Catulle
évitables, mais de même que seul un dément peut se lamenter d'être soumis aux lois de la pesanteur, de même, s'attrister de l'inéluctable et y penser sans utilité est signe de débilité d'esprit. C'est le propre de l'hypocondrie et de la neurasthénie de laisser l'idée d'un mal inévitable s'implanter dans la conscience, l'envahir, paralyser la volonté et détruire la santé, car la tristesse et les idées noires sont une forme lente de suicide. Que dirions-nous d'un homme qui assistant à un spectacle splendide ne penserait qu'à l'heure où il devra s'en aller ?
Il est d'ailleurs Inutile de penser à la mort pour s'y préparer. « Si vous ne savez pas mourir, ne vous en chaille, la nature fera exactement cette besogne pour vous ».
Il y faut penser, puisqu'elle est un fait, mais uniquement pour y adapter la conduite. Si, comptant sur ma jeunesse et sur mon énergie, je fonde une famille, intolérable est la pensée que ma mort prématurée peut exposer à la misère les êtres bien aimés dont j'ai assumé la charge. Cette anxiété nous stimule, elle redouble notre courage au travail; elle nous engage à ne commettre aucune témérité contre notre santé et à assurer dans la mesure de nos moyens l'avenir des nôtres par une prévoyance intelligente. Quand nous aurons fait tout notre devoir, ne pensons au risque de mort que pour préparer les jiôtres à cette éventualité. Il faut y réfléchir à loisir pour eux et leur donner dans son testament les conseils les plus précis : car le désarroi en présence de la catastrophe livre la famille aux conseils incompétents ou intéressés.
La mort cause de cruelles douleurs quand elle nous prend nos enfants, un mari, une femme tendrement aimée — mais elle torture non ceux qu'elle prend, mais ceux qui restent. Après une perte qui laisse le cœur brisé, l'idée de la mort personnelle devient une conso-
lation. « Je suis partie, bien-aimé, travaille encore un peu, si tu en es capable, sinon, viens M »
Quand la vie est accomplie, qu'on a fait courageusement sa journée, la mort apparaît comme un repos mérité. « Je pense de plus en plus à la mort et toujours avec un nouveau plaisir : tout s'apaise ^ ».
Dei la même façon que Ton sent le besoin de dormir, on peut sentir le besoin « de recevoir le doux, le désiré, le dernier embrassement de Falme et grande mère la terre, lequel nous appelons sépulture' ».
Mozart, le génial musicien, écrivait à son père le 4 avril 1787 : « Comme la mort est le but final de la vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette vraie, cette meilleure amie de Thomme, que son image, non seulement n'a plus rien d'effrayant pour moi, mais est même au contraire très calmante et très consolante.,, et pourtant aucun de ceux qui me connaissent ne pourra dire que je sois chagrin ou triste ».
En effet, si nous isolons l'idée de la mort des imaginations terrifiantes dont nous l'enveloppons, elle est apaisante. Mais, rares sont les imaginations qui se modèlent sur le réel : la plupart éprouvent Fhorreur de la mort parce qu'elles ne peuvent réaliser en pensée la cessation de toute sensibilité. Elles ne se représentent pas la mort comme la disparition dans un profond sommeil sans rêves, mais, affolées, elles entendent planter les clous dans leur propre cercueil, elles y conservent une sensibilité obscure et douloureuse, tant est devenue instinctive la croyance cent fois millénaire des ancêtres qui interprétaient la mort par le sommeil ; tant est fondue dans la vie sentimentale la croyance au