de la vie spirituelle. On l'a élevé pour l'argent, pour le succès et en déKnitive pour la vanité. Quand on s'occupera de sa volonté et qu'on l'orientera vers des fins dignes d'une âme française, on sera émerveillé de la richesse des sources spirituelles qui dorment au fond des cerveaux des jeunes gens de notre sol.
La plupart ne savent pas. Ce qui les empêche de monter au niveau cornélien, c'est qu'on ne leur a pas appris le secret de faire avec tout leur, cœur et toute leur ferveur tout ce qu'ils font. Cette façon d'agir dans les minimes détails (la vie en est faite), maintient l'âme à un niveau élevé d'énergie salubre, qui la rend capable, le jour venu, d'actes héroïques. C'est ainsi que Pauline, dans Corneille, parce qu'elle a lutté droitement contre des sentiments devenus coupables^ s'est haussée natu-
1. Ford Madox Hneffer. Entre SainUDtnis et SainUGeorges ^ Vkxot* — Bonheur, IS
rellement à rhéroisme et à te sainteté le jour où lagràed Ta touchée.
/L& bonheur n'est pas autre chose qu'une Constante /l)abitude, au milieu du torrent des sollicttations externes^
/ de maintenir en soi la pure flamme de la vie. Garde en
I toi et nourris l'enthousiasme et Tamour.
L. Regardé les belles choses, écoute les belles har* monies, goûte toutes les passions exquises. Garde ton intelligence libre^ résiste aui basses habitude» (|ui sont comme les approches de la mort; ouvre ton âme toute grande à toute connaissance qui élargit rhoriso&i c< On ne perd jamais rien à vivre généreusement, noblement, civilement, avec un cœur équitable» raisonnable^ et, comme on dit, royal ^ »><
Etre malheureux, c'est être meUquin^ bas, laid, d'hu^ nkeUr chagrine.
Il faut donc, pour cohquérir lentement sa part de bonheur conquérir d'abord la liberté d'esprit et la claire vision qui vous permettra de manœuvrer au milieu des lois de la pensée de façon à faire échéc el mat les mauvais instincts. Habileté plus grande encore! ces mauvais institicts, nous pouvons, comme, des chevaux fougueu domptés, les atteler au oha^ de la raison.